‹ Les montagnesChapitre 135 sur 313 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

quoi est-il plat ici, bouleversé là? Y a-t-il, pour de si gigantesques phénomènes, une explication possible, par les lois qui gouvernent encore le monde?

Une science toute moderne a essayé de répondre ; elle a pris nom : la Géogénie. S’inspirant des résultats acquis par l’admirable essor des sciences astronomiques, physiques et naturelles depuis deux cents ans, raisonnant par l’analogie sur des observations très -exactes, mais malheureusement encore trop peu étendues dans le temps et dans l’espace, celle science donne de la formation du sol et de ses accidents une théorie qui n’est pas jusqu’ici démentie par les faits.

Mais il reste encore bien des points d’interrogation , et les sciences sur lesquelles elle s’appuie sont encore bien jeunes elles-mêmes, pour que nous puissions la proclamer définitive. Les exemples ne manqueraient pas, dans ce siècle même, de théories scientifiques acceptées comme de l’histoire sur la grande autorité de leurs créateurs, et qui, vingt ans plus tard, ne sont plus que du roman.

Ne soyons donc pas trop ambitieux dans nos affirmations ; ayons la modestie d’admettre qu’il reste quelque chose à faire pour nos petits-enfants, et contentons-nous d’appeler hypothèses les opinions qui ne sont pas mathématiquement ou expérimentalement démontrées.

Le point de départ des notions aujourd’hui acceptées sur l’origine des montagnes, est un fait observé, la chaleur intérieure du sol, fait sur lequel se fonde l'hypothèse du feu central, c’est-à-dire de la liquidité ignée de l’intérieur du globe. Voici les raisons à l’appui de cette opinion , qui règne aujourd’hui dans la science.

Les chaleurs de l’été et les froids de l’hiver n’influent

L’ORIGINE DES MONTAGNES

sur la température du sul que jusqu’à une certaine profondeur : à quelques mètres de la surface libre, là où sont nos caves, un thermomètre garde la même indication pendant toute l’année, et c’est la moyenne de toutes celles qu’il aurait données, placé en plein air.

Or, à partir de cette couche à température invariable, si on pénètre dans le sein de la terre à des profondeurs croissantes, on trouve partout, sans exception, que la température s’accroît aussi et régulièrement. Suivant la nature du sol, ce sera ici d’un degré pour 20 ou 25 m, là pour 30, 33, 35; dans le voisinage des volcans, pour 12, 15, 18; on peut prendre 30 m pour moyenne à Paris. Toutes les galeries de mines, tous les forages d’essai, tous les puits artésiens, dans tous les pays du monde, ont confirmé cette loi. L’eau du puits artésien de Grenelle, qui nous vient de 500 m, est à 28°, c’est-à-dire à 17° au-dessus de la température des caves, qui est 11° à Paris. Il y a des galeries de mines (à Iiuttenberg, en Bohême, et à Guanaxato , au Mexique) qui atteignent 1000 m de profondeur verticale; leur température dépasse de 30° celle de l’extérieur, c’est-à-dire qu’elle est plus élevée que celle du sang, comme au Sénégal en été, et l’homme ne la supporte que grâce à la transpiration. On a beau refroidir les parois par des courants d’air froid, il faut abandonner le filon précieux qui descend encore, ou payer le minerai par des vies d’hommes.

Au mont Cenis, on vient d’achever, au bout de quatorze ans de travail sans interruption , l’entreprise gigantesque de percer la montagne par un tunnel (je 12000 m , qui passe à 1500m au-dessous du sommet. Ce tunnel coupe obliquement les couches à température’ croissante qui s’infléchissent avec la surface, et l’on a craint pendant quelque temps que l’élévation de la température ne fût

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