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TOMBEAUX EN PIERRES SECHES

Il en fut de même pour les tombeaux en pierres sèches, attribués par les gens du pays aux Djouhala ou aux Beni-Sfao, race d'idolâtres éteinte depuis longtemps. Certains d'entre eux sont probablement très anciens, d'autres ont été bâtis après l'ère chrétienne; en général, il est impossible de les dater. Les éléments de certitude ou même de probaljilité chronologique manquent le plus souvent. D'ailleurs, on a fouillé très peu de ces monuments, pourtant innondjrables en Algérie : il y a l;i un vaste sujet d'étude, demandant des recherches patientes et méthodiques 2.

On les rencontre d'ordinaire sur les coteaux et le long des

1. Voici des indications bibliographiques sur les refuges et les villes indigènes avec enceintes en pierres sèches : il convient d'ajouter que la plupart de ces constructions n'ont pas été signalées par les archéologues. Près d'Arbal (.région d'Oran) : liidl. archeolorjique du Comité des Ivavaujr hialoriques, 1885, p. 339. Dans les régions de Saida et de Tiaret : La Blanchère, Archives des ISlissions '^cie?ili figues. 3° série, X, 1883, p. 26 seq., 46 seq. Dans le bassin de l'oued Riou : Derrien, Bull. d'Oran, 1895, p. 282. En Kabylie : Viré, Recueil de Conslanline, XXXII, 1898, p. 23-25. Dans la petite Kabylie : Bull. Comité, 1888, p. 126. Dans la région de Souk Ahras : ibid., 1887, p. 451, et 1897, p. 277, n° 32. Près de Tébessa, au djebel Osmor : De Bosredon, Recueil de Constaiifine, XVlll, 1876-7, p. 42't. Dans l'Aurès : Masqueray, Revue africaine, XXIF, 1878, p. 42-44 et 137; Vaissière, ibid., XXXVII, 1893, p. 137. Conf. plus loin, à la description des cimetières indigènes de Djelfa, d'ichoukkàn et de Roknia, p. 13, 16, 22.

2. On trouvera quelques renseignements sur les tombeaux indigènes dans les auteurs suivants : I.etourneux, Archiv fur Anthropologie, II, 1867, p. 307- 330; James Fergusson, les Monuments méfjalil/iiques de tous pays (trad.

pentes rocheuses, qui fournissaient aux constructeurs les matériaux nécessaires. Par leur masse, ils protégeaient leurs hôtes contre ravidité des animaux carnassiers, contre les injures du temps et des hommes. Ils formaient de solides prisons d'où les morts ne pouvaient pas s'échapper pour troubler la paix des vivants. Ils marquaient la place oii avaient été ensevelis les ancêtres et perpétuaient leur souvenir.

Il faut distinguer plusieurs types parmi ces sépultures indigènes: 1° Le tumulus est un amas de pierres ou de cailloux, auxquels on a souvent mêlé de la terre. Ce tertre forme tout naturellement un cône. Parfois, il est aplati à sa partie supérieure et ressemble à un cône tronqué. Il y a aussi quelques tumulus dont le plan est ovale ou même carré. Pour arrêter les éboulements, le pourtour extérieur est fréquemment renforcé par une ceinture de pierres plus grosses et placées d'une manière plus symétrique; dans des régions où Ton ne disposait que de matériaux assez petits, ce cercle pouvait être composé de plusieurs assises : il présente alors l'aspect d'un véritable mur. Les pierres garnissant les pentes du tumulus sont parfois aussi rangées avec un certain soin, de manière à constituer des successions de gradins ou d'anneaux concentriques, qui assurent la solicUté de l'ensemble. Les tumulus sont de dimensions fort variables. Il }■ en a qui no dépassent pas 3 mètres de diamètre; quelques autres atteignent jusqu'à 150 mètres de circonférence'.

Ilamard), p. 417-433 ; Tùssot, Géographie de la province l'omaine d'Afrique, I, p. 499 seq : Reinach, dans les Instructions pour la recherche des antiquités dans le nord de V Afrique, p. 39-44. — Une bibliographie du préhistorique algérien est donnée dans les Matériaux pour Vliist. de Vhomme, XVI, 1881, p. 204-208. La littérature du sujet s'est beaucoup accrue depuis.

1. Ceux que Ton voit près de la Meskiana (déparlement de Constantine) : Féraud, Recueil de Constantine, Vlll, 1864, p- 119.

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A rintérieur, au centre, sont déposés les ossements, recouverts imniédiateinent par la masse du tumulus ou, ce qui seml)le plus fréquent, enfermés dans une caisse quadrangulaire en pierre. Le coffre est constitué soit par cinq dalles — quatre debout, formant les côtés, et une cinciniëme à plat, servant de plafond — soit par un assez grand nomljre de pierres, plus petites, superposées le long des parois.

2" D'autres sépultures diffèrent des tumulus précédents par la disposition de la case funéraire, dont le couvercle, une grande dalle, apparaît à l'extérieur et couronne le tertre. Les côtés de la case restent cacliés dans les flancs du monument.

