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LES GLACIERS

Entre la mer de glace et une rivière il y a une ressemblance si complète qu’il est impossible de trouver dans cette dernière un phénomène qui ne se rencontre pas aussi dans l’autre.

Mffr Rendu, Théorie des glaciers de la Savoie.

Les glaciers sont d’immenses masses de glace qui descendent des régions toujours neigeuses des hautes montagnes jusque dans les régions des pâturages et des forêts; ils remplissent des vallées ou des plis de terrains, dont la partie supérieure aboutit, dans la région des neiges persistantes , à de vastes cirques où les vents et les avalanches accumulent la neige poudreuse des hauteurs qui les entourent. Ces grands cirques neigeux s’appellent des névés.

Déjà l’action du soleil a lassé la neige pour la transformer en névé; mais la transformation devient plus radicale encore dans la vallée qui sert d’issue au cirque, et le névé se soudant peu à peu , et perdant ses bulles d’air, finit par devenir de la glace compacte. Toutefois cette glace contient en réalité d’innombrables et invisibles fissures remplies d’eau, de sorte que toute la masse est un peu spongieuse, et jouit d’une certaine plasticité.

C’est un fait aujourd'hui bien connu que cette masse, si immobile en apparence, possède en réalité un mouvement continu de progression tout à fait analogue à celui d’un cours d’eau, mais d’une lenteur extrême, puisque la glace avance tout au plus d’un à deux centimètres par

LA DÉMOLITION DES MONTAGNES

heure, là où un torrent parcourrait dans le même temps dix à vingt mille mètres.

Cette assimilation du glacier à un fleuve a été établie scientifiquement, pour la première fois, par un chanoine catholique, devenu plus tard évêque d’Annecy, et appartenant à une famille illustre par la science et la vertu, Msr Rendu.

Les expériences les plus précises, confirmant cette manière de voir, ont été faites successivement au glacier de l’Aar, par les naturalistes suisses Agassiz et Desor, et à la mer de glace de Chamounix, par les savants anglais Forbes et Tyndall.

Le glacier avance toujours plus au milieu qu’aux bords, plus à la surface qu’au fond, plus quand il est épais que lorsqu’il est mince; sa vitesse s’accroît proportionnellement à l’inclinaison du fond; il a ses vagues, ses crues, son chenal ou ligne de plus grande vitesse qui passe d’un côté à l’autre, quand la courbure change, enfin ses rapides et ses cascades.

La grande différence est dans sa vitesse, un million de fois moindre, et dans la variation de cette vitesse par l’humidité de la glace, le glacier avançant beaucoup plus vite pendant l'été que pendant l’hiver.

On a peine à comprendre comment une matière aussi dure que la glace peut présenter une pareille plasticité, et arriver à se mouler sur les rives de la vallée. Tyndall a donné récemment l’explication , et fait de nombreuses expériences à l’appui: deux morceaux de glace humide, appuyés fortement l’un contre l’autre, se soudent ensemble ; l’expérience réussit même quand les deux morceaux sont plongés dans l’eau chaude. Ce phénomène, découvert

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