PONTS
On ne tronve plus en Algérie qu'un petit nombre de ponts romains.
Le célèbre pont de Constantine i, réparé en 17'.)2 par les soins de Salah Bey, s'est écroulé en 1857 et a été remplacé par un pont de fer. Actuellement, il ne reste de la construction antique que les piles et deux arcades à l'étage inférieur et des amorces aux extrémités de l'étage supérieur. Jeté en travers d'un ravin profond, sur une des voûtes naturelles qui recouvrent l'oued Rummel, ce pont était bâti en belles pierres de taille. Il mesurait 65 mètres de bauteur; le tablier était long de 00 mètres et large de 7"", 50. En bas, trois piles portaient deux grandes arclies médianes et deux autres, plus étroites, aux extrémités. Au-dessus, il y avait, selon la restitution de Ravoisié-, une arclie centrale, très large, correspondant aux deux baies du milieu de la partie inférieure, et trois
1. El Békri, Description de l'Afrique scplenlrionale, traduction De Slane, p. l.jl. Edrisi, Géographie, traduction Jaubert, 1, p. 243. Peyssonnel, Voijarje, p. 302. Sliaw. V<>ij(i!/e.s, éd. franc, de 1743. 1, p. l.'iS-'J. Playfair, Travels in Ihe footsleps of Bruce, p. 48-1», pi. IV (dessin de Bruce, anlérienr à la restauration de Salah Bey). Desfontaines, Vo;/a(je, p. 216. Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Conslantine, p. "ïë. Ravoisié, Explorai ion, I, p. 9-10, 27-9; pi. -i et .j. Delamare, Exploration, pi. 114, ll.'i. 117, 118, 123. Texier. Revue archéologique, III, 184G-7, p. 734. Guyon, Voyage d'Ah/eraux Ziban, p. 07-8. Fournel, Richesse minérale 'de r Algérie, atlas, pi. XI, fig. 9 et 10. Cherbonneau, Annuaire de Constunline, 1853, p. HO-2. Reoue africaine, I. t8uG-7, p. 316-8. Reoue archéologique, XIV, 18o7-8, p. 47. Vayssettes, Rec. de Constant ine, XII. 1868, p. 363-8. Vars, ibid., XXVIII, 1893, p. 311-3. Normand, l'Ami des monuments, XII, 1898, p. 27-30 (d'après Ravoisié).
2. Qui n'est cependant pas certaine. Peut-être y avait-il cinq arches en haut.
6 LES MONLME.NTS ANTIQLKS DE L ALdEUlE
autres arclies })liis petites, deux du côté de la rive droite', une du eùté opposé. Sur deux des piles du bas, eu aval, Tua des augles de Timposte offre encore une sculiitnre mutilée : une téta de taureau, dont le cou seudile être entouré d'une guirlande, à la pile la plus éloignée de la ville; un poisson, accompagné d'un IVagmeut d'inscription (...YILI PATR...)-, à la pile la plus rapi)rocliée de Conslanline.
Nous ignoi'dns quand fut construit ce pont gigantesque^. Quek[ues indices permettent de croire (pTon le restaura dès l'antiquité '. Au \if siècle, il était encore debout : le géographe Edrisi, (pli le vit à cette époque, nous en a laissé une descrii)ti(»n. malheureusement peu claire. Peut-être fut-il coupé deux siècles plus tard"'. L'architecte mahonnais Don Bartolomeo, qui dirigea les travaux de réfection sous Salah Bey, se servit de matériaux pris à des ruines voisines, en particuliiuil l'arc de lri()nq)he a])pelé Ksar el Ghoula".
1. La jiile placée entre ces deux arches reposnit sur une saillie du rocher. Elle se voit très nettement sur le dessin de Bruce. D'ailleurs, il en reste encore aujourd'hui quelques vesliges.
2. Co7-pus, VIII, 7921. Les deux premières lettres manquent aujourd'hui.
:j. Un doiument arabe, publié par Féraud {Revue africaine, \l\, 18GS, p. 1.31-2), donne à cet égard une indication qui ne mérite qu'une confiance des plus limitées : <i Le chrétien venu à Constanline avec des ouvriers de sa nation « pour reconstruire le pont... a dit à Sa Seigneurie Salah Bey, qui nous l'a <i répété, que la date de la construction de l'ancien pont, gravée sur la pierre « en caractères antiques, remnniait à l'an 33:j de l'ère de Jésus-Christ. »
't. Trois pierres, encastrées dans le pont (côté aval), au-dessus d'une des plies inférieures, sont décorées de sculptures, représentant une fenuue aux vêtements tlottants et deux éléphants. Il est probable que ces trois pierres n'appartiennent i>as à la conslrudion primitive, car la disposition des blocs qui les entourent otîre des indices de remaniement. Mais, d'autre part, elles n'ont pas été placées là par les maçons de Salah Bey, car, un demi-siècle plus tôt, Shavv les signale déjà comme se trouvant « entre les deux principales « arches». Conf. Desfonlaines, qui visita Constanline en 1785.
ij. Voir Cherbonneau, Ann. de Const., 18.j3, p. 113.
G. liée de Consf., XII. p. 367 (conf. ici même, t. I. p. 179). C'était peut-être dans une de ces ruines que se trouvaient primitivement des fragments d'une
II y avait k Constaiitino un autre pont sur le ravin du Hunimcl, en amont de celui que nous venons de décrire'. Il n'en subsiste que deux culées, en pierres de taille à bossage, de 10 mètres de largeur. Ce pont avait sans doute trois étages, comportant eu bas une arche unique, dont l'ouverture devait être d'une vingtaine de mètres, et, au-dessus, deux rangées d'arcades '.
L'oasis d'El Kantara (entre iJatua et Biskra) a pris son nom '^ d'un pont romain'' (planche LXXIII), qui s'est conservé à peu près intact jusqu'à nos jours, mais que le génie militaire a restauré d'une manière maladroite en 1802 : un certain nombre de pierres ont été remplacées par des blocs neufs; on a raclé soigneusement les auti-es et refait tous les joints, si bien que le monument a perdu son aspect antique.
Il se trouve en amont de l'oasis, à l'entrée d'une gorge étroite, qui sépare deux régions nettement distinctes et (pii, selon la légende antique, avait été ouverte par le talon d'Hercule [Cakeus Hr/ca/is . La route de Lambèse au désert pasgrande dédicace à Antonin le Pieux, employés par les restauraleins du xviir siècle, on par d'antres, plus anciens [Corpus. VUI. 6'.t;)l) lîien ne prouve <iue cette inscription ait appartenu dès l'origine au pont romain : on ne peut donc pas l'invoquer pour li.xer la date du monument. — Des pierres lunnilaires furent aussi employées dans la restauration {Corpus, VIII. 1400, 7585, 7588).
1. A nii-distance à peu près entre ce pont et la pointe de Sidi Rached. — Peut-être cette pointe était-elle reliée à l'autre rive par un troisième poni, auquel se rapporteraient des vestiges d'une culée en b^oca^e, sur la rive droite du Rummel.
2. Ravoisié. I, p. 13-1 i; pi 2. lettre K du plan et vue d'une des culées, à droite. Cherbonneau. Aiin. de Const.. 18."i3, p. 110. Vars. Hec. de Coiisf.. XXVIII, 181)3, p. 316-7.