3° Dans un troisième type, qui dérive du tumulus et auquel les archéologues réservent généralement le nom bas-breton de dolmen^ la case est entièrement ou presque entièrement dégagée : en bien des endroits, on peut constater avec certitude qu'elle l'a toujours été'. Quelquefois, elle surmonte un tumulus très bas. Mais, d'ordinaire, elle s'élève sur un espace plat ou peu renflé, entouré d'un cercle de pierres qui correspond à la bordure extérieure des tumulus. On trouve souvent aussi, à l'intérieur de cet espace, d'autres cercles formant des anneaux de diamètre décroissant autour de la case : l)ien qu'ils soient en général disposés sur un plan à peu près uniforme, ils paraissent répondre aux gradins étages des tertres. A côté des enceintes circulaires, les enceintes rectangulaires ou carrées ne sont pas très rares. Parfois, ces clôtures présentent l'aspect de murs cà assises ; en général, elles sont constituées par des blocs verticaux, plus ou moins contigus. L'espace cir-

1. On a soutenu qu'en Europe tous les dolmens ont été autrefois recouverts de tumulus : cette observation serait certainement fausse, si on l'appliquait aux dolmens d'Afrique.

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conscrit est grossiëromoiit pavé. Los cases sont, comme celles de bcanconp de tniiiulns, formées soit de quatre (ou parfois six) placiues dressées de champ et d'une dalle de recouvrement, soit de murs à assises, surmont(''S d'une, de deux ou de trois tables. Une seule enceinte peut enfermer plusieurs cases, isolées les unes des autres ou avant une de leurs parois commune. Les dimensions des enceintes et des cases sont très diverses. Les premières ont un diaiuètre moyen de 5 à 6 mètres, mais on en trouve de 1(5 et même de 20 mètres; la hauteur des cases est do O^^GO à l'",50, rarement moins ou plus. Les tables ne dépassent guère 3 mètres de largeur. A rintérieur de la case, un lit de pierraille ou un petit dallage recouvre les restes humains.

4° Les cyo^/i/^cA.y paraissent être aussi des tumulus simplifiés. Du tertre, on n'a conservé, comme dans les dolmens, que la bordure, cercle de pierres juxtaposées ou formant un petit mur à assises'. Mais dans ce type de tombe la sépulture établie au centre est souterraine : c'est une fosse, creusée dans le sol et parfois tapissée de dalles. L'espace circonscrit par l'enceinte est souvent pavé.

5° On appelle chonchet (au singulier choucha, mot arabe qui veut dire calotte) des tours rondes, comportant plusieurs rangs d'assises, d'une disposition assez régulière. L'intérieur est rempli par de la pierraille et delà terre, sauf le centre, oh se trouve la case funéraire. Connue pour les sépultures de la seconde catégorie, la dalle de couverture domine tout le monument.

La position des ossements que l'on rencontre à l'intérieur des

1. Parfois, les pierres sont disposées non en cercle, mais en carré.

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tombes, in(li([UO plusieurs rites funéraires. Tantôt les corps ont été débarrassés de leurs cliairs, par une exposition en plein air ou un séjour plus ou moins prolongé dans une sépulture provisoire, et on a enterré pêle-mêle, dans la sépulture définitive, les restes de divers individus. Tantôt les morts, soumis à un décharnement incomplet, qui laissait subsister la connexité des os, ont été ensevelis dans une attitude repliée, les genoux touchant le menton. Enfin, dans des tombeaux rpii appartiennent à une époque relativement récente, la fosse ou le coffre ne renferme qu'un seul squelette entier, allongé sur le dos ou sur le côté.

Avec les ossements ou les cadavres, on enfouissait souvent quelques objets mobiliers, témoignages de la croyance primitive à une vie matérielle au delà de l'existence terrestre : des poteries vides ou remplies d'aliments, parfois aussi des armes, des bracelets, des bagues, des boucles, des épingles, des parures en coquilles, etc.

Il est assez rare que ces différents monuments funéraires soient isolés. En général, ils forment des cimetières, dont plusieurs contiennent des milliers de tombes.

Dans CCS nécropoles, on voit fréquemment des traînées de pierres, constituant des clôtures autour de l'ensemble des tombeaux ou autour de certains groupes. D'autres forment de véritables filets réunissant les sépultures. D'autres sont alignées deux par deux et délimitent des sortes d'avenues.

Des archéologues ont cru reconnaître en (pielques endroits des règles présidant à l'orientation des tombes. ]Mais, à cet égard, les constructeurs ne nous paraissent pas avoir obéi à des prescriptions rehgieuses : ils ont simplement tenu compte de la disposition dos divers terrains. Ce fut seulement à une

époque assez basse qu'on prit l'habitude de tourner vers l'est la paroi qui était destinée à se rouvrir pour donner passage à <le nouveaux morts.

