CHAPITRE X
rature doit prendre la forme liquide. Quand le refroidissement est dû au contact d’un corps froid, c’est sur ce corps que se précipite l’eau en gouttelettes que l’on nomme rosée; quand le froid vient à dépasser 0°, la rosée gèle et s’appelle gelée blanche; quand la précipitation de la vapeur commence au-dessous de 0°, le dépôt est formé de petits cristaux de glace groupés en barbe de plume et en séries d’étoiles, et prend le nom de givre; quand le refroidissement, au contraire, se fait dans l’espace atmosphérique, assez loin du contact du sol, l’eau s’y condense à l’état de gouttelettes liquides ou de petits cristaux de glace, suivant la température. Si le refroidissement est lent, l’eau prend la forme d’une poussière excessivement line, qui trouble la transparence de l’air en y restant suspendue. Cette poussière d’eau, nous l’avons déjà dit , ce sont les nuages et les brouillards. « Un brouillard , disait Monge, est un nuage dans lequel on est; un nuage esl un brouillard dans lequel on n’est pas. »
Pour expliquer la suspension de cette poussière, on avait imaginé qu’elle était formée de petites bulles ou vésicules remplies d’air plus humide et plus chaud que l’air extérieur, par conséquent plus léger, qui faisait de ces vésicules de petites montgolfières microscopiques. Cette supposition n’est pas nécessaire. On sait que la résistance opposée par l’air à la chute d’un corps croit avec la vitesse de chute; il arrive donc toujours un moment où cette vitesse cesse de s’accroître, et prend une valeur limite d’autant moindre que la surface du corps est plus grande par rapport à son poids. Ainsi une feuille de papier mince, ayant la forme d’un parachute, tombe très-lentement dans l’air, tandis que, chiffonnée en une petite balle, elle tombe beaucoup plus -vite.
Un corps réduit en poussière prend une surface énorme,
et ne Lombe plus que de quelques centimètres par seconde. Si la masse d’air qui le supporte a elle-même un mouvement ascendant plus rapide, la poussière paraît monter avec la différence des deux vitesses. C’est ce qui arrive aux fumées qu’emporte le courant d’air chaud d’un foyer.
Les nuages peuvent donc être indifféremment formés de vésicules ou de gouttes pleines, si les unes ou les autres sont assez petites pour que le mouvement de descente soit peu sensible. Les deux systèmes ont leurs partisans. Kaemtz est pour les vésicules; il les a observées au microscope, et a mesuré leur diamètre, qui varie avec la saison, et de 0mm035, maximum d’hiver, descend à Ûmm012, minimum d’été. Saigey est pour les gouttes pleines, et les a vues, au microscope, jouant le rôle de lentilles; le calcul montre que la vitesse de chute de gouttelettes pleines, de cette même dimension, reste au-dessous de 30 cent, par seconde. Il est probable que les deux opinions sont vraies, et que les deux systèmes de condensation sont possibles à la fois ou séparément , donnant aux nuages qui en résultent des aspects différents.
Les diverses sortes de nuages peuvent être groupées autour de trois types bien distincts et bien connus :
1° Les nuages inférieurs , formés de poussière d’eau liquide; le nom de cumulus, que leur a donné Howard , s’applique à ceux qui, relevés en masses amoncelées par les courants ascendants, prennent la forme de grandes montagnes blanches : les marins les nomment balles de coton. Ils sont très-nets et bien terminés en été. Les vents du sud et du sud-ouest, dans nos climats, les accumulent au point d’en couvrir comme d’un manteau d’immenses étendues et d’en faire disparaître les formes. D’un autre coté, quand les courants ascendants cessent le soir, les cumulus s’affaissent en s’étalant comme de grandes plan-