‹ Les monuments antiques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 2 sur 264 · ROUTES · texte numérisé non relu

ROUTES

Il n'entre pas dans le plan de ce livre d étudier le réseau routier dont les Romains couvrirent l'Algérie ' : œuvre admirable à laquelle prirent part le gouvernement impérial (qui y employa ses soldats), les communes et les propriétaires. Nous nous bornerons ici à quelques indications sur la structure des voies.

Elles ne sont dallées qu'il Tintérieur ou dans le voisinage immédiat des villes -. Aiusi, la grande route qui longe la lisière septentrionale de l'Aurès est couverte d'un beau dallage à travers Thanuigadi, où elle se confond avec le decuma- /lus maxinufs^. Ailleurs, le revêtement ne consiste qu'en

1. Ea attendant des travaux plus complets, voir Cirpus, VIII, p. Soi) seq. ; Tissot, Géographie de la province romaine d'Afrique, H, passim; Gat, Essai sur la province romaine de Maurétanie Césarienne, passim et surtout p. 261- 270; Gagnât, l'Armée romaine d'Afrique, ç. 6S4-700.

2. M. Garton a fait la .même remarque pour les voies antiques de la Tunisie {Mémoire sur les caractères de l'architecture de l'Afrique romaine, p. 11).

3. On peut citer aussi des chaussées dallées à Alger (Berbrugger, Revue africaine, III, iS-oS-O. p. 68-70), à Girta (Ravoisié, Exploration, I, p. 7; Temple et Falbe, llelafion d'une excursion à Constantine,p. 85), etc. Conf. une inscription de Gherchel {Corpus, VIII, 10979) : « ... [viam] lapide slratam [di]Qnam congruenfemque [s]plendori palriae suae reddiderunt. »

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2 LES MONL.MENTS ANTIQUES UE L ALGÉItlE

caillasse. A^oici, par oxeinple, quoi est, d'après Ravoisié ', la strucliire de la route de Cirta à Rusicado, qui existait dès le r'' siècle de uotre ère, mais (pii fui refaite sous Hadrien^ et souvent réparée depuis ^ : « La voie est construite aui n moyen do deux ))()rdures en fortes pierres, reliées, à dos ,- « intervalles de 8 ;i 10 mètres, par des cliainos ou traverses, « également en pierres de fortes dimensions, et dont (diaque « espace est soigneusement rempli })ar un blocage de petites « pierres''. Cette chaussée a une largeur de 7'",2<>. »

La route de Calania à Hippo Regius, dont plusieurs tronçous sont encore Inen conservés, est établie de la mémo manière. Kllc ne mesure que G™, 75 de large ''.

Payen a étudié iiiinutieusement la structure do la voie qui passait au nord do TAurès et do celle ipii traversait la partie sopteiilrionalo du Hodna. Nous iio ])ouvons uiieux faire que tle reproduire sa descriplion ' : " La chaussée, généralement « large de 5"°, 50 à G mèlres, est parfaitement encadrée ou « iiiio'.ix oiuboitée outre deux b:>r(lm'<'s parallèles de gros cail- '< loux, maçonnés sur uu seul i-aug et aligués au cordeau. Cette " chaussée est exactomonl pai-tagéo, selon sou axe, au mov'en « d'une troisième I)au(lo de m;)olloiis rectangulaires ou de « galets très ovales, figurant une aréle enchâssée au sommet

1. E.ijilor., I. p. 7. doiil'. l'oariiel, lliche-^sp mi/iérale de l'Ah/rrie, I, p. 141, l'>>: De Marcilly. Annuaire de Conslnnline. I8"j:i. p. ;]G ; Mercier, Bull. Comilé, I.S80. p. 534.

2. \oiT Coipiii.-. \lll. p. .S!tl-4 : E])hp//teris ejtifp-npliicu. V. p. 506-8: Gsell et licrlrand, Mnsc'e de l'hillppeville, p. 20-27.

3. Ce qui faisait dire à Léon lArricaiii. au xvi' siècle (tradiicUon française , réimprimée en 18!)8, III. p. .i.i) : «Depuis [Sucaïcada, c'est-à-dire Rusicadc] , « jiisiiiies à Conslantiiie, se void un cluMnin pavé ilc pierre noire, comme on

« en void aucuns en Italie fjui sont apjjclés chemins de Jlonie. »

i. lierbrugger, Ah/érie liislofique. pifloresque et momanen/ule, Province de

Conshinline. p. ."i. Kevue africaine, XIV. 1870, p. 277. 5. P.ec. de Cons/.. XXVlIi. IS0:3. p. l.-i:i-i:;.s.

