CHAPITRE V
tement désagrégés ; le transport les arrondit et les transforme en galets. La grande plaine de la Grau est ainsi formée uniquement par des cailloux roulés que la Durance a jadis apportés des Alpes.
Mais les masses ainsi accumulées en couches plus ou moins épaisses ne restent pas toujours meubles ou fragmentaires. Comme elles sont éminemment poreuses, elles sont continuellement traversées par l’écoulement des eaux absorbées par le sol. Or ces eaux contiennent en dissolution des substances dont les moins solubles ne demandent qu’à se solidifier dans les intervalles libres, et finissent par former entre les fragments un ciment plus ou moins tenace , soudant les fragments meubles en une masse résistante.
Les matières qui peuvent servir ainsi de ciment sont nombreuses; mais deux surtout jouent à ce litre un rôle considérable dans la nature : ce sont la silice et le calcaire, déposés de leur dissolution dans l’eau, c’est-à-dire concrétionnés.
La silice, que nous avons vue jouer le principal rôle dans la constitution des roches ignées, est loin d’avoir le dernier dans celle des roches sédimentaires. Les chimistes la disent insoluble dans beau, parce que des cristaux de quartz ou des nodules d’agate ne subissent au contact des eaux pures ou acides aucune altération; mais il n’en est pas de même, d’abord, au contact des eaux alcalines : puis le bouillon de cailloux, dont nous parlions plus haut, et qui contient la combinaison soluble de la silice et de l’alcali, rencontrant un acide, fût-ce le plus faible, fût-ce l’acide carbonique de l’air, perd sa silice, qui se combine avec de l’eau pour former une gelée transparente, soluble, entraînée par l’eau froide, en suspension au moins, sinon en dissolution. Or les traces de cette silice
en gelée sont partout. Des expériences optiques et chimiques de précision ont montré récemment qu’on ne chauffe pas de l’eau, même distillée, dans un vase de verre, sans qu’elle dissolve une partie de la substance du vase, et contienne ensuite de la silice gélatineuse en suspension.
Toutes les eaux naturelles contiennent donc en trèspetites quantités, soit de la silice gélatineuse, soit les silicates solubles qui la produisent. Cette gelée se dépose dans les espaces vides des roches à travers lesquelles l’eau fdtre, et, perdant son eau, finit par devenir une matière aussi dure que le quartz, dont elle ne diffère que parce qu’elle n’est pas cristallisée. Cette matière dure, c’est le silex ou la pierre à feu , lorsqu’elle est en nodules compactes; c’est la pierre meulière, quand elle est en niasses spongieuses, servant à faire des meules ou à bâtir des murs de forts, de prisons, de caves, que les outils d’acier ne peuvent percer; c’est l’agate ou la cornaline, quand elle est transparente et agréablement colorée.
Quand la gelée siliceuse pénètre dans les roches poreuses, elle y forme des veines dures, ou durcit toute la masse suivant qu’elle l’a imprégnée plus ou moins uniformément : c’est ainsi que se forment les calcaires siliceux.
Les contrées où jaillissent les geysers d’Islande (voir au chap. ix ) et autres sources d’eaux très-chaudes, ont toutes leurs roches modifiées par des accidents de ce genre, et c’est par des phénomènes analogues qu’on explique les nombreuses roches siliceuses que l’on trouve dans certains pays, comme, par exemple, dans la presqu’île que forme la Marne à Champigny, près de Paris.
Toutefois l’effet le plus apparent de la silice gélatineuse dans les roches est la formation des grès. On ap-