ÉDIFICES A PLUSIEURS NEFS
Leur forme est celle d'un rectangle, précédé très souvent dlin portique ou d'un vestibule, quelquefois d'une cour, et terminé par une ou plusieurs salles, réservées au clergé.
Dans la partie rectangulaire {quadratum populi), plusieurs vaisseaux se développent parallèlement aux côtés longs-, La basilique d'Orléansville in° 95) en comptait cinq, l'église principale de Tipasain" 157), sept; plus tard la nef centrale de cet édifice fut jugée trop large et divisée en trois vaisseaux par deux colonnades : ce qui fit un total de neuf nefs. Dans la basilique de Sainte-Salsa, au même lieu (n° 159), et à Tigzirt (n° 146), on constate l'existence de cinq vaisseaux, mais deux d'entre eux datent d'une basse époque et ont été installés dans la nef centrale de la même manière qu'à la grande église de Tipasa. La division en cinq nefs de l'église de Matifou (n° 79) est aussi de date relativement récente. En général, il n'y a C|ue trois vaisseaux^. Celui du milieu est plus large que les deux autres, d'un tiers environ ou même du double'*; quant aux
l. On peut, si l'on veut, les appeler hasiVqties, mot qui. jusqu'au v° siècle, désigna de grandes salles, quelle que fût d'ailleurs leur destinalion et leur forme. Mais il ne faut pas oublier que les basiliques n'étaient pas nécessairement des salles à plusieurs vaisseaux : ainsi, la basilique judiciaire de Timgad, étudiée plus haut (tome I, p. 124) n'avait qu'une seule nef.
2 II n'y a jamais de vaisseau transversal en arrière du mur de façade, sauf à Tigzirt (n° li6), où on a relié ainsi les deux tribunes latérales.
3. Une chapelle de Gherchel (n" 42) avait deux nefs, sans doute par suite d'une réparation hâtive et barbare.
4, Parfois mènje plus, mais le cas est rare : Ilenchir el Atecli, n" 15 (6'", 90 X 2"'. 80 X 2™, 80;; Biar el Kherba, n" 24 (G"',90 j<3'",-20 x3"\20) ; Ilenchir Bou Takreniatène, n» 37 (6™,80 x 3"', 15 X 3'", 15) ; Kherbet Ouled Arif, a» 98 (10 mètres x 3"" 60 x 3'",60) ; Kherbet Tamarit, n" 135 i7 x 3x3 mètres); Timgad, n" 132 (7"", 50 x 3"',40 x 3'",40); Tipasa, Sainte-Salsa, n" 139{7"',58 X 2", 86 X 2'°,60). — A Ksar Sbéhi (n" 71), la nef a S-'.gO de large, les bas côtés, 3 mètres.
Collatéraux, ils sont presque partout égaux en largeur'.
Ces vaisseaux étaient séparés soit par des colonnes, soit par <les piliers.
DansTouestdolaNumidieet dans la Alaurétanie Sitifienue, les colonnades se terminaient (riia1»itude. contre le mur de façade et contre le mur de tond, par des donii-colonnes'^', formant des éperons qui recevaient la retombée des arcades extrêmes. En quelques lieux, des pilastres remplissaient le niènie office-'. Ailleurs, ces arcades venaient simplement s'engager dans les <leux murs. A Castiglione ( n° 3{)i et à Constantine l'n" 4i-j, elles reposaient sur des consoles.
Les colonnes (fûts, chapiteaux et bases) ont été fréquemment prises dans des édifices plus anciens''. On ne se souciait jias d'une trop grande symétrie, et les éléments qui composent les colonnades de certaines églises sont assez disparates"'. Il ari-ive même que des cliapiteaux servent de bases". Parfois, comme les fûts dont on disposait étaient de hauteurs diverses, on rachetait les différences soit en les coupant, soit en les juchant sur des bases plus ou moins ('levées. Fort souvent,
1. Il y a quelques exceptions: à Rherbet Hou Addoufen, n" M (4"\!t0 ;ï
<lroite, i"',;jû à gauche); à llenchir el Il.ti .mi. n" ()-2 (3"'. 30 à j^^auche, 2'", 90
à droite); à Mdaourouch, n° 80 (3", 10 à droite, 2"',S.j à gauche); à llenchir Ouazen, n" !J0 (3"'.l.-) à gauche, 3"',20 à droite); à Taoura, n» 137 (2'".8r; à gauche, 2'",6o à droite) ; à Tigzirt, n° li'i (3 mètres à droite, 2'",;;0 à gauche); à Tipasa, Sainte-Salsa, n" I.jO (2'", 86 à gauche, 2"'. 60 à droite).
