CHAPITRE II
La France n’est pas la seule nation qui ait ainsi exécuté à grands fiais des cartes détaillées de son territoire. Presque toutes les nations européennes ont imité son exemple, et toutes, excepté la Russie, mettent libéralement ces précieux documents à la disposition du public. Toutefois les cartes ne sont pas de la même valeur, et diffèrent beaucoup entre elles, soit par leur échelle, soit par leur mérite.
Les plus luxueuses et les plus chères sont celles de l’Angleterre, construites par YOrdnance Survey office: elles sont polychromes, et les échelles sont beaucoup plus grandes qu’en France.
Les plus admirées, au point de vue de l’art et de l’exactitude, sont celles de l’Autriche, construites par l’Institut militaire géographique de Vienne. On peut dire qu’en général les nombreuses cartes topographiques construites dans les divers États allemands se distinguent par l’exactitude, celles des gouvernements comme celles des particuliers; l’Allemagne a pris, sous ce rapport, le premier rang, qu’occupait la France au siècle dernier.
Ce premier rang peut toutefois lui être disputé par la Suisse , qui, faisant de son sol un des côtés de son patriotisme, se montre, pour la topographie comme pour bien d’autres choses, digne d’ètre proposée pour modèle à toutes les grandes nations qui l’environnent.
Nous devons un éloge tout spécial à sa belle carte dite fédérale, dressée par les ingénieurs et officiers de la Confédération suisse, sous la direction du général Dufour, de 1833 à 1863. Elle est à l’échelle de 1 100,000e, et forme 25 feuilles, bien connues et fort appréciées des voyageurs. Il vient d’en paraître une réduction en 4 feuilles, à l’échelle de 1/250, 000e, qui sera un vrai trésor pour les amis des Alpes. Notre carte des Alpes suisses est construite, d’après
UNE SCIENCE MECONNUE
une autre réduction, à plus petite échelle, (pie l’on trouve, en Suisse, jusque dans les écoles primaires.
Nous ne pouvons pas malheureusement faire l’éloge des cartes piémontaises, qui sont restées au-dessous des autres sous tous rapports. Mais les bonnes cartes des Alpes italiennes, comme de tout autre pays de montagnes, sont nombreuses en Allemagne. Ce ne sont pas seulement les institutions officielles des Etats autrichiens, prussiens ou autres, qui accomplissent ces grands travaux, mais aussi des institutions privées, comme, par exemple, l'illustre établissement que dirige à Gotha le docteur Petermann, avec la collaboration de géographes tels que Iierghauss, Sydoni, Stieler, etc. , et qui a pour organe la célèbre Revue les Mittheilungen. D’autres œuvres privées, comme celles de Kiepert à Berlin, et cent autres éminents géographes, Scheda etSteinhauser en Autriche, Ziegler en Suisse, etc., sont de véritables modèles, et proclament bien haut la prééminence de la science allemande.
La France doit-elle en prendre son parti, et rester dans l’ornière actuelle? Non, certes,; que seulement la réforme imminente de notre enseignement s’opère, et la génération qui s’élève montrera que la fougue française sait tout rattraper, même un retard d’un demi-siècle.
Un mot, avant de terminer ce chapitre, sur les moyens employés dans les bonnes cartes pour représenter la forme des montagnes.
Le meilleur système, s’il pouvait être transportable, serait évidemment de figurer le relief du sol, en sculptant un relief semblable. Quelques chefs-d’œuvre de ce genre de sculpture ont une notoriété méritée. Le musée des Invalides est célèbre dans toute l’Europe. On peut voir, à l’École des