CHAPITRE VIII
sagacité qui doit nous conduire de ses œuvres à Lui, si nous avons su nous garder le sens droit et le cœur pur.
Le siècle actuel, et ce sera son véritable titre de gloire, a pris à lâche la lecture et l’explication du livre de la nature. Quelle que soit au fond la bonne ou la mauvaise volonté religieuse de ceux qui entreprennent cette tâche, le résultat final sera nécessairement une lumière de plus pour les vérités chrétiennes. « L’Église, dit le cardinal Wiseman, s’est servie des grands développements intellectuels de chaque siècle pour glorifier Dieu. Notre siècle, siècle des sciences naturelles, laissera après lui sur l’Église sa nouvelle empreinte. »
Aujourd’hui, quoi qu’en puissent dire les ennemis des idées religieuses, il n’y a aucun désaccord entre les deux formes de la parole divine. Si la Bible et la nature semblent en quelque point se contredire , un examen plus approfondi prouve, ou que le naturaliste a conclu prématurément, ou que l’idée physique, dans le passage du mot antique au mot moderne, a été plus ou moins altérée.
Nous croyons que c’est un devoir pour un chrétien , aujourd’hui, lorsqu’il expose les notions de ces sciences naturelles dont abuse une école trop bruyante, d’aborder en face la question religieuse. Plus d’un de nos lecteurs nous saura gré de l’aider à défendre sa foi contre quelqu’un de ces articles périodiques ou de ces livres malsains, qui font métier de populariser l’athéisme , et d’attaquer tout ce qui reste de bon sens moral et social à la populalion intelligente de notre pays.
La doctrine que nous exposons est loin de nous être personnelle. Nous n’avons fait que réunir en un seul corps quelques opinions admises en ce moment par les autorités
DEUX PAGES DE LA GENESE
théologiques les plus écoutées, elles rapprocher des résultats inattendus de la magnifique synthèse qui transforme aujourd’hui les sciences modernes.
Toutefois remarquons bien que ce ne sont que des opinions. Les sciences naturelles, encore envoie d’éclosion, sont dans un état continuel de variabilité et d’incertitude, et l’Eglise, de son côté, n’a formulé aucun enseignement sur ces points. La splendide constitution dogmatique, fruit des travaux du récent concile du Vatican, en condamnant le panthéisme et le matérialisme modernes, et en défendant la révélation et la foi contre les aberrations de la raison de l’homme, a proclamé solennellement le vif intérêt qu’elle porte aux sciences humaines et à leur « juste liberté >■, lorsqu’elles gardent fidèlement le « divin dépôt des doctrines de foi ».
En conformité avec ce sentiment exprimé par l’Eglise, et dans un esprit de pleine soumission à ses décisions, nous avons désiré faire partager à nos lecteurs chrétiens le sentiment de bonheur que nous avons éprouvé en lisant cette sublime page de la Genèse, aujourd’hui si attaquée, et en voyant que les découvertes modernes les plus inattendues, loin de démentir ce texte, lui viennent donner, souvent en l’expliquant et l’éclairant, une magnifique confirmation.
La difficulté qu’amenait le mot jour, si longtemps entendu dans le sens d’une durée de vingt-quatre heures, est aujourd’hui résolue d’un accord à peu près unanime. La semaine divine n’est pas mesurée à l’échelle de la semaine humaine ; chacun de ses jours a une immense durée : Dies mcignus Dei, mille annorum circula terminetur, disait déjà Lactance au ive siècle, paraphrasant le mot du Psalmiste : « Mille ans sont comme un jour. » Cette opinion, déjà regardée comme très-soutenable avant les