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CHAPITRE X

Mais sur un sol couvert de végétation, ils sont rendus par la pluie aux plantes qui les utilisent, et sont inoffensifs aussi bien en plaine qu’en montagne.

Voici où est la vraie différence. En outre de ses gaz, l’air contient en suspension de minuscules éléments, solides et liquides, sur lesquels l’attention est appelée depuis quelque temps par les travaux d’un grand nombre de physiciens et de naturalistes, au premier rang desquels il faut mettre deux hommes éminents : MM. Pasteur en France et Tyndall en Angleterre.

C’est tout un monde, dont le rôle, ignoré ou dédaigné jusqu’ici, est pourtant immense dans l’univers; c’est le monde des infiniment petits; c’est la 'poussière, vivante ou minérale, solide ou liquide, visible ou invisible. La poussière, « ce fléau des plaines, » comme dit Toppfer, esl certainement moins abondante quand on s’élève , et celle diminution esl évidemment une des principales causes du bien-être qu’on éprouve en respirant l’air des montagnes. Toutefois il y a poussière et poussière. Instruisons leur procès.

C’est la poussière d'eau qui constitue les brouillards et les nuages inférieurs. Elle est loin, il est vrai, d’être malfaisante comme les aulres ; néanmoins son excès ou sa permanence sont déjà regardés comme malsains. Or il arrive souvent que les plaines et les dépressions voisines des montagnes sont longtemps couvertes d’un épais rideau de brouillards ou de bas nuages, produisant, comme on dit, un temps couvert, tandis que les sommités percent ce rideau, et jouissent d’un ciel pur.

Les montagnes condensent les nuages et ne les conservent guère. D’ailleurs la poussière d’eau des nuages est généralement exempte du mélange de substances étrangères, et il n’y a jamais d’inconvénient à la respirer en

passant. On n’en peut pas toujours dire autant des brouillards formés sur les plaines humides.

Ce qui est à craindre, ce qui fatigue, et trop souvent ce qui épuise et ce qui tue, c’est l’introduction dans les poumons de corpuscules étrangers contre lesquels l’organisme aura une lutte à soutenir.

Les poussières minérales et industrielles, la fumée des foyers et la poudre pierreuse des routes, partage des usines et des villes, cause de ces brumes grisâtres qu’on voit toujours de loin envelopper Paris et les grandes cités reines, restent suspendues à une assez faible hauteur au-dessus du sol. Les pointes des clochers, les sommets des collines avoisinant les grandes villes paraissent souvent percer le voile malsain qui ensevelit les habitations.

Le vent qui passe sur la ville ne suffit pas à dissiper cet infect produit de l’entassement de la vie humaine, ce fruit impur de la civilisation moderne ; pour débarrasser ses poumons de cette boue formée de pavés pulvérisés par les roues de voiture, de duvet de paletots usés, d’œufs d’animalcules et de germes de moisissures, dont chaque inspiration salit ses muqueuses, le citadin use à un instinctif travail ses forces vitales, qu’il n’entretient que grâce à une nourriture spécialement substantielle, régime de malade ou pitance de travailleur en marécage.

Les plus dangereuses des poussières toutefois sont certainement les poussières vivantes, ces myriades d’atomes animés qui sèment la destruction, la pourriture et la maladie : ces germes invisibles d’animaux ou végétaux microscopiques qui causent la fermentation des liqueurs, la putréfaction des cadavres, les fièvres et probablement toutes les maladies épidémiques et contagieuses. C’est surtout contre ces envahisseurs insaisissables que les forces vitales ont à soutenir une lutte de tous les jours.

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