CHAPITRE X
qui franchirait le lac en ce moment ferait acte de courage.
11 serait impossible de décrire les caractères variés qui donnent à chacun des lacs de montagnes son charme particulier. A côté des grands lacs connus de tout le monde, *1 y en a de petits qui ont cependant conquis une certaine célébrité, méritée par les paysages gracieux ou pittoresques qui les entourent, comme le lac de Klœnthal, près de Claris, ou celui de Lowerz, auprès de Schwitz, ou celui d’Æschinen, auprès de Ivandersteg (fig. 145). Comme
Fig. 144. — Lac et roches moutonnées du Grimsel.
contraste, il y en a qui sont devenus célèbres par l’affreuse solitude où ils se trouvent au sommet de cols déserts et décharnés, comme le lac de Grimsel (fig. 144); celui du Saint-Bernard, ou celui de Dauben, sur la
Fig. 145. — Lac d’Æschinen.
Gemmi, qui ne sont dégelés que quelques semaines dans l’année.
Les cascades et les lacs ne sont pas seulement les plus agréables spectacles que l’eau puisse nous fournir dans la montagne ; ils ont une importance très-grande dans un tout autre ordre d’idées, sur lequel il importe de dire un mot, en ce moment où la France a plus d’intérêt que jamais à connaître et à exploiter toutes les richesses de son sol.
Par les progrès de la civilisation matérielle, s’ils ne sont pas accompagnés de décadence dans la civilisation morale, il est certain que les pays de montagnes ont un grand avenir. C’est là, en effet, que se trouvent le plus à portée de l’homme les grandes forces naturelles qui font la prospérité de l’industrie. C’est là que le soleil , cette source de nos forces, travaille le plus, et que le sol peut le mieux recueillir le fruit de son travail.
La montagne, grâce à ses chutes d’eau inépuisables, n’a pas besoin, pour avoir une force motrice, de brûler du charbon comme la plaine. Quand la plaine aura gaspillé la houille, ce trésor de l’industrie de notre siècle, suffisamment pour la faire renchérir, on réfléchira que si une pauvre source de la vallée de la Maurienne a pu, sans chaudière à vapeur, percer le mont Cenis, elle aurail pu faire marcher, pendant le même temps, d’innombrables métiers dans toutes les maisons de la vallée. On se dira que, si les fabriques des Vosges, à sec pendant deux mois, se plaignaient de la concurrence de la Suisse, que ses neiges ne laissent jamais manquer d’eau, c’est qu’elles n’avaient pas fait comme la ville de Saint-Étienne, qui a su transformer en lac de montagne l’eau de son petit torrent du Furens, pour donner de l’eau en tout temps à ses fabriques. On s’occupera alors de conquérir et d’as-
servir les cascades et les torrents, qui seront une richesse au lieu d’être un fléau destructeur.
Pour ne pas sortir de notre sujet, il faut borner là notre étude de la descente des eaux dans les montagnes; car les grands lacs y jouent en petit le rôle des mers, et c’est aux plaines qu’appartiennent les fleuves qui s’en vont porter aux océans le produit de la condensation opérée par les montagnes, et fermer l’admirable cercle parcouru par l’eau, ce sang du globe, dans sa circulation vitale.
Fig. 146. — Lac de Nanlua.