Réunie africaine, XIX, 1873, p
AQUEDUCS. ClTERiNES. RÉSERVOIRS 251
En arrivant à Bougie, l'aqueduc remplissait une série de grands bassins, disposés les uns au-dessus des autres i. Mais, d'après ce qui subsiste aujourd'hui d'un de ces réservoirs, nous croyons qu'ils ont été faits à l'époque berbère 2; la conduite elle-même fut remaniée au moyen âge dans la dernière partie de son cours. Dans l'antiquité, elle venait aboutir à une citerne, encore bien conservée, dont nous dirons quelques mots plus loin.
Une curieuse inscription, trouvée à Lambèse ^, nous apprend que cet aqueduc remonte au milieu du n" siècle de notre ère. Quoique mutilée au début et à la fin, elle nous fait connaître, avec assez de détails, les diverses péripéties de la construction. Le tracé fut établi, vers 137, par un certain Nonius Datus, ingénieur militaire, que le commandant de l'armée de Numidie avait envoyé au gouverneur de Maurétanie pour accomplir cette tâche. Ayant fait les études nécessaires, Nonius remit les plans au gouverneur et retourna à Lambèse. Quelques années après, vers 148, les chantiers furent ouverts : ce qui causa un nouveau séjour de Nonius Datus à Saldae, séjour bientôt interrompu par une maladie. Cependant, Porcins Vetustinus, procurateur de Maurétanie, était venu inspecter les travaux et s'en était déclaré fort satisfait. Une faute grave, commise par les ouvriers, força Nonius à revenir à Saldae, vers 152 .
1. Delamare, Exploralion. pi. 4, à droite. DewuU, Rec. de Conslanline, X, 1866, p. 316-319.
2. El Mansoui-, souverain de Bougie ti la fin du xr siècle, « se plaisait à dis- « tribuer les eaux dans des parcs et des jardins » (Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. De Slane, II, p. 32).
3. Corpun, VIII, 2728 = 18122. Lacour-Gayet, ^«/oninZe Pieux et son temps, p. 167-170. Gagnât, Musée de Lambèse, p. 67-71, pi. VI, fig. 1. Cette inscription a été donnée récemment à la municipalité de Bougie, qui, à l'exemple des Romains, a fait construire un aqueduc pour amener l'eau de Toudja. On la placée sur une fontaine, en face de la mairie.
2o2 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Il avait fallu percer un tunnel à travers une montagne pour y faire passer l'aqueduc ', et le travail avait été commencé des deux côtés à la fois. Mais les dispositions furent mal prises; chacune des deux équipes obliqua à droite, au lieu de suivre la ligne indiquée, si bien que les deux galeries se dirigèrent parallèlement l'une à l'autre, au lieu de se rejoindre. On parlait déjà d'abandonner cet ouvrage. Nonius, conduit siu' les chantiers par le gouverneur de la province, reconnut tout de suite les causes de l'erreur; il remit les choses au point, et l'aqueduc^ put être inauguré, peu de temps après, par le procurateur Yarius Clemens. Conçu par un ingénieur militaire, il avait été exécuté par des soldats.
A la suite de ce récit, l'inscription porte, en grandes lettres, la mention assez énigmatique « modios qidnquc » : mesure qui équivaut à 1-3 litres 77 centilitres. On a conjecturé que cette indication se réfère au débit de l'aqueduc dans un temps donné.
La ville de Cirta recevait l'eau de la source de Ras el Ain Bou Merzoug, située à 35 kilomètres environ au sud •. A la source même, il y avait un sanctuaire, orné de colonnes corinthiennes. Des vestiges du canal souterrain se retrouvent sur divers points du parcours. A 1.200 mètres au sud de Constantine, un siphon avait été établi pour la traversée de la vallée du Rummel; l'aqueduc allait ensuite aboutir k de grandes citernes de distribution, ménagées dans la colline du Coudiat Ati. Le pont qui soutenait la conduite dans la vallée comportait