2. Nous disons à dessein demi-colonnes et non colonnes engayées. car les fûts ont été simplement appliqués contre la mur.iille ; ils no font pas corps avec elle.
3. A Announa (n- M); ;i Kherliet cl Ousfane (n" 104); d^ins un oratoire voisin de la basilique de Tébessa (n" 138 et fig. 130); peut-être aussi à Mrakhib Thala (nTli).
4. Même dans les églises d'une bonne ronslruction, comme àïubcssa (n°i38) et à Tigzirt (n» 146).
."i. Voir, par exemple, à Tébessa (n" 138). ti. A Giielma (n° o.'J).
ÉDIFICES Dr CULTE CHRÉTIEN 127
cependant, surtout dans le pays de Sétif et dans la Numidio occidentale, les colonnes ont été faites exprès pour les sanctuaires dans les ruines desquelles elles gisent aujourd'lmi '. Les bases* sont d'ordre attique, plus rarement d'ordre corinthien ; quelquefois elles n'offrent que des moulures très rudimentaires, ou même mi simple talus. Dans l'ouest et le centre de la province de Constantine, elles sont généralement pourvues d'un socle assez élevé. Les fûts, toujours monolithes, mesurent 2 mètres-2'",75 dans les églises ordinaires. Les chapiteaux appartiennent aux trois ordres classiques, bien dégénérés, il est vrai. Les formes sont lourdes, massives : ce qui s'explique par la nécessité de donner des supports solides aux sommiers des arcades jetées sur les colonnes. Dans les régions dont nous venons de parler, on a eu une prédilection marquée pour l'ordre dorique romain, ou pour une forme plus simple, qui en est dérivée et qui consiste en des séries de bandes s'étageant sous le tailloir. Dans la Maurétanie Césarienne, l'ordre ionique est en faveur; il présente en général de grosses volutes, qui ressemblent à des bourrelets, gonflés dans leur partie centrale. L'ordre corinthien a été moins employé par les chrétiens de Numidie et de ^laurétanie ; d'ordinaire, les fouilles, étroitement collées à la corbeille, ne s y découpent i)lus en fines dentelures ; l'extrémité seule est recourbée comme un croc; les volutes sont fréquemment supprimées; sous le tailloir, au milieu de chaque face, on a parfois sculpté un signitm Christi^ un calice, une grappe de raisin ou
1. Voir au n" 166 fllenchir Zerdan) une inscription où 11 est question de colonnes olferles à une église par des gens de deux villages dillVrents.
2. Ces bases reposent parfois sur des dés (à Périgotville, n" lO.'i ; à Timgad, n° 132 ; etc.), ou sur des plates-bandes (à Tébessa, n" 138). A Tigzirt n° li6), il n'y a pas de bases : de simples dés portent les fais.
(luel(|Uo autre image. Je ne connais en Algérie (^u'un petit iiom))re de cliaj)iteaux coniposites chrétiens, et je n'ai vu qu'à Tébessa des cliajiiteaux i)roprement b3zantins (n° 139), de forme cubique, à pans coupés.
Les églises à piliers quadrangulaires ne sont pas rares dans l'Afrique du Nord', à diverses époques: par exemple, au commencement du iv" siècle (Orléansville), au milieu du v' (^Bénian), sous la dominatii»n byzantine (Khamissa). On ne pouvait })as partout emprunter des colonnes à des édifices païens et, souvent, on ne voulait pas se donner la peine d'en faire de neuves : des piliers étaient plus faciles à tailler. Do plus, ils offraient aux arcades des points d'appui plus solides. Us sont presque toujours formés de plusieurs pierres de taille superposées, dépourvues d'ornementation. Cependant, à Biar el Klierba (n" 2i-), à Henchir Gourai (n" 53) et à TOued R'zel (n" 97), nous trouvons des piliers nionolillies, j)lacés sur des bases à socle élevé et à moulures.
