CHAPITRE X
el des animaux. C’est à ce titre surtout que la géologie fait partie de l’histoire naturelle au même rang que la physiologie animale et végétale.
La montagne et la mer, la tète et le cœur de la terre, sont les deux centres de sa vie. L’air apporte à la montagne l’eau que lui a fourni la mer, et l’eau, ce sang de la terre, parcourt tous les points de sa surface et toute l’épaisseur de son écorce, déplaçant partout sa substance, enlevant ici, accumulant là, dissolvant et déposant tour à tour, emportant les anciens tissus pour en reconstituer de nouveaux, accomplissant, en un mot, dans une circulation permanente, de véritables fonctions de nutrition.
Nous venons de voir, dans les phénomènes volcaniques , une de ces fonctions de l’eau sur le globe, résultant de son action sur les matières liquides et ignées qui sont à l’intérieur de l’écorce terrestre; nous allons en voir une plus générale et plus efficace, sinon plus énergique, son action sur les matières solides qui sont à l’extérieur.
Mais, avant d’arriver à l’eau, il nous faut parler de l’air, son véhicule. Nous ne sortirons pas de notre sujet, et nous nous restreindrons à étudier les qualités spéciales de l’air des montagnes.
Quand on respire l’air pur des pays de montagnes , quand on constate l’heureux effet qu’en éprouve la santé au bout d’un court séjour, quand on sent, en marchant sur une crête d’un millier de mètres d’altitude, le bienêtre particulier que produit une brise rafraîchissante, ce bain d’air , plus efficace que tous les bains chimiques et toutes les eaux minérales , on est porté à se demander si l’air des montagnes a bien la même composition que celui des plaines, des marais et des villes.
Les chimistes ont répondu à la question par de nombreuses analyses. L’air, comme on sait, est un mélange de plusieurs gaz, dont deux principaux, l’azote et l’oxygène, et deux beaucoup moins abondants, quoiqu’en proportion notable, l’eau en vapeur et l’acide carbonique. Les proportions de l’oxygène et de l’azote sont de 21 du premier contre 79 du second en volumes, et en poids, l’oxygène étant un peu plus dense que l’azote, 23 contre 77, sur 100 d’air débarrassé des autres substances. De nombreuses analyses, opérées sur l’air pris dans des pays très-divers et dans des conditions très-variées, en ballon, en forêt, en prairie, en plaine et en montagne, ont montré que ces proportions varient à peine d’un millième.
Ce n’est donc pas un excès d’oxygène qui produit la facilité qu’on éprouve à respirer dans la montagne. Ce n’est pas non plus un changement dans la quantité des deux autres gaz ; l’eau en vapeur transparente y varie, comme dans la plaine, suivant la température et l’humidité du moment , d’un millième à un trentième ; le gaz acide carbonique y forme toujours une petite fraction assez constante, un trois-millième environ, comme dans toutes les campagnes. On sait que pour voir cette proportion arriver au double, il faut recueillir l’air directement audessus d’un fumier ou dans les rues de Paris.
Vous me direz qu’en outre de ces quatre gaz , seuls assez abondants pour être dosés par l’analyse chimique, l’air contient des traces plus ou moins insaisissables de beaucoup d’autres, parmi lesquels doivent se trouver les produits de putréfaction des matières organiques , l’ammoniaque , le gaz des marais, le gaz sulfhydrique , etc. Lorsque des détritus accumulés, comme aux portes des grandes villes, en versent des quantités considérables aux mêmes points, la santé pourrait se ressentir d’un aussi fâcheux voisinage.