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Flamand, l'Anlkropoloqie, 111, p. 149, fig

OU l)ëlier, porte aussi le disque sur la tôte K Un homme tient un bouclier rond'-.

Dans la région de Guelma, les gravures de Klianguet el Hadjar (commune mixte de l'oued Cherf) sont connues depuis longtemps'^. Elles ont été tracées par des mains fort diverses sur deux faces d'un grand rocher, k l'entrée d'une gorge et au-dessus d'une source. Beaucoup d'entre elles sont superposées et les dimensions des figures sont très variables. Nous avons reconnu les animaux suivants : mouton (fréquent), bouc, bœuf (l'un de ces bœufs est tenu en laisse par un homme), chien ou chacal, gazelle, antilope, autruche. Les lions et les panthères qu'(jn a cru distinguer, ne sont pas certains, et il est plus que douteux que des rhinocéros et des éléphants figurent parmi ces imagos. Les hommes semblent nus. lisent, en général, les bras ouverts et, souvent, ils tiennent soit un bâton, soit un liojau, soit une sorte de serpe, soit un instrument qu'on a comparé ii une raquette carrée. On remarque quelques signes ressendjlant exactement à des lettres de l'alphabet libyque : ils ne paraissent pas être d'une autre époque que les dessins au milieu desquels ils sont tracés.

Au lieu dit Kef Messiouer (commune mixte de Sédrata), un grand rocher à paroi verticale offre l'image d'une famUle de lions, s'apprôtant à dévorer un sanglier; des chacals semblent

1. A côté de cet animal, se voit un bovidé portant deux objets allongés entre les cornes. M. Lefébure est disposé à y reconnaître une autre divinité égyptienne, le taureau d'Erment, qui était coiffé de deux plumes.

2. Ces gravures de Bou Alem seront étudiées par M. Flamand dans un article de la Revue avchéologique. Voir, en attendant, Flamand, Comptes Bendus de V Académie des Inscriptions, 1899, p. 437-438; Gsell, Mélanges de l'École de Rome, XX, 1900, p. 83.

3. Vigneral, Ruines romaines du cercle de Guelma, p. 42-53, pi. IX et X. Reboud, Rec. de Const., XXII, 1882, p. 60-ti3. Bernelle, ibid., XXVII, 1892, p. o7. Gsell, Bull. Comité, 1899, p. 4i0-441.

LES MO.M .MK.NTS ANTIOri:S DE L AI.C.EHIE

altciidre la fin du rei»as poiu' nianyer les restes' (voir une l)ai'lie de ce tahleaii. /'uj . 14). Les lig-ures, au nombre de dix, u'oul pas été juxtaposées au hasard et successivement, comme dans la plupart des autres gravures rupestres : on est ici en présence d'une V(''rilal)le com})ositi()n, (ju"un nu jjlusieurs artistes ont exécutée d'un seul coup'^.

Blancliet a fait coimaitre" des gravures fpi'il a découvertes à la lisière septentrionale du Sahara, dans un ravin appelé Chaha

FiG. li. — Gravure rupestre de Kef Messiouer.

Naïnia, près de l'oued Itel. Elles couvrent les parois de plnsieurs grottes artificielles, taillées assez régulièrement en forme de longues galeries. Les espèces animales représentées sont le lion, l'àne, l'antilope gnou, la chèvre, le bœuf, qui porte presque partout une sorte de housse ; sur le cou d'un de ces

1. Bernelle, Rec. de Con.sl., XXVIl, 1892, p. '.l'i et planche. Gsell, Bull. Comité, 1899, p. i3S-4iO.

2. Dans cette région de Guelnia, on signale d'autres gravures, représentant des chevaux, un bœuf à grandes cornes et peut-être un mouton : Hnll. Comité, 1888, p. 105.

3. Bull. Comité, 1899, p. 138-139; Bec. de Coiisf.. XXXllI, 1899, p. 294-310, avec des planches.

buBufs et sur sa couvertiiro sont tracés des caractères lihyqucs. Deux personnages, dont l'un est certainement de sexe féminin, sont assis, les jambes largement ouvertes, pose que nous avons déjà constatée à Moghar. Trois autres, de gi'andos dimensions, se tiennent del)out, dans une attitude svmétri(pie ; ils lèvent la miin gauche, et deux d'entre eux portent un objet de forme ovale, rayé de stries; ces deux individus })araisscnt être vêtus d'une peau de bête, couvrant le haut do la poitrine. Deux hommes, plus petits, ont les bras ouverts et font le geste classique de la prière. Enfin, un personnage, qui semble vêtu d'une tunique, tient un bouclier ovale avec deux échancrures sur les côtés.