Aux Hassnaoua (n" 6.")), des piliers octogonaux se dressent aux extrémités des deux colonnades. A Ksar Tala (n"71 A/.y), de simples colonnes pai'aissent avoir alterné avec des piliers cantonnés de deux colonnes engagées : ce genre de support en foi'nie de rectangle an^ondi constituait une assiette plus large au sommier commun de deux arcades consécutives. Dans une église de Tigzirt (n" li-8), des demi-colonnes terminent deux rangées de piliers. Dans la grande basilique du même
1. Ilenchir el Azrcg (n" 18): lîi-nian (n" 22) : Biar cl Klierba (n° 2i); Klicrbet Hou Addoufen (n" 33) ; Henchir Djardia (n" 47); Henchir Gourai (n° 53); Henchir Guessès (n" Pj9) ; Henchir el Hammam (n" 62 et 63) ; Khamissa (n" 68) ; Ksar Sbéhi (n" ~1); Matifou (n" 79); Orléansville (n- 95) ; Oued R'zel (n" 97) ; Takscbt (n° 133) ; Tin/.irt (n" 119); Timcdout (nM51); Tipasa (n»^ i;;7, i;i9, 160) ; Et Toual (n- 11.:!).
lieu (n" 146), on voit, vers le milieu de chaque colonnade, un gros pilier d'un mètre de côté, renforçant l'ossature de l'édifice.
Colonnes ou piliers portent des arcades, cintrées en demicercle' et faites de voussoirs on pierres de taille'^. Quand le support est un pilier, le sonnnier des deux arcs qui partent de ce point repose soit directement sur ce pilier'', soit sur une pierre, carrée à sa face inférieure, rectangulaire à la face opposée et offrant l'aspect d'un tronc de pyramide renversé : c'est là une simplification de l'imposte classique, que Ton constate également en Syrie'. Quand le support est une colonne, le sommier coiffe presque toujours le chapiteau ; on trouve cependant quelques exemples de coussinets interposés entre ces deux membres d'architecture •' : ils ressemblent aux impostes rudinientaires dont nous venons de parler^'.
Nulle part, nous n'avons rencontré d'entablements rectilignes jetés sur des piliers ou sur des colonnes : tout au jibis pourrait-on admettre que, dans des sanctuaires très pauvres, les supports étaient reliés par de grosses poutres, surmontées de parois en charpente ou en légers moellons. On n'a, du reste,
1. Dans certains lieux, où les intervaUes entre les supports étaient inégaux (p. 6. d Ilenchir el Hamman, n" 62, et à Tig/irt, n° 148), les cintres des arcades ne pouvaient pas être partout bien réguliers.
2. A Tébessa, les arcades sont d'une forme particulière (voir n- 138).
3. Tipasa, dans la grande basilique et dans celle de Sainle-Salsa (n" lo7 et 159); Taksebtln" 133); Tigzirt (n» 14'.)).
4. Bénian (n" 22): Biar el Kherba (n" 2 il ; Ilenchir Djardia (n" 41); Henchir Gouraï (n° 53) ; Ilenchir Guessès (n" o!» ; Henchir el Hammam (n° 62); Ksar Sbéhi (n° 11); Tip.asa. chapelle d'Aie.xandre (n- 160). — Conf. Gsell, Fouilles de Bénian, p. 33.
o. Conf. les dés interposés de la même manière au marché de Timgad, dès le début du nr' siècle (tome I, p. 208).
6. Aïn Zirara (n° 8) ; Kherbet Bou Addoufen (n- 33 et 34). — A Henchir Tabia (n° 130), la forme des coussinets prouve qu'ils reposaient directement sur des fûts et qu'ils faisaient office de chapiteaux.
130 I-ES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉUIE
aucune preuve d'un iol agonconicnf, tandis que les voussoirs abondent parmi les décoml)res de la plupart des églises africaines.
