‹ Les montagnesChapitre 235 sur 313 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ches flottantes, qui paraissent assez minces quand on les voit de profil à l’horizon : Howard les appelle alors stratus. Il n’y a aucune raison de créer un nom nouveau pour ce simple changement de forme. 11 serait plutôt utile de faire une catégorie à part des brouillards et des brumes qui se forment contre le sol, et sont toujours plats en dessus, tandis que les cumulus sont plats en dessous; ces brouillards sont plus transparents et moins nettement terminés que les cumulus. L’avenir nous dira si la différence d’aspect tient à leur constitution par des vésicules au lieu de gouttes pleines. Jusqu’à nouvel ordre, nous ne voyons aucun motif de ne pas réunir toutes ces formes variables en un seul groupe, celui des bas nuages non pluvieux, constitués par la poussière microscopique d’eau, liquide au-dessus de 0°; ils sont toujours situés au-dessous de 2 ou 3000 1,1 de hauteur, le plus souvent même au-dessous de 1000 m.

2° Un second groupe bien net se compose des nuages supérieurs, formés de poussière d’eau solide: Howard les appelle cirrus, et les marins, queues de chat. Ils ont l’aspect de laine cardée, et sont habituellement assez transparents pour laisser voir les astres à travers leur épaisseur ; leur hauteur habituelle en été paraît comprise entre 7 et 10 000 m. Mais, en hiver, ils peuvent descendre jusqu’auprès du sol. Beaucoup de brouillards d’hiver paraissent avoir la nature des cirrus.

La température des cirrus proprement dits est généralement beaucoup plus basse que 0°, souvent plus voisine de la congélation du mercure que de celle de l’eau. Lorsqu’ils s’abaissent, ils perdent leur forme peignée, et s'arrondissent en petites boucles : on dit qu’ils sont pommelés, et leur nom technique est cirro-curnulus. Ils peuvent aussi s’accumuler en nappe continue, et mériter les

noms de cirro-stratus ou pallio-cirncs . 11 est difficile de déterminer la limite exacte qui sépare ces nuages glacés des nuages liquides. Il paraît prouvé que les gouttelettes nuageuses peuvent descendre jusqu’à 10°, 15° et plus, sans prendre la forme cristalline, peut-être même sans geler du tout; car les expériences de surfusion que l’on fait en physique nous apprennent que la cristallisation ne se fait bien que de proche en proche, par le contacl d’un premier cristal. Lorsque les cirrus sont formés de cristaux bien nets, il se produit des halos, des parhélies, des croix lumineuses, etc., autour du soleil et de la lune, par les réflexions de la lumière sur les faces de ces cristaux.

3° Le troisième type de nuages est celui qu’Howard appelle nimbus : c’est le nuage (pii crève et voiniL de la pluie, de la neige, de la grêle; son caractère est de contenir ou plutôt de former de petites masses d’eau liquide ou solide assez grosses pour tomber rapidement jusqu’au sol. Il n’a donc pas de terminaison nette de ce côté; il se continue en bas par une traînée oblique allant jusqu’à terre. Il présente comme les autres de nombreuses variétés. 11 y en a d’immenses, couvrant tout un grand pays d’une masse continue de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur, occupant à laffois, sur plusieurs centaines de lieues d’étendue, la zone qui s’étend de la hauteur des cumulus à celle des cirrus. Ils sont, en effet, comme nous allons voir, formés de la précipitation de ceux-ci dans ceux-là. Il y a des nimbus partiels, dont la partie supérieure a la forme nettement terminée des cumulus. Ils peuvent diminuer jusqu’à la dimension restreinte des nuages de giboulée.

Parmi ces nuages partiels, se distinguent les nuages orageux, et, parmi ceux-ci, les nuages de grêle, gros, noirs, opaques, enroulés, d’aspect presque solide.

La différence est bien tranchée entre ces nuages et les nuages de neige ; ceux-ci sont immenses comme les grands nuages de pluie, translucides, mal définis, d’un aspect jaunâtre tout particulier.

Malheureusement pour la netteté de la classification, toutes ces sortes de nuages se transforment les unes dans les autres, en passant par tous les états intermédiaires.

C’est dans les pays de montagnes surtout que l’on peut voir la formation de toutes les variétés des nuages et de leurs produits. Les brouillards se forment au-dessus d’une surface humide, rivière, lac, marais, prairie, lorsque l’eau de cette surface est plus chaude que l’air, et leur épaisseur est proportionnelle à la différence de température. Ils se dissipent quand l’air redevient plus chaud que l’eau.

Les brouillards sont toujours plus chauds que l’air qui les entoure; ils n’ont pas une grande épaisseur ; un monument élevé, un grand arbre, un monticule, se dressent souvent dans l’air transparent par-dessus leur surface; ils sont terminés le plus souvent par une surface parfaitement plane, qui, vue de la montagne, forme dans la vallée une nappe unie comme un lac; bientôt cette surface se met à onduler comme une grande mer, sa surface se déchire, et, sous les rayons du soleil, les lambeaux s’enlèvent et se dissipent en rendant à l’air sa transparence.

Les cumulus se forment à une hauteur déterminée, rendue visible, même dans le beau temps, par une sorte de brume, légère comme un voile de gaze, qu’on aperçoit quand on arrive un peu plus haut qu’elle, soit en ballon, soit sur le flanc d’une montagne. Quand l’air est calme, on la voit se prolonger jusqu’à l’horizon, où elle forme

une ligne bleue comme la mer, les montagnes sortant au travers comme des îles. En montant, on voit ce voile de gaze disparaître au centre comme un vide circulaire toujours croissant, parce qu’il n’est visible que sous une incidence très-oblique.