Dans le Sud Oranais, ou la technique de ces dessins a été examinée de près, M. Flamand a reconnu que les graveurs indiquaient, par un simple tracé, l'ensemble de ce qu'ils voulaient fixer; puis ils creusaient suivant cette ligne, à l'aide do poinçons en pierre, un })oin!illé fortement accusé, qu'ils polissaient ensuite avec soin, produisant de cette manière un trait continu, f^n-me et net, large de (J"M)10 à 0'",0i5, profond de 0'",00r) îiCjOlO, évasé à sa partie supérieure, arrondi au fond. Ils obtenaient ce résultat par le frottement prolongé d'un instrument à extrémité mousse, mais assez dur pour entamer le grès; cet outil était sans aucun doute en pierre. Les gravures de Khanguet el Hadjar et de Kef Messiouer, dans la région de Guelma, nous ont paru avoir été faites aussi avec des pointes émoussées.

Les images que nous venons d'étudier sont d'ordinaire des œuvres très enfantines, avec d'énormes fautes de dessin, des proportions difformes, des gestes impossibles. Quelquefois ce])endant, en i)articulier à Kef Messiouer, au dj ebel

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Mahisserat et à Bou Alem, ces profils sommaires rendent bien la jihvsior.omie générale des animaux représentés. On sent là un certain don d'observation : preuve que les graveurs reproduisaient des bêtes qui étaient sans cesse sous leurs yeux, qui vivaient par conséquent dans le pays, ce qu'attestent d'ailleurs, pour les espèces aujourdhui disparues de l'Afrique septentrionale, les découvertes paléontologiques faites sur plusieurs points de l'Algérie.

De (piand datent ces gravures? Il est probable, il est même certain quelles se répartissent sur une période de temps très longue. A Tbyout, à Khanguet el Hadjar, en d'autres lieux encore, les figures se superposent, se coupent, s'enchevêtrent : de nombreuses générations d'hommes ont évidemment apporté leur contribution à ce travail. D'une manière générale, ces images portent des caractères d'une haute antiquité.

Celles du Sud Oranais sont très souvent accompagnées d'inscriptions et de dessins représentant des cavahers armés de boucliers, des mouflons, des antilopes, des dromadaires, des oiseaux, etc.'. Lettres et dessins sont faits en pointillé, et non au .irait : ils se distinguent à première vue des gravures (voir, par exemple, fig. 11) et sont plus récents, puisqu'ils les recouvrent en bien des endroits. Les inscriptions sont formées de caractères berbères, intermédiaires entre l'écriture dite libjque, en usage dans l'Afrique du Nord avant les Romains et sous leur domination, et l'écriture actuelle des Touareg, mais plus apparentés à la première. On doit donc les attribuer approximativement à une période cor-

1. Voir, ùce sujet. Wamy, Revue (l'E(hnofi)vphie. 1,1882, p. 129-137; Bonnet, ibid.,\]U. 1880. p. lo2 et 157; Flamand, V Anthropologie, III, 1892, p. 153-154, et Vlll. 1897. p. 284-29i.

respoudant à notre moyen âge. Les dessins sont, pour la plupart, contemporains des inscriptions, comme le prouvent la place qu'ils occupent et l'identité du procédé d'exécution ; du reste, ils ne peuvent dater que d'une époque où la religion musulmane n'avait pas encore, imposé complètement aux indigènes l'interdiction de reproduire des êtres animés. Or, les gravures au trait offrent une patine tout à fait différente de celle de ces dessins et inscriptions. Il est certain qu'une longue suite de siècles sépare les deux séries d'images.

Des raisons d'un autre ordre peuvent être données en faveur de la très haute antiquité des gravures : le fait qu'elles ont été tracées avec des instruments en pierre, et non avec des outils métalliques; les armes qu'on y voit figurées et dont les unes paraissent bien être en pierre, tandis que, pour les autres, rien n'indique qu'elles soient en métal ; le costume primitif que portent certains personnages (pagne, coiffure de plumes); les espèces animales qui ne se retrouvent plus qu'au cœur de l'Afrique et qui, actuellement, auraient de la peine à vivre dans le Maghreb, indice probable d'un grand changement de climat. — Il est vrai que ces arguments ne sont pas irréfutables. L'usage des outils et des armes en pierre a pu se maintenir longtemps dans certaines parties de l'Afrique septentrionale, surtout à l'intérieur des terres ; les silex taillés que l'on recueille dans les steppes et u nord du Sahara, se trouvent en général à fleur de terre et sans patine : c'est une présomption en faveur de leur modernité relative. La coiffure à plumes d'autruche a été portée longtemps par les Libyens : elle est donnée à des gens de l'Afrique du Nord sur des monuments égyptiens datant des dix-neuvième et vingtième dynasties (xiv'-xif siècles environ avant Jésus-Christ). Nous ne savons

