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CHAPITRE IX

leur masse persiste souvent sous forme d’un enfoncement, qu’on nomme cratère.

Les matériaux d’une même montagne, provenant ainsi à peu près tous d’un même point, prennent, en s’éboulant, la forme régulièrement conique de ces tas de cailloux que certaines voitures, par un mouvement de bascule, versent sur les chemins.

Les matières qui forment surtout les cônes, et impriment à la montagne sa forme dominante, sont les scories, pierres spongieuses ressemblant à du mâchefer. Ce sont celles-là surtout qui rendent difficile l’ascension d’un cône. « 11 n’y a rien en vérité, dit le président de Brosses, cité par Marc Monnier, de si hideux à voir, ni de si fatigant à traverser que ces amas d 'éponges de fer, aussi dures que raboteuses. Vous ne pouvez rien vous figurer de plus dégoûtant que ces infâmes déjections ; on marche làdessus avec une fatigue inconcevable. Toutes ces mottes de mâchefer roulent incessamment sous les pieds et vous font, grâce à la détestable rapidité de terrain, descendre deux toises quand vous croyez reculer d’un pas. »

D’autres pentes, au lieu de scories, sont formées de cendres. « Ces cendres, dit Marc Monnier, sont du sable fin, rougeâtre, et qu’on pourrait répandre sans inconvénient, au lieu de poudre d’or, sur la page fraîche qu’on vient d’écrire. En voyant ce talus uni, l’on se rassure; on s’y engage de grand cœur. Hélas! on ne tarde pas à regretter les scories. Ce ne sont plus des pierres qui dégringolent sous vos pieds, c’est de la poussière dure, serrée, où à chaque pas vous enfoncez à mi-jambes. Vous retirez un de vos membres de cet étang solide, et vous faites des tours de force pour le porter en avant ; peine perdue! l’autre jambe est prise, et vous n’avez pas de point d’appui. Vous voulez vous aider des mains, utopie!

LES VOLCANS

elles plongent aussi dans le terrain mouvant, elles y entraînent vos bras jusqu’aux épaules. Sortez de là, si vous pouvez ! »

Voilà les deux éléments dominants des cônes volcaniques; on conçoit que des montagnes ainsi formées changent facilement de forme, étant aussi facilement ravinées par les pluies que bousculées par les secousses qui accompagnent les éruptions. Non-seulement la forme des cônes terminaux d’un volcan change à chaque éruption, mais encore souvent il suffit de quelques semaines de pluies ou de quelques orages pour la modifier considérablement; à la longue, les agents atmosphériques finiraient par la rendre méconnaissable.

Toutefois la forme caractéristique en talus conique s’affermit et se conserve souvent par deux causes.

La première est l’action de l’eau qui peut avoir pénétré les cendres sans les entraîner. Le délaiement des cendres par l'eau produit une boue qui , desséchée et devenue plus résistante, forme, sous le nom de tuf volcanique, une partie considérable de la base de la montagne et du sol environnant. Ce tuf constitue d’ailleurs un sol admirablement fertile, ce qui fait que le voisinage des volcans est souvent habité par des populations riches et nombreuses.

La seconde cause de solidification, bien plus puissante, est que par-dessus les éléments meubles du volcan viennent s’ajouter, par intervalles, des couches compactes de roches fondues qui se sont solidifiées en s’étalant : ce sont les laves. Quand une fissure ou un éboulement permettent de voir en coupe l’épaisseur de la montagne , on voit les courants de laves intercalés çà et là entre les lits de cendres et de scories, comme des crêpes entre des couches de farine et de chapelure. La superposition de

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