« (lu bomboniont que présente la croûte supérieure de la sur- « face de roulement, qui, ainsi divisée en deux voies, implique « deux conrants distincts de circulation... Une aussi ingé- « nieuse disposition de la chaussée... facilitait l'écoulement « des eaux pluviales...

« Pour la construction, on a creusé une trancliée longitudi- « nale, de la largeur de la chaussée, et profonde de 0™,75 à « 0",80... Au fond de l'encaissement, en apparence bien « nivelé, il a été étendu un lit de menu gravier, de 0'",08 à « 0'",1(J d'épaisseur, et, sur ce sable rugueux, on a bâti, sur « près de O"",?!') de hauteur et selon les ressources locales, une « assise de dalles, ou de pierres dures, ou de galets liés par une « coulée de mortier déciment de tuileauxoude terre siliceuse.

« Par-dessus cette fondation, déjà très solide, on a succes- « sivement superposé :

« 1" Une couche d'environ o™,!.") de béton de pierres cas- « sées ou de galets brisés ;

« 2" Une couche de même épaisseur, constituant le noyau « de la chaussée et composée d'excellent ciment, mélangé « avec du gros sal)le ou du petit gravier;

« 3" Enfin, une couche dernière de ciment rustique couvre " (lu mieux couronne l'œuvre éternelle, et c'est dans ce revô- « tement extérieur très convexe que les trois bordures ont été « implantées, et aussi, çà et là, des cailloux Itruts, destinés à « ajouter de la force do résistance aux surfaces de roulement. »

La grande route de Carthage ;i Theveste, dont les derniers milles se trouvent sur le territoire algérien, fut faite ou plutôt refaite au temps d'Hadrien. Elle comporte quatre couches superposées, dont l'épaisseur totale est de rr,67 en moyenne : 1" en bas, de grosses pierres brutes; 2" un lit dt' mortier dont

une paflio s'est infiltrée entre les pierres do la première couche ; 3" une couche de cailloux; 4° des pierres très irrégulières fornianf la surface delà voie, surface bombée au centre. De chaque côté, des pierres assez grosses, à peine équarries, font saillie et constituent la l)ordui-e. La largeur totale est de 0'",75'.

Les voies de second ordre sont naturellemeni moins larges — elles mesurent de 3 h 4 mètres — et d'une structure plus simple, consistant en une couche d'éclats de pierres ou de galets, noyés dans du mortier et btjrdés par deux rangées de petits blues '-.

Enfin, Ifien des routes, même parmi celles qui figurent sur dos docunienls d'origine officielle, comme VJ/inrr/iirr (rAnlon'in cl la Taltle de Peuthuier, ou que des bornes milliaires jalonnaient, étaient de simples pistes, surtout en pays de montagnes : on se contentait d'oncaillasser les i)ar(ies les plus exposées aux dégradations et de jeter des ponceaux sur les oueds •'.

Le Iniig do ces voies devaient être établis ça et là des réservoirs ]ilns ou moins vastes, fournissant l'eau nécessaire aux voyageurs et ;i leurs bêtes. Il semble bien (pie certains d'entre eux aient por((' le nom de conlonanum ''.

1. D'après les observations de W. Carton [Drcouverlefi failcs en Tunisie, p. 35-6, fifr. 11). qui complètent celles que M. De Bosredon a faites près de Tébessa {Rec. de Cunsl., XVIll. 187G-7, p. '.23).

2. Voir par exemple De Bosredon, fiec. de Con.tt., XiX, 1878, p. 3.

3. Conf. Vigneral, liiiijie.s )vinuities de la Kabi/lie du DJurdjtira, p. loG-7; Cat, Essai sur lu pruvince de Maiivétanie, p. 263-4; Gagnât. l'Année romaine, p. 689.

i. Cenlenarium aqua frigida, sur une route allant de Bougie à Sétif Œphemeris epi;/rapliica. V, 932); cenlenarium Salis, au sud de Sétif (Cor/îîfs, \'I1!, 8712); cenlenarium, en Kabyiie [ihid., 9(U0) ; Ad cenlenarium. nom de deux stations situées en Xumidie, Tune entre (Jadiaufala et Tigisis, l'autre entre Lamasba cl Zarai {Table de Peulinr/er]. — Pour la signification de ce mot, voir Diichcsnc. Bull, des antiquaires de France, 1886, p. 87.

ROUTES. POMS. TORTS

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