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pas (luaiid la faune dite tropicale, représentée sur ces gravures, a cessé de vivre dans le Maglirch. Ce qui est certain cependaiil, c'est qu'il y avait encore des éléphants au sud do la Maurétanie vers le début de notre ère. Si ces pacliydornies et les autres espèces que nous avons énumérées ont disparu, cela peut tenir, non pas h une modification de climat très lointaine, mais aux chasses qu'on leur livra sous l'Empire romain poiu' les fêtes des amphithéâtres, et au déboisement, qui a amené la diminution des sources nécessaires à leur existence. Il ne faut pas croire, du reste, qu'un climat très humide soit absolument indispensable à ces animaux : au nord du Transvaal, des éléphants vivent dans un pays bien plus aride que les montagnes du Sud Oranais'. Quant à la région de l'oued Itel, elle s'est sans doute desséchée, comme le Sahara tout entier. Mais ce n'est pas i)ar le fait d'une révolution climatérique ; il se produit là un lent phénomène, dont on peut ohserverles progrès depuis les temps historiques : l'évaporation se poursuit dans le cours des siècles, sans compensation suffisante.

A Khanguet el Hadjar et à Chaba Xaima, on distingue quelques signes identiques à des lettres libyques. Par malheur, nous ignorons quand fut inventé ce système d'écriture dont les Touareg font encore usage aujourd'hui. Est-il prouvé d'ailleurs ({ue ceux qui gravèrent ces signes leur aient attribué une valeur alphabétique? Des caractères semblables se rencontrent en Egypte dès une époque très reculée, sur des vases contemporains des premières dynasties historiques ou même plus anciens, entre cinq mille et quatre mille ans environ avant notre ère.

1. Je ne parle pas ici de la région de Guelma, qui est l>ien arrosée. Du reste, les gravures qu'on y trouve ne représentent, à mon avis, que des espèces actuelles ou très récemment disparues.

Un bouclier figuré à Chal)a Naïma est d'une forme curieuse, (jui se retrouve à Asla, station du Sud Oranais. C'est le boucdier (ju'on appelle communément bouclier bro/icti. Au second millénaire avant Jésus-Christ, il est représenté sur des objets dits mycéniens, recueillis dans les parages de la mer Kgée, et sur des bas-reliefs égyptiens, où il est tenu par des guerriers de la Sjrie septentrionale.

A Bou Alem apparaît une imago qui, à notre avis, est certainement celle d'Amon, dieu de Thèbes. Les Egj-ptiens eurent de tout temps des relations avec les tribus qui vivaient à l'ouest de la vallée du Xil. Ces rapports furent surtout fréquents sous le Nouvel Empire (dans la deuxième moitié du second millénaire avant notre ère), époque de la plus grande prospérité de Thèbes. A plusieurs reprises, les indigènes de l'ouest envahirent l'Egypte; en général, ils durent se contenter de servir comme mercenaires dans les armées des Pliaraons. Ces guerriers appartenaient surtout aux peuplades qui confinaient àla vallée du Nil. Cependant il a \)\\ en venir de plus loin; il est possible aussi que l'influence <le l'Egypte se soit répandue de tribu en tribu à travers l'Afrique du Nord, jusqu'à l'extrémité occidentale de notre Algérie. Ces considérations nous conduiraient à suj)poser que l'image de Bou Alem n'a guère plus de trois mille ans.

Mais, somme toute, la chronologie des gravures rupestres de l'Algérie est encore absolument incertaine.

Des dessins analogues existent dans la Haute Egypte, entre Edfou et Silsilis ; d'autres ont été signalés sur divers points du Sahara : dans le Tibesti, entre Mom-zouk et Rliat, au sud-est de Rhat, dans le Haut Tassih, entre El Goléa et In Salah; d'autres enfin se voient au sud du Maroc. Duveyrier ' ctplu- 1. Bull, de la SociéLé de ge'o(/)'ap/iie de l'aris, 187(5, II, p. lU et ll:i.

sieurs savants après lui' ont voulu attribuer ces images à une race noire, à laquelle ils ont donné le nom de garamaalïque ; mais il faut avouer qu'ils n'ont produit aucun argument solide en faveur de leur hypothèse.

1. Par exemple La Blanchère, Bull, de correspondance africaine, 1, 1882-3, p. 356.

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