CHAPITRE IV
Les plus beaux mouuments des villes étaieut d'ordinaire les demeures des dieux. Par malheur, le nombre des temples antiques restés debout en Alg'érie est fort restreint.
Le mieux conservé est celui de Tébessa': nous en donnons le plan, fu) . 39, et une vue, planche XIX. On l'a souvent comparé à la Maison Carrée de Nimes, dont il n'a pas, il faut l'avouer, les heureuses proportions et la sobre élégance. « On constate bien, (( dit M. Héron de Yillefosse, un travail très personnel dans « la décoration, mais de la lourdeur, une recherche d'ornements « qui tombe dans l'excès, des défauts qui sont la marque d'une « école éloignée des grandes traditions. » Cet édifice date probablement du iif siècle. Après avoir été successivement, depuis la conquête française, une fabrique de savon, un bureau affecté au service du génie, un prétoire pour le juge musulman, une
1. Letronne, Revue archéologique, IV, 1847, p. .364-36j. Moll, Annuaire de Constanline, 18:J8-i3. p. 4.j-oi, pi. III-IV. Aurès, Mémoires de V Académie du Gard, 1864-5, p. 114 et suiv. Playfair, Travels in fhe foosteps of Bruce in Alf/eria, pi. VIIl. Héron de Yillefosse, diins le Tour du Monde, 1880, II, p. 20-23. Ballu, Tébessa, Lamhèse, Timrjad, fig. 2. Id., le Monaslère byzantin de Tébessa, p. 6-7, pi. I. Nous citerons encore la vue publiée dans Duruy, Histoire des noniains, YI, p. 39o.
cantine, un cercle militaire, une prison, une église, il est devenu le musée de Tébessa.
Fio. 31). — Temple de Tébessa.
Long de 1S"',80, large de 9, il s'élève sur un soubassement haut de 4 mètres, dont l'intérieur est partagé en trois caveaux
Yoiités, aiijourcriiui comblés. Il iic parait pas certain que ces salles inférieures aient été utilisées pour \o scn-vicc du temple; peut-être étaient-elles simplement, connue l'a junisé M. Héron de Villcfosse, des galeries de soutien.
On montait au sanctuaire par un escalier d'une vingtaine de marches, dont la partie supérieure était resserrée entre deux perrons, (^et escalier a été refait et ne compte plus (pu; treize degrés, le sol ayant été exhaussé. Une rangée de (piatre coonues forme le front du monument; par derriiu-e, de cha([ne côté, deux autres colonnes s'élèvent sur \o l)ord du souhassement. Les fûts monolithes, hauts de 6'",i0, sont en nuirhre blanc, veiné de bleu; ils ne présentent pas de cannelures; les chapiteaux appartiennent à l'ordre corinthien. Les murs extérieurs do la cella sont rehaussés de jiilastres, avec des chapiteaux de même ordre.
La frise architravée qui surmonte les coloimes et les pilastres, offre des sculptures d'un stj'le surchargé et d'une exécution médiocre. Des panneaux carrés, correspondant aux points d'appui, enferment des luicrânes parés de bandelettes; ils séparent des métopes rectangulaires, dans lesquelles un même motif est répété })artout : un aigle, vu de face, les ailes ouvertes, tenant sous ses serres deux serpents qui s'allongent à droite et à gauche et enlacent des ceps de vigne. Au-dessus, règne une corniche sans larmier; elle est décorée de pirouettes, de canaux, d'oves et de denticules.
La partie supérieure du temple est d'une ordonnance anormale. Elle consiste en un attique, qui s'élève sur un socle et qui était sans doute surmonté d'une corniche, aujourd'hui détruite. Cet attique est divisé, comme la frise, eu une série de panneaux sculptés. Au-dessus de chaque bucrâuc, un
cadiv onfcrmo soit un trophée, soit une A'ictoire ailée, tenant dans ses mains un houclier ou une couronne, soit luie image do divinité : on distingue les deux Dioscures, Bacchus couronné de lierre et tenant un thjrse, Hercule (?) ai)puyé sur sa massue. (^)uant aux métopes qui occupent les intervalles, quatre d'enire elles sont remplies par deux cornes d'abondance croisées ; les autres })résentent deux ou trois guirlandes. A ces motifs se mêlent des rosaces, des branches, des masques ; dans un paimeau, on remarque, en outre, deux trophées et un caducée; dans un autre, un mulle de lion.
Les softites du pronnos sont ornés de rinceaux, de rosaces, do cornes d'abondance ilanquant un globe, d'une tête d'Océan, do corbeilles de fruits.
Il ne reste aucune trace de fronton. M. Ballu a supposé qu'au lieu d'une couverture à double pente, il y avait, sur cet édifice, un toit à quatre versants. MoU s'est demandé si des statues n'étaient pas dressées le long du faite, au-dessus des ])oints d'appui.
Le mur antérieur de la cclla a étéi'ofait en entier. Toute la décoration do l'intérieur a également disparu. Le pavement est moderne; pout-étro, dans l'antiipiité, le sol était-il revêtu d'une mosaïque.
Comme la })lupart des temples de l'Afrlipie romaine, le monument que nous venons de décrire s'élevait au fond d'une cour, de forme rectangulaire, mesurant il mètres de largeur. La façade de l'enceinte est en partie conservée (à 2i- mètres en avant du temple). Elle est décorée, au dehors comme ;i l'intérieur, de pilastres corinthiens et percée de trois portes; celle du milieu, cintrée, a 2", 15 de largeur.
Le nom du temple de Minerve, donné communément ii ce
sanctuaire, ro[)oso sur une erreur manifeste : on a i)ris pour (les chouettes les aigles de rental)leiuent, pourtant fort distincts. Ces aigles ont donné à d'autres l'idée de proposer la dénomination de tem})le de Jupiter'. En réalité, on ignore à quelle divinité l'édifice était consacré. A répocpio l)vzantine, il fut prol)ablement converti en église, comme paraissent l'indiquer des tombes chrétiennes découvertes derrière le mur antérieur de l'enceinte^.
A Timgad, un temple imposant, le Capitole, dominait toute la ville. Il n'en snbsiste plus que de maigres vestiges^ (pl^m, fï(j. 40, d'après le plan levé par le Service des monuments historiques; vue, planche XX).
Il n'avait })as moins de 53 mètres de long'', sur 23 mètres de large. Un escalierde trente-huit marches, divisées endeuxséries par un grand palier, menait à la plate-forme. Le front présentait six colonnes ; il y avait en outre des colonnades sur les cotés longs, mais non point par derrière. Les fûts cannelés, formés de huit tambours, mesurent 11"",?? ; les chapiteaux corinthiens, faits de deux morceaux superposés, ont 1°',58 do hauteur. Ils portaient un riche entablement. Si l'on ajoute foi à un dessin de Bruce •^, cinq colonnes et une partie de l'enta- Idement étaient encore en place au siècle dernier. Tout a été renversé depuis, et les deux colonnes qui se dressent aujourd'hui au Capitole sont une restauration récente du Service des monuments historiques.
1. Cherbonneau, Rec. de Co«s/., VIH, 1864, p. 36; Playfair, l. c, p. 160; etc.
2. Guichard, Revue africaine, VIII, 1864, p. 271. Corpus, VIII, 2016—16317, 2019, 10636, 10637, 10638 = 16:il'.», 10639.
3. Bœswilhvald, Gagnât, Ballu, rimgad, p. lo3-182, pi. XX-XXIi. Ballu, les Rvinesde Tij7ujad,p. 1S9-208, pi. XXVII-XXX.