‹ Les montagnesChapitre 244 sur 313 · CASCADES ET LACS · texte numérisé non relu

CASCADES ET LACS

Écoutez la chute sonore Bruire à l’ombre des grands bois.

Lamartine.

Os lacs <|ue rien n'altère .

Entre des ntonls géants,

Dieu les mit sur lu terre l-oin du souDle adultère Des sombres océans.

Victoii Huoo.

L’allure des cours d’eau dépend du degré de penle de leur lit; elle est habituellement torrentielle dans les pays de montagnes, où une notable inclinaison du sol est la règle générale. La surface de ce qu’on appelle une rivière ou un fleuve, dans la portion montagneuse de leur cours, n’est, pour ainsi dire, jamais plane; tout transport de l’homme ou de ses richesses, au moyen du courant de leurs eaux, est interdit à cause de sa violence, sauf l’exception des bois coupés en bûches flottantes, qui ne redoutent pas les chocs et les naufrages. Lorsque la pente régulière est interrompue par un escarpement à pic, les cours d’eau permanents fournissent un des plus splendides et des plus recherchés parmi les spectacles des pays de montagnes, celui des chutes d’eau ou cascades.

Pendant la saison fie la fonte des neiires, les cascades se rencontrent à chaque pas, à chaque paroi de rocher; mais, comme dit Tschudi, « les vraies cascades, les cascades permanentes, ces spectacles naturels tant admirés des touristes, sont, quant aux formes, aux couleurs et au bruit, de vraies individualités; chacune a son caractère,

Fig. 13#. — !,<*» cliutm iln (iic 99bOCil.

son fracas particulier, ses décors, ses masses, ses effets de lumière, etc. L’une, très- abondante, gronde sourdement dans une cavité en forme de grotte... Une autre est cachée au plus profond d’une forêt de sapins, qui s’ouvre tout à coup pour laisser voir le torrent se précipiter en deux ou trois bras le long des parois d’un large rocher; une autre est complètement suspendue dans les airs. Une corniche en saillie en rejette les eaux loin du rocher; la paroi est élevée; le ruisseau ne peut tenir ses flots rassemblés; ils se résolvent en un réseau vaporeux de perles étincelantes qui, entraînées au gré des vents, semblent avoir peine à atteindre le sol, mais qui, bientôt après ce saut formidable , reprenant leur ancienne forme , continuent gaiement leur chemin, comme si rien ne s’était passé. De loin, ces cascades de poussière, fort nombreuses dans les régions montagneuses, prennent, la nuit surtout, l’aspect le plus fantastique. Ce sont alors comme des ombres ossianiques vêtues de blanc, qui, sous toutes sortes de formes, voltigent avec de sourds frémissements le long des rochers; mais de jour, quand les rayons du soleil les éclairent sous une direction favorable , elles ressemblent à des palmes resplendissantes qui ondoient et se succèdent l’une à l’autre sous des figures toujours nouvelles. »

La cascade du Staubach (fig. p. 204) est la plus célèbre des cascades de cette dernière espèce ; elle est située dans la vallée de Lauterbrunnen , la plus célèbre de l’Oberland bernois, qui renferme encore deux chutes célèbres : celle de Trummletenbacli , fantastique projection d’une rivière par une énorme fenêtre verticale dans une gorge sombre et étroite, et celle du Schmadribach , où toutes les eaux du glacier de Schmadri se précipitent du haut d’une paroi de granit de 300 m de haut.

Page 1