Les types de monuments que nous avons énumérés se trouvent souvent côte à côte : tumulus avec dolmens ou avec cromlechs, tumulus à dalle apparente avec choucliet, chouchct avec dolmens. Cependant certains types sont plus fréquents dans telle ou telle région : ce qui s'exphque par des préférences locales, ou par la nature des pierres disponibles, que l'on débitait phis ou moins facilement en gros blocs ou en grandes dalles plates. Les tumulus simples sont nombreux dans la province d'Oran, dans les régions d'Aumale et de Boghar, dans le Hodna, dans la partie septentrionale du Sahara'. Les tumulus à dalle apparente se trouvent

1. Indications bibliographiques sur les tumulus de l'Algérie :

Dans le département d'Oran : Pallary, Malérianx pour l'hist. de l'homme, XXI, 1887, p. 4Jl, 432, 434; — Tommasini, Assoc. française, Oran (1888), I, p. 204; —Carrière, ibid.. Il, p. 359-360; — Pallary, ihid., II, p. 333; Id., Assoc. franc., Marseille (1891), II, p. 604 seq.: Besançon (1893), II, p. 684 seq.; Tunis (1896), II, p. 4J6 se^. et 766; — La Blanchère, Arch. des Missions, 3' série, X, p. 44-43; — Mercier, Bull. Comité, 1888, p. 93 ; — Derrien, Bull. d'Oran, 1893, p. 284.

Dans le département d'Alger : Viré, Recueil de Conslantine, XXXII, 1898, p. 13-20 (Kabylie); — Mercier, Revue africaine, XVIIl, 1874, p. 78; Bourjade, ibid., XXXll, 1888, p. 244-243 (région d'Aumale) : — Gsell, Bull. Comité', 1900, p. 373-375 (région de Boghar); — Bourguignat, Des monuments symboliques de V Algérie, Paris, 1868; Pélagaud, la Préhistoire en Algérie, Lyon, 1879, p. 44 (dans le Sersou, au sud-ouest de Boghar); — Gagnât, Bull. Comité, 1899, p. cxxxvm (région de Guelt es Stel) ; — Harlmayer, Revue africaine, XXIX, 1883, p. 141, 143, 147 (région de Djelfa).

Dans le département de Conslantine : Viré, Bec. de Consf., XXIX, 1894, p. 533 (région de Djidjelli); — Thomas, Recherches sur les sépultures anciennes des environs d'Ain el Bey, extrait du Compte Rendu du Congrès international des sciences anthropologiques de Paris en IBIS, p. 21 seq.; Sauret, Revue d'Ethnographie, VI, 1887, p. 313-31i (région de Conslantine); — Féraud, Recueil de Conslantine, VllI, 1864, p. 118 (Ain Méchira, au sud-ouest de Conslantine) ; — Id., ibid., XV, 1871-1872, p. 343 (Ilodna) ; — Gagnât, Comptes Rendus de la Commission de l'Afrique du Kord, séance de janvier 1901, dans le Bull. Comité [Ilodna., région de M'sila) ; — Polhier, Revue d'Ethîiographie,\, d886, p. 319-320 (au sud et au sud-ouest du Ilodna); — Luciani, Revue de

principalement dans la province de Constantine ', en particulier dans le Hodna et dans TAurès^. Les rt'gions de Constantine, d'Aïn Mlila, de Guelma, de Souk-Aliras, de Khenchela, de Tébessa abondent en dolmens ; on en rencontre encore sur quelques points de la province d'Alger, mais bien plus rarement dans celle d'Oran". Les cliouchets sont très répandus

VAfnque française, 1888, p. 340 ; Graillot et Gsell, Mélanges de VÉcole française de Rome, XIV, 1894, p. 560 (au nord-ouest de Balna) ; — Delamare, Mémoires des Antiquaires de France, XXI, 18o2, p. 21 (région de Batna) ; — Féraud, Recueil de Constantine, VIII, 1864, p. 119 (La Meskiana, entre Aïn Beïda et Tébessa); — De Bosredon, Rec. de Const., XVI, 1873-4, p. 70-"2, pi. \ (région de Tébessa).

A la lisière septentrionale du Sahara : Berbrugger, Le Torn/jeau de la Chrétienne, p. 62; Reboud, Assoc. franc., Alger (1881), p. ll.jo-llo6; Bernard, Revue d'Ethnographie, V, 1886, p. 246 seq.; Pothier, ibid., p. 301-317 (au sud-est de Laghouat) ; — Neltnez, Rec. de Const., IX, 186o, p. 80-87 ; Pothier, l. c, p. 318-310; Ilamj' et Leroy, Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions, 1896, p. 12-13; Blanchet, Bull. Comité, 1899, p. 137 (au sud-ouest deBiskra).

Voir aussi, au chapitre suivant (p. 68), ce qui est dit des tumulus voisins du tombeau royal appelé le Médracen, près de Batna.

1. 11 y en a aussi dans la province d'Alger, surtout autour d'Aumale : Bourjade, Revue africaine, XXXII, 1888, p. 245 et fîg. 2 de la planche.

2. Payen, Rec. de Const., VII, 1863, p. 139-160; Letourneux, Archiv fïir Anthropolofjie, II, 1867, p. 312, 318. Voir, plus loin, à la description du cimetière d'Ichoukkàn, p. 17.

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