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CHAPITRE XI

au printemps, est un horrible spectacle qu’on ne réussirait guère à décrire. On chercherait en vain des termes pour représenter ce chaos, cette complète dissolution, cel ébranlement de la nature, où l’on croit sentir à la fois les rafales d’un ouragan, les secousses d’un tremblement de terre et les scènes qui accompagnent un éboulement. Le tumulte des éléments, l’image de la destruction, le craquement des neiges pressées par la masse en mouvement et lancées sur la pente, le bruit des arbres brisés, les bonds des rocs traversant l'air en sifflant , avant d’éclater en mille fragments sur les parois des monts ; bref un bouleversement épouvantable dont les échos des profondeurs de la vallée redoublent la violence : tel est l’effet total de ce phénomène, considéré à une petite distance. »

Le rôle de ces avalanches dans la destruction de la montagne est beaucoup plus considérable que celui des autres; il est comparable à celui des torrents, avec lesquels elles ont une certaine ressemblance. Leur neige est toujours sale, boueuse, noirâtre, remplie de cailloux et de débris de toute sorte. Après un orage de printemps, il s’en forme de tellement longues et tellement mélangées d’eau liquide et de boue, qu’il serait difficile de dire si l’on a affaire à un nant , à un torrent ou à une avalanche.

Il est rare que les avalanches de fond produisent des désastres ou des accidents sérieux quand on prend les précautions nécessaires. Elles descendent tous les ans par les mêmes couloirs, sortes de larges ravins pierreux, que l’on voit de loin sillonner de leurs lignes grises le vert tapis des forêts et des gazons de la montagne. Au lieu que le premier point d’ébranlement soit en haut, comme dans les grandes avalanches poudreuses, il est aux points les plus chauds et les plus humides, c’est-à-dire les plus

LA DEMOLITION DES MONTAGNES

bas. Les plaques disloquées des vieilles neiges, détachées du sol par les milliers de ruisselets qui proviennent de leur fusion, se détachent d’ordinaire pièce à pièce, à mesure que sont descendues celles qui les soutenaient. Mais si le sol est trop ras, trop dépourvu de saillies branchues ou rocheuses, les portions détachées à la fois peuvent être trop considérables pour la largeur du couloir, c’est alors que le trop-plein peut prendre sa course à travers champs, et causer de terribles ravages.

Les forêts des pentes montagneuses ont, sous ce rapport, une importance très-grande, et leur conservation importe au salut des habitations de la vallée. Aussi beaucoup de ces forêts, dans les Alpes suisses, sont- elles mises au ban, c’est-à-dire que des peines très-sévères, aujourd’hui inappliquées à cause de l’unanimité de l’opinion publique, frappaient celui qui eût osé y toucher un arbre. La croyance populaire, que Schiller met dans la bouche du jeune enfant de Guillaume Tell, était que ces arbres saignaient quand on leur faisait la moindre blessure.

Quand les forêts manquent, les montagnards savent « clouer l’avalanche » en enfonçant profondément en terre, de place en place, des pieux longs et solides. On peut encore entailler la pente en gradins, formant comme des marches d’un énorme escalier. Avec des gradins et des pieux en fer, on a pu supprimer récemment , à Barégesles-Bains, dans les Pyrénées, des avalanches qui, tous les printemps, emportaient la route, et forçaient de laisser le village coupé en deux parties.

Pour défendre les routes dans la traversée des couloirs d’avalanches , on prend souvent le parti d’entailler la paroi rocheuse, au flanc de laquelle est tracée la voie, si profondément que la neige et les cailloux passent par-dessus (fig. 151) ; mais le moyen le plus radical, employé sur toutes

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