LE TURCO
PAUL DÉROULÈDE
C'était un enfant : dix-sept ans à peine,
De beaux cheveux blonds et de grands veux bleus. De joie et d'amour sa vie était pleine :
Il ne connaissait le mal ni la baine ;
Bien aimé de tous, et partout lieu-enx.
C'était un enfant : dix-sept ans à peine,
De beaux cheveux blonds et de grands veux bleus,
Et l'enfant avait embrassé sa mère ; Et la mère avait béni son enfant.
L'écolier quittait les héros d'Homère s Car on connaissait la défaite amère, Et que l’ennemi marchait triomphant.
Et l'enfant avait embrassé sa mère :
Et la mère avait béni son enfant.
Elle prit au front son voile de veuve,
Et l'accompagna jusqu'au régiment.
L'enfant rayonnait sous sa veste neuve ;
L'instant de l’adieu fut l'instant d’épreuve ‘Courage, mon fils ! — Courage, maman !‘'
Elle prit au front son voile de veuve,
Et l’accompagna jusqu'au régiment.
Mais lorsque l'armée eut gravi la pente :
‘Mon Dieu ! *’ disait-elle, ‘‘ils m'ont pris mon cœur ! Tant qu’il est parti, mon âme est absente. '' Et l'enfant pensait : ‘* Ma mère est vaillante, Et je suis son fils, et je n'ai pas peur ! "” Mais lorsque l’armée eut gravi la pente :
‘Mon Dieu!" disait-elle, ‘ils m'ont pris mon cœur!”
Le petit turco se battait en brave :
Mais, quand vint l'hiver, il toussait bien fort. Et le médecin, voyant son œil cave,
Lui disait : ‘‘ Partez, mon enfant, c'est grave ! L'enfant répondait : ‘‘ Non, non, pas encor ! *” Le petit turco se battait en brave,
Mais quand vint l'hiver, il toussait bien fort.
‘Non, je ne veux pas quitter notre armée Tant que les Prussiens sont dans mon pays.
Je veux jusqu’au bout chasser ces bandits ; Je veux pouvoir dire à ma mère aimée :
Si je te reviens, c’est qu'ils sont partis.
Non, je ne veux pas quitter notre armée Tant que les Prussiens sont dans mon pays.”
- Pendant quelques jours, le sort nous fit fête, Et les Allemands fuyaient devant nous.
Mais ils s'étaient fait un camp de retraite ; Devant ces fossés leur fuite s'arrête, Et tous ces renards rentrent dans leurs trous. Pendant quelques jours, le sort nous fit fête, Et les Allemands fuyaient devant nous.
Les remparts sont hauts, la plaine est immense, Tout ce qui s’appicche est bientôt détruit.
On fuit, on revient, l'assaut recommence ;
Et le régiment des turcos s’élance,
Et le régiment des turcos périt…
Les remparts sont hauts, la plaine est immense, Tout ce qui s’approche est bientôt détruit.
L'enfant est tombé, frappé d'une balle ; Mais un vieux soldat l’a pris sur son dos Il ne connaît pas la fuite fatale :
La mort a déjà cerné son front pâle ;
Ses yeux sans regards sont à demi-clos.
L'enfant est tombé, frappé d'une balle ; Mais un vieux soldat l’a pris sur son dos.
Et le grand Arabe est 1à qui le garde,
Au bord d'une source, au fond d’un ravin.
Au loin le canon mugit et hombarde :
Levant doucement sa tête hagarde,
Son regard mourant s’anime soudain.
Et le grand Arabe est 1à qui le garde, Au bord d'une source, au fond d’un ravin.
‘Où sont les Prussiens ? Réponds, réponds vite. Les avons-nous bien vaincus, cette fois ?
Sommes-nous en France, et sont-ils en fuite?" Et l'enfant, voyant que l’Arabe hésite,
Reprit tristement de sa douce voix :
‘Où sont les Prussiens? Ah! réponds-moi vite,
Dis, les avons-nous vaincus, cette fois ? ’’
Et ie vieux türco se prit à lui dire :
‘Oui, petit Français, tu les as vaincus.
— Alors, je m'en vais. Veux-tu me conduire ?
O ma chère mère !...”’. Et dans ce sourire, L'enfant s'endormit et ne parla plus.
Et le vieux turco ne cessait de dire :
‘Oui, petit Français, tu les as vaincus.’