CHAPITRE VI
un des plus sérieux obstacles à l’achèvement de celte oeuvre colossale.
Voilà donc un fait établi : les couches de plus en plus profondes sont de plus en plus chaudes, et si on les limite en épaisseur par l’augmentation de température d’un degré, les 25 ou 30 jusque auxquelles on a pénétré paraissent à peu près équidistantes et parallèles, n’offrant que de légères inflexions, causées par la courbure de la surface et la conductibilité variable des roches.
Or la physique nous apprend que telle doit être , en effet, la disposition de la chaleur dans les masses épaisses de matériaux à peu près homogènes, chauffés d’un côté et refroidis de l’autre : l’épaisseur des couches qui diffèrent d’un degré reste sensiblement constante, dépendant seulement de l’épaisseur totale de la masse solide. Ce sont les plus froides que nous pouvons explorer dans le sol : il est bien certain qu’il y en a beaucoup d’autres ; mais nous ne savons pas jusqu’à quelle limite. L’hypollièse du feu central consiste à supposer que la croissance de la chaleur continue jusqu’à pleine fusion. Les roches terrestres que nous connaissons fondent entre 1 200°, la température rouge vif, et 2000°, le blanc éblouissant, la température de fusion du platine. La première de ces températures serait atteinte vers 30 kilom. de profondeur, la seconde entre 50 et 60 kilomètres. -
Remarquons que , les couches pesant les unes sur les autres, il se produit à ces profondeurs d’énormes pressions, dont l’influence vient modifier celle de la chaleur, changer, par exemple, les températures de fusion, et nous ôter le droit d’appliquer dans cette circonstance les conclusions de nos expériences de laboratoire. Nous savons cependant que la pression favorise le maintien des combinaisons chimiques : témoin la célèbre expérience de la
L’ORIGINE DES MONTAGNES
fusion de la craie en marbre blanc, dans un canon de fusil, par James Hall. D’un autre côté, la chaleur favorise les dissolutions physiques el chimiques; et, par conséquent, les roches les premières liquéfiées agiront sur certaines autres, comme font l’eau sur le sucre, le mercure sur l’or, l’étain fondu sur le cuivre, la potasse fondue sur les cailloux siliceux; elles aminciront çà et là la croûte solide, elles y creuseront des poches et des fissures.
11 ne sera pas étonnant que certaines de ces fissures s’approchent assez de la surface pour qu’une augmentation de pression, un écroulement, surtout une action chimique tendant à développer des gaz, fassent craquer l’écorce solide, et poussent, par les fentes produites, la matière fondue jusqu’au dehors. Or cette expulsion de pierre en fusion sous l’action de gaz comprimés existe, ce sont les éruptions volcaniques (chap. ix). Les volcans nous fourniraient ainsi une seconde preuve à l’appui de l’hypothèse de la fluidité intérieure du globe.
On donne souvent comme troisième preuve la forme de la terre, qui n’est pas rigoureusement sphérique, mais un peu aplatie aux pôles et renflée à l’équateur. Or, dit-on, les mathématiques ont prouvé que c’est précisément la forme d’équilibre que prendrait , en vertu de la force centrifuge, une sphère parfaitement liquide, ayant la dimension et la masse de la terre, et tournant sur son axe avec la même vitesse.
Ne comptons pas cette preuve : on a récemment démontré qu’avec le temps, sous un effort suffisant, les solides se déforment et coulent comme les liquides, seulement avec une extrême lenteur. (Nous en verrons une autre conséquence , le mouvement des glaciers.) Ici ce n’est pas le temps qui fait défaut ; nous pouvons le compter par milliers d’années.