‹ Les montagnesChapitre 243 sur 313 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sont pris à envier ce trésor plus encore que tous les autres biens de la vie des montagnes, et à dire tout bas, après avoir savouré une gorgée, qui paraît, à un palais altéré d’une longue course, la plus délicieuse des boissons: O fortunatos nimium ! ...

Les sources d’eau vive ont toujours été, du reste, l’objet d’un sentiment instinctif de vénération dans tous les temps et chez tous les peuples. C’est l’aliment par excellence, fourni à l’homme par la terre ; c’est la condition indispensable de vie pour lui et pour les siens; c’est de tous les dons de Dieu à l’homme le seul peut-être qui soit répandu avec autant de prodigalité sans demander aucun travail en retour.

L’eau de source a pour caractères précieux la constance de sa température et celle de son débit; car elle vient de profondeurs inaccessibles aux variations de la chaleur extérieure, et résulte de l’écoulement lent et gradué de réservoirs chargés du produit accumulé de plusieurs mois de pluies. Les réservoirs permanents qui en proviennent sont bien différents de ces ruisseaux superficiels et éphémères, que remplissent d’eau boueuse et salie les mauvais temps. Mais les uns et les autres se réunissent bientôt pour donner les grands cours d’eau permanents ou rivières, auxquels les sources fournissent l’élément stable, et les torrents, l’élément des crues transitoires.

Les pays de montagnes ont à peu près seuls le privilège d’un genre de sources tout spécial, dû à ce que les fissures du sol y peuvent souvent descendre, dans des roches compactes, à de très-grandes profondeurs, et revenir à la surface en forme de siphon renversé, amenant au jour l’eau qui les remplit, portée à la température que donne la chaleur centrale aux zones profondes où elles ont pénétré : ce sont les eaux thermales.

La plupart de ces eaux si recherchées sourdent au fond de gorges obscures et sauvages. On est même souvent obligé, comme à celles de Pfeffers, dont la gorge pittoresque est représentée dans la fig. 137, d’amener, par de

Fig. 137. — Source thermale de Pfeffers.

longs tuyaux, l’eau salutaire à l’établissement de bains situé hors de la gorge, pour ne pas attrister les malades par le séjour au fond d’aussi sombres prisons.

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