CHAPITRE IV
l’espace blanc laissé entre l’arc correspondant au niveau des mers, et la corde, ligne droite qui en joint les extrémités.
Si la hauteur des chaînes y est bien à l’échelle de la courbure, leur largeur y est fort diminuée. Les Alpes seules occuperaient plus de la moitié de l’étendue de la figure, et les Pyrénées le tiers.
11 ne faut pas s’exagérer la pente générale des chaînes de montagnes. De Genève au sommet du mont Blanc, ou de Lourdes au sommet du mont Perdu, si on pouvait faire une voie en ligne droite, franchissant les vallées sur de gigantesques viaducs, cette voie aurait une pente de G centimètres pour mètre au plus, c’est-à-dire moins forte que celle de beaucoup de rues où les voilures montent au trot, à peine plus inclinée que la rampe du chemin de fer de Saint-Germain , que remontent des locomotives ordinaires.
Ce sont les brisures et les ravinements, produisant des inégalités inverses et successives, qui causent ces fortes [lentes montagneuses si difficilement praticables au pied de l’homme. Mais on s'exagère souvent ces pentes ellesmêmes : il est remarquable que les paysagistes, quand ils croient avoir représenté exactement la saillie d’une montagne, se trouvent, si on vient à vérifier par un moyen géométrique les dimensions horizontales et verticales , avoir exagéré la hauteur de plus d’un tiers. Quelquesunes de nos figures, comme le puy de Sancy, au chap. ix, et le mont Blanc, au chap. xi, présentent ce défaut, que l’usage habituel des photographies fera peu à peu disparaître. Les talus d’éboulement, qui forment la plupart des fortes pentes montagneuses et les cônes volcaniques, ne dépassent pas 30 à 35 degrés, c’est-à-dire 50 à 60 centimètres pour mètre. Ce sont les brusques escarpements qui viennent augmenter çà et là cette moyenne générale;
LES FORMES DES MONTAGNES
mais les pentes rocheuses abruptes, dépassant d’une seule chute deux ou trois centaines de mètres, sont très-rares, et cette rareté explique l’écrasante impression que produisent certaines masses gigantesques dressées de plusieurs milliers de mètres sous un angle de plus de 45 degrés, comme le mont Cervin sur Zermatt, le mont Rose sur Macugnaga, et le mont Blanc sur l’allée Blanche.
Dans les représentations d’une pente par la projection verticale appelée profil, on prend ordinairement une échelle des hauteurs, multiple exact de celle des longueurs. La différence du niveau s’accuse plus nettement, mais l’œil y perd la vraie notion des inclinaisons, et c’est peut-être là une des causes du préjugé que nous indiquions tout à l’heure.
Soit, dans la figure 58, le profil (}), à échelles égales, d’une île assez accidentée. Doublons, quintuplons, décuplons les hauteurs, sans changer l’échelle des longueurs,