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CHAPITRE XI

entière, qui, se comprimant sur elle -même, et roulant avec une vitesse croissante, donne le branle à toute la neige nouvelle de ia montagne, et finit par former une masse croulante d’un volume immense, enveloppée d’épais nuages, et se précipitant avec une violence inouïe vers la vallée.

L’effet sur la route parcourue est celui d’une trombe; l’accélération de la chute, empêchée par l’encombrement, a dû, en effet, se dépenser en tournoiements : les arbres, les rochers saillants, les chalets sont saisis, arrachés et emportés dans les tourbillons; un sourd grondement de tonnerre sort des flancs du terrible nuage ; lorsque enfin il s’abat dans la vallée, on entend une détonation sourde dominer le roulement des échos.

Mais fout n’est pas fini : la nuée rapide qui enveloppe l’avalanche dans sa chute s’allonge sur la pente opposée, qu’elle remonte avec une effrayante vitesse. La masse neigeuse est arrêtée ; mais l’air qu’elle a mis en mouvement continue sa route ; la trombe furieuse et ses remous latéraux, forts de toute la vitesse acquise, vont épuiser leur fureur sur le revers et les flancs de la vallée, déracinant les arbres, arrachant les toits et éparpillant les gerbes des granges, renversant les cheminées, emportant comme des plumes les animaux et les hommes.

Sous ces avalanches, qu’il est à peu près impossible de prévoir ou d’empêcher, se trouvent souvent engloutis des hameaux entiers, dont les habitants peuvent périr asphyxiés ou gelés si on ne leur porte de prompts secours (fig. 150). Il n’y a pas de vallée qui n’ait à conter, sous ce rapport, de lamentables histoires. On peut citer, parmi les plus terribles avalanches poudreuses, celle qui, en 1819, ensevelit le village de Randa, au pied du Weisshorn, dans la vallée de Zermatt.

Fig. 150. — Après l’avalanche.

LA DÉMOLITION DES MONTAGNES

Remarquons que celle neige poudreuse , suspendue en l’air, n’écrase pas les objets qu’elle frappe, mais les enveloppe en tournoyant. L’effet est tout à fait le même que celui des tourmentes de neige, dont nous parlions au chapitre précédent, p. 480.

Aussi cite-t-on, à côté des funèbres catastrophes, des exemples de déblaiement matinal de maisons englouties la nuit sans que les habitants s’en fussent aperçus ; d’enfants jetés sains et saufs sur la neige, tandis que le chalet qui les avait abrités volait en l’air comme un château de cartes, et cent autres merveilleuses délivrances.

Des avalanches moins redoutées, mais, au contraire, impatiemment attendues, ce sont les avalanches de printemps ou avalanches compactes, littéralement, avalanches de fond (Grundlaïuinen). Ce sont les glissements des vieilles neiges, ramollies, et à demi fondues par le soleil et par le vent tiède des beaux jours de printemps.

Les plus ordinaires se produisent régulièrement à des heures et en des points prévus par les montagnards expérimentés, suivant les expositions et les pentes. Elles débarrassent les pâturages, en faisant arriver, en peu de jours, des masses colossales de neiges et de glaces dans le fond de la vallée, dont la chaleur les fondra ou dont la rivière les emportera.

Toutefois, si l’entassement est trop haut ou trop compacte, et si la vallée est assez profonde pour qu’il reste à l’ombre, on pourra le retrouver encore en été sous la forme d’une grosse arche de pont, sous laquelle passe le torrent. C’est ce qui arrive presque toujours, par exemple, au fond du cirque de Gavarnie, dans les Pyrénées.

« Une avalanche compacte, dit Berlepsch, vue de près

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