CHAPITRE X
blés. Habituellement même, un cours d’eau traverse successivement plusieurs de ces petites plaines étagées, avec ou sans lac au centre, séparées par des pentes ou des déiilés.
Un des plus charmants exemples de ces gradins successifs nous est offert par la vallée d’Unterwald , en Suisse, où se succèdent trois charmants lacs à trois niveaux différents. Le premier est le lac d’Alpnach, au même niveau que le lac de Lucerne, et communiquant avec lui. Après
une pente assez douce de quelques kilomètres, vient le charmant lac de Sarnen (fig. 142); puis la rampe escarpée de Kaiserstuhl , au haut de laquelle on trouve inopinément le petit lac de Lungern, que l’on a récemment baissé de 30 m, en perçant un tunnel à travers le Kaiserstuhl. Au bout de ce troisième lac, une montée modérée
Fig. 142. — Le lac de Sarnen et le Brunig.
Lac des Quatre - Cantons, vu de Brunnen , pendant un oragi
aboutit au col du Brunig, un dos moins élevés et des plus fréquentés des Alpes.
Un exemple tout à fait analogue nous est donné dans les Vosges par la succession des trois lacs de Gérardmer (fig. p. 93), de Longemer et de Retournemer, et, dans les Pyrénées, par la suite des quatre lacs de la vallée d’Oo.
Une distinction profonde doit être faite entre les lacs de vallée ouverte, dont les rivages sont en pente douce, accessible et bordée de végétation, et les lacs à bords abrupts et inaccessibles qui remplissent toute la largeur d’une gorge ou d’une anfractuosité de montagnes. Le lac de Lucerne ou des Quatre-Cantons, le plus beau et le plus varié de la Suisse, présente le premier caractère dans sa partie ouest, et le second dans le brusque retour qu’il fait, au sud, dans le canton d’Uri. Pour qui n’aurait que quelques heures à passer à Lucerne, il n’y aurait pas de meilleur emploi à en faire que de les passer sur le bateau à vapeur qui va et vient d’un bout à l’autre de ce lac féerique, où les décors se succèdent comme des changements à vue.
Les lacs à bords escarpés offrent une navigation dangereuse ; les coups de vent qui se produisent si souvent dans les montagnes y forment des vagues qui se brisent avec fureur sur les rives à pic, et mettraient une barque en grand péril. Quand le fœhn souffle du sud-ouest sur le lac des Quatre-Cantons, il s’engouffre à la fois dans le grand bras du lac, orienté vers l’ouest, et dans le lac d’Uri, orienté vers le sud. Les vagues viennent se rencontrer en face de Brunnen (fig. 143), au pied du fameux Grutli, précisément au point où Schiller a ouvert son drame de Guillaume Tell, et où la Suisse a consacré sa reconnaissance pour le grand poète, en gravant son nom sur un bloc gigantesque. Il est certain que le batelier