CHAPITRE III
abruptes vallées. C’est son prolongement vers l'ouest, en Allemagne, qui porte les volcans de l’Eifel et du Siebengebirge, les petites chaînes du Hundsrück et du Taunus. Le Rhin là-bas, et chez nous la Meuse, le traversent de part en part. Nous n’avons sur le territoire français que sa pointe occidentale, qui s’élève au-dessus des plaines qui l’entourent de tous côtés par des talus escarpés d’une hauteur uniforme. Ses vallées le découpent en plateaux partiels, absolument plats, sur lesquels les eaux privées d’écoulement forment souvent des marécages tourbeux appelés feignes. Leur altitude, de 400 à 500 m dans la partie française, s’élève à près de 700 m dans la partie belge. La tranchée qu’y a faite la Meuse de Charleville à Civet, profonde de plus de^00m, est très-pittoresque, et digne de servir d’excursion d'essai avant une course de montagnes. A peine connues des touristes il y a quinze ans, les Ardennes sont aujourd’hui parcourues par un chemin de fer, et l’été y amène de nombreux promeneurs.
« Cette vallée profonde, dit Joanne, admirablement accidentée, est couverte de forêts, coupée de gorges agrestes, pleines de verdure, qui descendent jusqu’aux bords de la rivière. Des masses de magnifiques roches ardoisières, tantôt s’élèvent, du milieu des arbres, sur le flanc de vallons latéraux, tantôt viennent, en certains endroits, serrer le fleuve de si près que c’est à peine si la voie ferrée a pu s’y ouvrir un étroit passage; par moments, elle domine le fleuve comme une galerie. Sauf la différence des altitudes, et l’absence de ces vieilles ruines qui donnent un caractère si intéressant aux montagnes de l’Alsace, cette partie de la vallée de la Meuse peut se comparer aux beaux sites des Vosges. Comme eux, elle est animée, sur tout le parcours du chemin de fer, par de nombreuses usines et par des villages industrieux. »
On pourrait la comparer, à plus juste titre, au célèbre défilé qui s’ouvre, dans le même terrain, de Bingen à Coblentz, et dont les sites pittoresques ont rendu les bords du Rhin si célèbres ; le défilé de la Meuse ne le cède pas à celui du Rhin, sous bien des rapports, et les Dames de Meuse, les rochers de Laifour, les paysages de Revin, valent bien l’escarpement de Lurlée, les rochers de Caub (fig. 22) et les paysages de Saint -Goar.
Fig. 22. — Rochers de Caub, sur les bords du Rhin.