Avec les instruments qu’on nomme en physique hygromètres, on a vérifié que cette couche limite est celle où l’humidité de l’air est la plus grande. A partir d’une certaine hauteur au-dessus du sol, le rapport entre la quantité de vapeur d’eau que contient l’air et celle qu’il pourrait contenir, rapport nommé Y état hygrométrique de l’air, va en augmentant peu à peu jusqu’à cette couche au-dessus de laquelle il diminue rapidement.

L’altitude de cette couche génératrice des cumulus augmente avec la température : le commandant Rozet l’a souvent mesurée dans les Pyrénées et dans les Alpes ; en automne, il trouvait 1200, 1500 m; en été, 2000, 2200, 3000: une fois, tout près de 4000 m. Saussure l’a vue (il l’appelle vapeur bleue) descendre en deux heures et demie du sommet du Salève, jusqu’à une altitude de 800 m audessus du lac Léman, et il a pu vérifier que son degré d’humidité était nettement plus élevé qu’à une trentaine de mètres au-dessus d’elle.

Les nuages se forment là , on ne sait encore ni comment ni pourquoi , par l’accumulation de petits flocons qui restent distincts , quoique rapprochés ; lorsqu’on les observe d’un point un peu plus élevé , la surface brumeuse les rattache d’abord comme une gaze ; puis peu à peu les intervalles se comblent, et il en résulte une surface irrégulièrement mamelonnée, toujours en mouvement; il y a peu de spectacles plus magnifiques que cette mer de nuages mouvants, éclairés en dessus par le soleil.

Lorsqu’un coup de vent, une pente de montagne, ou

la chaleur croissante du soleil élèvent un cumulus dans la région limpide et plus sèche de l’air, on voit souvent les tlocons se dissiper en s’évaporant, comme la fumée blanche des locomotives disparaît derrière les trains qu’elles emportent. L’épaisseur de ces couches de cumulus est souvent très-considérable ; ordinairement elle est de 300 à 500 m ; mais elle peut s’élever à 1000 et 1200"', et donner à ces nuages tout à fait l’apparence de grandes et belles montagnes neigeuses.

Leur forme change continuellement par des courants d’air ascendants, qui sont habituels pendant le jour. En l’absence de ces courants, ds pourraient rester sensiblement à la même hauteur, malgré leur chute, parce que la partie inférieure, en arrivant dans une couche plus chaude, se vaporiserait, et la vapeur montant se condenserait de nouveau à la partie supérieure du nuage.

Cette stabilité d’emplacement d’un nuage, malgré son changement de substance, peut se produire dans le sens horizontal en dépit du vent. Quand une cause fixe de refroidissement existe dans un point de l’atmosphère, la vapeur saturée que l’air y apporte se condense en ce point et devient visible, tandis que le nuage entraîné plus loin dans les points plus chauds se dissipe en s’évaporant. Cet effet se produit souvent autour des sommets de montagne isolés, comme le Pilate, le Puy-de-Dôme, constituant à ces sommets, même au milieu d’un ciel limpide , ce qu’on appelle leur chapeau. Le pic de Ténériffe (fig. p. 168) a une région de nuages de cette sorte permanents, au niveau de l’immense cirque qui l’entoure d’une enceinte escarpée.

M. Babinet décrit d’une manière très - frappante un phénomène de cette sorte, qu’il a observé de près au sommet du Canigou. « Ce nuage, dit-il, malgré la vio-

lence du vent qui semblait devoir l’emporter, restait obstinément fixé sur le point où je l’observais. Il était si nettement terminé, que je pouvais y plonger la moitié seulement d’un crayon que je tenais à la main. Le secret de ce curieux phénomène, c’est que l’air était juste assez humide pour devenir nuage à la hauteur en question. C’est pourquoi, avant et après ce passage, le nuage disparaissait. Ce n’était point, en réalité, une masse d’air fixe qui formait le nuage ; c’était l’air, transparent partout ailleurs, qui, en atteignant ce sommet froid, perdait momentanément sa transparence. »

On n’a guère l’occasion d’assister à la naissance des cirrus. Ils peuvent nous venir du nord sous cette forme ; iis peuvent aussi être causés par la condensation des vapeurs ascendantes qui ont dépassé la zone de formation des cumulus, ou encore de celles qui se sont formées par l’évaporation des cumulus eux- mêmes. Les aéronautes qui se sont élevés le plus haut dans l’atmosphère, Gay- Lussac, Bixio et Barrai, Green, Glaisher, sont d’accord sur ce point, qu’arrivés dans les régions glacées situées au delà de 7000 m, ils voyaient encore des cirrus qui leur paraissaient aussi élevés au-dessus d’eux qu’ds nous paraissent vus de la terre.

L’explication de l’origine des nimbus, au moins de ceux des grandes pluies continentales, et de la plupart des nuages orageux, a été établie dans ces dernières années par de nombreuses observations faites en montagne. Saussure l’avait entrevue ; le commandant Rozet et d’autres officiers d’état-major l’ont mise hors de doute; tous les météorologistes modernes, Kaemtz, Hatton , Martins, Flammarion, l’ont adoptée.

La voici réduite à ses traits principaux : tant qu’il n’y a sur l’horizon que des cirrus seuls, ou des cumulus

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