‹ Les montagnesChapitre 121 sur 313 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

temps le calcaire que ce gaz leur avait permis de dissouclre.

C’est ce qui arrive dans la plupart des grottes creusees dans les terrains calcaires (ûg. 74), où se forment ces beaux pendentifs et ces saillies coniques qu’on nomme stalactites et stalagmites (lig. 75), et que les anciens prenaient pour des végétations pierreuses. C’est la matière de te qu on nomme l 'albâtre oriental. ( L’albâtre commun est du gypse ou pierre à plâtre.)

Si l'eau ainsi sursaturée de calcaire sort assez abondamment pour former une source , cette source sera c i e incrustante, parce qu’elle formera un depot de calcaire sui tous les objets qu’elle touchera. Plusieurs de ces sources comme celles de Saint-Allyre à Clermont-Ferrand et de Saint -Philippe en Toscane, sont devenues celeb.es,

Fig. 75. — Stalactites et stalagmites de la grotte d'Adelsberg, en Carniole.

donnent lieu à un petit commerce d’objets appelés à tort pétrifications, qui sont, non pas transformés en pierre, mais simplement recouverts d’une mince couche pierreuse assez cohérente, moulée sur leur surface.

Si les sources assez chargées pour former un dépôt résistant en quelques heures sont rares, il y en a réellement un assez grand nombre capables de former de notables dépôts en quelques semaines ou en quelques années. Or celles-ci encroûtent leur lit, c’est-à-dire qu’elles déposent, sur le sol qui les porte, des couches formant une roche compacte qui peut envahir tout le fond d’une vallée ; on nomme cette roche travertin. C’est avec le travertin formé par l’Anio , près de Tivoli, qu’ont été bâtis la plupart des monuments de Rome ancienne et moderne. Nous avons à Châteaulandon un travertin d’origine analogue qui a fourni les parapets de beaucoup des quais et des ponts de Paris, et dont on fait aussi d’excellentes pierres lithographiques.

Le calcaire travertin, c’est-à-dire déposé purement par voie chimique, est une rare exception dans la nature. Les énormes couches calcaires d’où sont tirées nos pierres de taille, comme celles où sont creusées les catacombes de Paris, la craie dont les puits artésiens de Grenelle et de Passy traversent plus de 500 m d’épaisseur, les masses dont les plissements forment les montagnes entières du Jura, de la base au faite, celles qui constituent les escarpements du mont Perdu et des cimes qui entourent Gavarnie, en un mot, l’immense majorité des calcaires de tout âge et de tout pays, ont une origine bien différente.

C’est V œuvre de la vie animale, c’est le résultat du travail de sécrétion pierreuse de myriades de générations de tous ces petits ouvriers de la mer, mollusques, zoo-

Page 1