CHAPITRE Al
Vulcain était ordinairement vainqueur de Neptune, et les montagnes poussaient à la surface du globe comme les plantes du printemps ; mais maintenant nous assistons à la revanche de Neptune, ou plutôt d’Apollon; car c’est réellement la puissance du soleil, qui, mettant en mouvement la circulation des eaux, détruit peu à peu l’œuvre des puissances souterraines.
Depuis leur refroidissement, ces roches éruptives si dures, qui semblent défier tous les agents de dissolution et de décomposition, finissent par éprouver, de la part de l’eau, par l’accumulation du temps, les mêmes effets qu’elles en éprouveraient par l’accumulation de la chaleur pour liquéfier et pulvériser leur substance.
11 n’y a pas en réalité, dans la nature, de corps absolument insolubles dans un liquide qui a pour lui, comme l’eau, l’abondance et la durée d’action. Les eaux naturelles tiennent toutes , sans exception, des substances en dissolution, parmi lesquelles beaucoup sont réputées insolubles par les chimistes; il est vrai que les chimistes appellent insoluble un corps qui ne peut pas atteindre, dans le liquide, une proportion sensible à leurs réactifs. Les eaux de source les plus limpides donnent un résidu très-notable après leur complète vaporisation, et ce résidu contient, outre le sel marin, la potasse et autres corps solubles, le calcaire, la silice et autres éléments terreux, quelque parfaite que soit la filtration.
Il est vrai qu’un liquide peut se charger d’éléments étrangers d’une seconde manière, la suspension de particules excessivement petites. Le procédé d 'illumination que Tyndall a employé pour déceler les poussières de l’air, peut être employé pour déceler les corpuscules en suspension dans l’eau, et donne la preuve que les eaux de fontaine les plus limpides et les mieux filtrées, comme
LA DÉMOLITION DES MONTAGNES
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les eaux les mieux distillées, se trouvent tenir en suspension des poussières d’une extrême finesse , empruntées ordinairement aux vases qui les contiennent.
S’il en est ainsi des eaux qui paraissent limpides, que doit-il arriver de celles qui ne le paraissent pas? D’un autre côté, si les eaux pures des sources les plus délicieuses contiennent des sels en dissolution, que contiendront donc les eaux minérales, qui ont, dans leur trajet souterrain, rencontré d’abondantes matières à dissoudre?
On a calculé que la seule source de Louèche-les-Bains , au pied de la Gemini, dans le Valais, contenant environ 2 grammes par litre de matières salines en dissolution, doit creuser, dans les profondeurs du siphon qui l’amène au jour, une cavité de 3000 mètres cubes tous les ans, soit le volume de la butte Montmartre en 100 ans.
Il doit se former à la longue, sur le trajet des cours d’eau souterrains, d’immenses cavités, dont quelquesunes, comme les grottes calcaires dont nous avons parlé, sont solidement voûtées et persistantes, mais dont un grand nombre, dans les pays de montagnes notamment, où les brisures et les irrégularités sont plus fréquentes, doivent finir par se combler brusquement au moyen d’un écroulement des roches situées au-dessus.
Voilà un premier mode d’abaissement de montagnes par l’action des eaux, qui n’est pas heureusement fréquent, mais qui l’a été jadis, comme on le voit aux nombreuses failles ou dénivellations par rupture que l’on rencontre dans les terrains déposés aux temps géologiques. (Voy. p. 288.)
Le résultat d’un tel écroulement est évidemment un tremblement de terre. Si une voiture pesamment chargée, en tombant d’un pavé sur un autre un peu plus bas, peut secouer des maisons et faire trembler les vitres, que ne