Au-dessus des arcades se dressait un mur ', percé de fenêtres fpii éclairaient la nef centrale. Celle-ci était plus élevée que les collatéraux et avait une toiture en dos d'Ane; des toits en pente couvraient les bas C(Més'^. Les parties hautes de toutes les églises d'Algérie étant détruites, il est impossible de citer ici des exemples"', mais les Africains ont certainement adopté cette ordonnance, générale dans rarchitecture chrétienne. Partout oîi l'on a fait des fouilles, on a trouvé des morceaux dccharlton, débris de la charpente des combles, ainsi que des fragments de tuiles, les unes plates, les autres semi-cylindriques. Du reste, la faible épaisseur des murs indi(pic sufflsammonl que les édifices n'étaient pas voûtés''.
Quelques basiliques présentent, de chaque coté de la nef, une douille l'angée de supports. Chaque couple est formé soit de deux colonnes'', soit d'une colonne }»ar devant et d'un pilier
i. Conf. un sermon iittribué à saint Angusfin (Mi^ne, Palrol. latine, XL\"I, p. lOO.'ij : * Ecce vidcmus cûlin7i/iits quibiis suiit siipcrposili parieles... In doino « Dei Cdhimnae a quibiis lapiduvi multiludo jiortatur... »
2. A Ilenchir Guesseria (n" 36), des corbeaux, placés au sommet des murs latéraux, étaient sans doute des éperons destinés à porter l'une des extrémités des entraits de la toiture des bas côtés. A Kherbet Bou Addoufen (n"> 34), les coussinets-impostes des colonnades otTrent des encoches pour l'insertion de ces entraits. — Les collatéraux paraissent avoir été surmontés de terrasses plates dans la chapelle d'Alexandre, à Tipasa (n" 160).
3. Voir à ce sujet Victor de Vite, Uis/. persec. uandaiicae, 1, 41. 11 parle d'une église africaine, qui fut assaillie par des Vandales : «tecta [les toits des « bas côtés] consccndiinl l'I pei- fencstfas [les fenêtres de la nef] ecclesiae sagillas « sparf/uiil.y> (les flèches atteii,'nent des catholiques réunis auprès de l'autel.
4. Conf. le texte de saint Optât, cité au n" 163 (Rherbet Zembia).
5. Timgad (n° 152); Périgotville (n" lOo). A Tigzirt (n- 146), la colonne pus térieure est parfois remplacée par un pilier. A ïaksebt (n" 132), la disposition des doubles supports reste douteuse.
par derrière '. Les arcades reposaient sur les points d'appui postérieurs; quand il n'y avait jias do trilnnies, elles portaient directement les murs de la nef. Quant aux supports antérieurs, ils étaient surmontés d'un second ordre de colonnes, adossées à ces murs. Ce dispositif assurait plus de solidité à Fensendjle de l'édifice et ornait d'une élégante décoration les parties hautes; en outre, il avait pour effet de réduire la portée des entraits de la toiture, qui venaient appuyer leurs extrémités sur les colonnes supérieures.
Les tribunes au-dessus des Ijas côtés sont rares en Algérie. A Tipasa (basilique de Sainte-Salsa, n" 159) et h Matifou (n° 79;, il est certain qu'elles n'appartiennent pas à l'ordonnance primitive, mais qu'elles datent de remaniements effectués au v'' siècle ou au vi*" . La même observation s'applique probablement aux tribunes de la l)asilique de ïébessa (nMSS). Dans la grande église de Tigzirt (n" 146), elles sont, au contraire, contemporaines de la construction, que nous plaçons volontiers au v" siècle. N(jus ne saurions dire si celles de la l)asilique d'Orléansville (n" 95'( ont été faites, comme la basilique elle-même, sous le règne de Constantin : nous n'avons pas pu étudier cet édifice, qui a, sans aucun doute, subi des remaniements. Cela nous [)arait peu jirobable et nous sommes disposé à croire que l'introduction des tribunes dans rarcliitecture chrétienne de l'Afrique du Nord n'est pas antérieure au V" siècle.
L'aménagement de ces galeries nous échappe complètement à Matifou et à Orléansvillc. A Sainte-Salsa, elles étaient limitées, du coté de la nef, par des colonnes courtes. A Tébessa