MOLIÈRE
C'est à vous que je parle, ma sœur ;
Le moindre solécisme en parlant vousirrite,
Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite ; Vos livres éternels ne me contentent pas,
Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile,
Et laisser la science aux docteurs de la ville ; M'ôter, pour faire uen, du grenier de céans Cette longue lunette à faire peur aux gens,
it cent brimborions dont l'aspect m'importune ; Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune, Et vous mêler un peu de ce qu’on fait chez vous, Où nous voyons aller tout sens dessus dessous ;
Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler la dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés,
Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse. Les leurs ne lisaient point, maïs elles vivaient bien ; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien ;
Et leurs livres : un dé, du fil et des aiguilles,
Doit elles travaillaient au trousseau de ieurs filles. Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœuri, Elles veulent écrire et devenir auteurs,
Nulle science n'est pour elles trop profonde,
Et céans beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde, Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir, Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir.