CHAPITRE II
mines de Paris, quelques-uns des reliefs si fidèles de Bardin, dont il serait important de ne pas laisser disperser et perdre pour l’enseignement la belle collection.
De nombreuses villes, à la proximité des pays de montagnes, offrent à la curiosité des étrangers des plans-reliefs plus ou moins fidèlement exécutés, mais qui ont toujours un grand succès, parce que les voyageurs ont le plaisir de refaire en imagination leur voyage dans ces monts et ces vallées en miniature.
Le problème consiste à rendre l'effet de ces reliefs sur une surface plate, de manière à donner au spectateur le même plaisir, et à lui faire la même illusion. Quand on a un bon relief exécuté, un moyen simple consiste à le faire
Fig. 16. — Appareil Bardin.
photographier. Les bons reliefs sont si rares, que ce moyen est loin d’être pratique; mais une épreuve ainsi obtenue est un modèle très- utile pour montrer aux dessinateurs par quels jeux d’ombre et de lumière on peut donner aux montagnes l'effet de relief. C'est précisément la tâche à laquelle s’appliquent, quand les contours sont déterminés au trait, les artistes dessinateurs et graveurs des cartes topographiques.
Mais le dessin au trait, la minute, doit leur fournir les renseignements précis sur la forme de la surface dont ils doivent rendre le relief. On y parvient par la méthode des lignes cle niveau équidistantes.
Supposez qu’on entoure un bon plan-relief (fig. 16), comme le faisait Bardin, d’une bordure imperméable,
UNE SCIENCE MÉCONNUE
formant avec la surface du plan un vase étanché. La base du plan étant dressée bien horizontalement, versons de l’eau jusqu’à ce qu’il y en ait uniformément une certaine hauteur, marquée par un trait sur les quatre faces.
Nous déterminerons ainsi sur le relief, par cette sorte d’inondation, une ligne de rivage ; dessinons-la sur notre plan, puis versons une seconde couche d’eau de même épaisseur; dessinons le nouveau rivage, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le dernier sommet disparaisse sous l’eau, nous aurons les lignes de niveau équidistantes. Elles seront d’autant plus rapprochées que la pente sera plus forte, et dessineront fidèlement toutes les inflexions de la surface dont l’importance atteindra la distance des couches.
Ce sont ces lignes de rivage, intersections du terrain par des plans horizontaux équidistants, que l’on détermine par les instruments de nivellement, et que l’on dessine sur les minutes (fig. 17) ; les cartes sur lesquelles sont tracées ces lignes ou courbes de niveau donnent une idée bien plus précise que toutes les autres de la forme du sol. Notre carte des Vosges, p. 8, et celle du mont Dore, au cliap. îx, réduite des minutes de l’état-major, montrent ce que devront devenir toutes les cartes des pays de montagnes, lorsque la géographie physique sera plus appréciée et devenue populaire, ce qui arrivera peut-être prochainement, si nous nous mettons sérieusement à la besogne.
Quand on a l’habitude de ces cartes, on lit très-clairement la forme du terrain , même sans ombres : l’erreur possible consiste à confondre les bosses avec les creux. C’est pour empêcher cette erreur que, dans la carte d’état-major, on exécute le travail artistique des hachures, qui ajoute l’illusion du relief (fig. 18).
L’inconvénient de ces hachures, c’est de faire dispapaître le tracé primitif des lignes de niveau , d’autant plus