CHAPITRE XI
la congélation de l’eau ou le durcissement de la neige au soleil, soit surtout les chutes de la partie inférieure des glaciers qui aboutissent à une paroi verticale.
Les chutes des corniches glacées du sommet des murailles verticales des vallées et des gorges sont un danger sérieux, quand des sentiers longent le pied de l’escarpement. Les fragments, en tombant de ces grandes hauteurs, prennent presque la force de projection des balles et des boulets.
Certains passages ont, sous ce rapport, une triste célébrité. Avant de s’y engager, on tire des coups de feu, on fait claquer les fouets ou on pousse des cris , pour que le mouvement de l’air provoque immédiatement les chutes imminentes; puis on passe vite et en silence. Au-dessus des routes plus fréquentées, on abat de temps en temps ces corniches à coups de carabine.
Restent les chutes des glaciers, sous lesquelles il serait assez difficile d’aller se mettre, mais que l’on voit de loin former leurs cascades d’argent, suivies d’un long bruit de tonnerre, quand on traverse, par une soirée chaude et humide, certains cols situés en face de montagnes neigeuses très-escarpées, comme la Scheideck de Rosenlauï, devant le Wellhorn et le Wetterhorn, comme la Wengernalp, devant le Mœnch et la Yungfrau. Ce sont ces chutes -là surtout qui méritent le nom d’avalanches iVété, donné aux avalanches de glace.
Elles peuvent devenir désastreuses quand elles se produisent par l’allongement exceptionnel d’un grand glacier, qui arrive jusqu’au bord de l’escarpement d’une vallée bordée de parois à pic. Le fait s’est produit plusieurs fois dans ces profondes vallées latérales qui forment la partie méridionale du canton du Valais.
Dans la vallée de Zermatt, le glacier de Bies, qui des-
LA DÉMOLITION DES MONTAGNES
cend du Weisshorn, a écrasé, en 1636, le village de Randa. Dans la vallée de Bagnes, qui aboutit à Martigny, le glacier de Getroz, en juin 1818, jeta en travers de la vallée une digue de blocs de glace éboulés, d’un kilomètre d’épaisseur sur 100 m de hauteur; la Dranse, arrêtée, forma derrière le barrage un lac qui, malgré d’intelligents et actifs travaux pour le faire écouler doucement, rompit un jour sa digue, et fit dans toute la vallée, jusqu’à Martigny, d’épouvantables ravages.
Puisque les avalanches nous ont amenés aux glaciers, nous allons à présent nous occuper de ces derniers. Nous terminerons ainsi ces éludes de physique terrestre par le plus curieux et le plus imposant des phénomènes naturels que l’on puisse rencontrer dans les hautes montagnes.