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CHAPITRE V

la craie, le marbre, les pierres à chaux, sont du calcaire. Quand on heurte du pied un caillou sur son chemin, il y a vingt à parier contre un que c’est, ou un caillou calcaire, ou un caillou siliceux.

Ce n’est pas au poids ou à la couleur qu’on pourra distinguer l’une de l’autre ces deux pierres si communes; mais voici deux moyens faciles.

Premier moyen : Prenez un couteau ; il fera une raie bien marquée sur la pierre calcaire, même. mouillée et essuyée , tandis que la pierre siliceuse ne conservera aucune trace du couteau : elle pourrait, au contraire, faire elle-même une raie sur la lame.

Deuxième moyen : Versez sur la pierre quelques gouttes d’un acide liquide quelconque, vinaigre, jus de citron, esprit de sel ; la pierre siliceuse n’éprouvera rien , tandis que la pierre calcaire fera, comme on dit, effervescence; c’est-à-dire que le liquide semblera bouillir par le dégagement du gaz acide carbonique.

L’apparition de cette roche, et son extrême abondance dans le monde, n’ont pas encore été suffisamment expliquées.

Le calcaire n’existe pas originairement dans les roches granitiques qui ont formé le sol primitif du globe. Les filons de marbre qu’on y trouve peuvent y avoir été formés depuis. Les traités de géologie disent que le calcaire est arrivé à la surface du sol en dissolution dans des sources; mais où ces sources l’ont -elles été chercher en quantité suffisante pour devenir l’élément prédominant dans les roches les plus récentes?

On associe souvent l’origine du calcaire à celle du sel marin, en supposant qu’au temps des premières mers, il serait sorti du sol des veines salines, les unes formées de chlorure de calcium, les autres de carbonate de soude:

de l’action réciproque cle ces deux sels se seraient formés, au contact de l’eau, par échange d’éléments, suivant les lois de Berthollet, le chlorure de sodium (sel marin) soluble, et le carbonate de chaux (calcaire) insoluble.

Cette hypothèse n’est pas nécessaire : il y a assez de feldspaths et autres minéraux à base de chaux dans les roches ignées, pour que leur altération par l’air et par l’eau ait mis en liberté, à l’état moléculaire, des silicates de chaux que l’acide carbonique de l’air a transformés en carbonates. Nous savons encore si peu de chose sur la décomposition chimique des roches silicatées, que nous n’avons pas le droit de forger des hypothèses hasardées.

Celle-ci a toutefois cet avantage d’expliquer, mieux encore que les houilles, cette purification graduelle de l’air atmosphérique que rend sensible l’apparition successive, durant les périodes géologiques, de types animaux à respiration de plus en plus parfaite.

Un fait remarquable et riche en conséquences, est que le carbonate de chaux, insoluble dans l’eau distillée, est nettement soluble dans l’eau qui a dissous du gaz acide carbonique, dans l’eau de Seltz, par exemple, parce qu’il est transformé en bicarbonate de chaux soluble. Si on vidait toujours des siphons d’eau gazeuse au même endroit d’une dalle calcaire , on finirait par la percer.

Or les eaux naturelles contiennent toutes en dissolution de l’acide carbonique. Elles peuvent même, lorsqu’elles traversent la terre végétale , qui en est imprégnée par la fermentation de l’humus , en dissoudre beaucoup plus qu’elles n’en pourraient garder au contact de l’air. Si , dans cet état, elles traversent ou rencontrent du calcaire, elles pourront emporter en dissolution une certaine proportion de cette substance. Mais, arrivées à l’air, elles dégageront lentement leur excès de gaz, et laisseront déposer en même

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