CHAPITRE VIII
livre par excellence. Plus de cent générations, des milliards d’hommes, non-seulement nous catholiques, mais les sectes chrétiennes de toutes nuances, les juifs et les mahométans même, l’ont tenu et le tiennent encore pour la parole de Dieu, certaine et infaillible. Ce sont enfin les vérités annoncées parce livre qui servent de base à l’ordre nouveau sur lequel repose, depuis dix-huit siècles, la civilisation du monde.
Le début de la Genèse, premier livre de la Bible, est un chant harmonieux, que sa cadence et ses refrains rendent propre à frapper la mémoire; c’est le Credo de la religion patriarcale. Sur l’homme fait qui le relit il produit une impression profonde. Sa simplicité est empreinte d’une majesté, d’une poésie, d’une splendeur inimitables.
Le récit ne prend pas la forme dubitative et l’allure d’une hypothèse; il affirme avec assurance, il répète une dictée sublime, il fixe sous une forme inspirée le dépôt sacré des traditions primitives.
Remarquons toutefois que la Bible n’a jamais pour objet que les vérités religieuses ; elle ne cite en passant un fait physique que si elle doit en tirer un précepte moral; ne concernant que l’homme, elle laisse volontairement de côté les faits qui lui sont étrangers; s’adressant à tous, grands et petits, savants et ignorants (et combien ne sont que de ceux-ci, se croyant de ceux-là!), elle parle la langue nonseulement humaine, mais populaire, dans ces dialectes imagés de l’Orient dont nous ne savons plus comprendre et goûter les délicatesses. La plupart des fidèles, ignorants des langues anciennes, ne peuvent la lire que dans des traductions de traductions, où les termes ont souvent perdu leur couleur saisissante en arrivant de troisième main.
Grâce à une autorité que tous reconnaissent vigilante
DEUX PAGES DE LA GENESE
et compétenle, et que nous savons, nous catholiques, divinement instituée, l’idée religieuse n’a pas subi d’atteinte, et reste intacte dans les traductions approuvées. Mais pour les laits purement physiques, et que l’Église n’a pas jugé intéresser la foi ni les mœurs, le commentaire est laissé libre : or il s’est produit ce résultat étonnant, impossible à une œuvre de simple prévoyance humaine, que les termes employés pour les faits physiques ont toujours pu trouver une explication suffisante, dans l’état des sciences humaines à chaque époque, pour que les vérités religieuses seules fussent déterminées ; celles qui ne touchent en rien les points de dogme ou de morale sont toujours restées abandonnées à la libre interprétation des savants et des commentateurs.
Cette liberté de la science, nous pouvons en être certains, n’aboutira jamais à un désaccord quelconque entre ses conclusions légitimes et les précieuses données de la révélation. Si la Bible est la parole de Dieu donnant à l’homme les vérités nécessaires mises à sa portée, le livre de la nature, à son tour, peut être regardé comme une autre forme de la parole de Dieu, dont l’explication entière, il est vrai, ne nous sera jamais donnée ici-bas : elle nous est réservée comme une part du bonheur de la vie future; Dieu a voulu, toutefois, que nous en entrevissions quelques pages, entr’ouvertes par ces intelligences d’élite qu’on nofnme Copernic et Képler, Pascal et Newton , Linné et Cuvier, Lavoisier et Davy, Fresnel et Gay-Lussac , Ampère et Cauchy.
L’étude de la nature à ce point de vue peut être regardée comme une des tâches données à l’homme par son Créateur. Tradidit mundum disputationibus eorum : Il nous a donné le monde comme objet de nos controverses, comme moyen d’excitation de cette intelligence, de cette