‹ Les monuments antiques de lAlgerie (volume 2)Chapitre 4 sur 285 · PONTS · texte numérisé non relu

PONTS

On ne trouve plus en Algérie qu'iui petit nombre de ponts romains.

Le célèbre pont de Constantine réparé en 1792 par les soins de Salali Bey, s'est écroulé en 1857 et a été remplacé par un pont de fer. Actuellement, il ne reste de la construction antique que les piles et deux arcades à l'étage inférieur et des amorces aux extrémités de Tétage supérieur. Jeté en travers d'un ravin profond, sur une des voûtes naturelles qui recouvrent l'oued Rummel, ce pont était bâti en ))elles pierres de taille. 11 mesurait 65 mètres de hauteur; le tablier était long de 60 mètres et large de 7™, 50. En bas, trois piles portaient deux grandes arches médianes et deux autres, plus étroites, aux extrémités. Au-dessus, il y avait, selon la restitution de Ravoisié^\ une arche centrale, très large, correspondant aux deux baies du milieu de la partie inférieure, et trois

1. El Békri, Description de l'Afrique septentrionale, traduction De Slane, p. 151. Edrisi, Géographie, traduction Jaubert, I, p. 243. Pej'ssonnel, Voyage, p. 302. Shaw, Voyages, éd. franc, de 1743, I, p. 1S8-9. Playfair, Travels in fhe footsteps of Bruce, p. 48-9, pl. IV (dessin de Bruce, antérieur à la restauration de Salah Bey). Desfontaines, Voyage, p. 216. Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Comtantine, p. '76. Ravoisié, Exploration, I, p. 9-10, 27-9; pl. 4 et 5. Delamare, Exploration, pl. 114, 11.5, 117, 118, 123. Texier, Bévue archéologique, 111, 1846-7, p. 734. Guyon, Voyage d'Alger aux Ziban, p. 67-8. Fournel, Richesse minérale de l'Algérie, atlas, pl. XI, fig. 9 et 10. Cherbonneau, Annuaire de Constantine, 1833, p. HO-2. Revue africaine, I, 1856-7, p. 316-8. Revue archéologique, XIV, '1857-8, p. 47. Vayssettes, Rec. de Constantine, XII, 1868, p. 363-8. Vars, ibid., XXVIII, 1893, p. 311-3. Normand, l'Ami des monuments, XII, 1898, p. 27-30 (d'après Ravoisié).

2. Qui n'est cependant pas certaine. Peut-être y avail-il cinq arches en haut.

LES MONLilE.NTS AiNTlQUES DE l'aLGÉIUE

autres arches plus petites, deux du côté de la rivo droite', une du côté opposé. Sur deux des piles du bas, en aval, l'un des angles de l'imposte offre encore une sculpture mutilée : une tête de taureau, dont le cou seudde être entouré d'une guirlande, à la iiile la plus éloignée de la ville; un poisson, accompagné d'un fragment d'inscription (..."\'1L1 PATR...) -, à la pile la plus rapprochée de Constantine.

Nous ignorons quand fut construit ce pont gigantesque'"'. Quelques indices permettent de croire qu'on le restaura dès Tantiquité^. Au xii" siècle, il était encore debout : le géographe Edrisi, qui le vit à cette époque, nous en a laissé une description, malheureusement peu claire. Peut-être fut-il coupé deux siècles plus tard "'. L'architecte mahonnais Don Bartolonieo, qui dirigea les travaux de réfection sous Salah Boy, se servit de matériaux pris à des ruines voisines, en particulier il l'arc de triomphe appelé Ksar el Ghoula

1. La pile placée entre ces deux arches reposnit sur une saillie du rocher. Elle se voit très nettement sur le dessin de Bruce. D'ailleurs, il en reste encore aujourd'hui quelques vestiges.

2. Corpus, VIII, 7921. Les deux premières lettres manquent aujourd'hui.

3. Un document arabe, publié par Féraud [Revue africaine, XU, 18(iS, p. 1.31-2), donne à cet égard une indication qui ne mérite qu'une confiance des plus limitées : « Le chrétien venu à Constantine avec des ouvriers de sa nation « pour reconstruire le pont... a dit à Sa Seigneurie Salah Bey, qui nous l a « répété, que la date de la construction de l'ancien pont, gravée sur la pierre « en caractères antiques, remontait à l'an 33.'i de l'ère de Jésus-Christ. »

4. Trois pierres, encastrées dans le pont (côté aval), au-dessus d'une des piles inférieures, sont décorées de sculptures, représentant une femme aux vêtements flottants et deux éléphants. Il est probable que ces trois pierres n'appartiennent pas à la construction primitive, car la disposition des blocs qui les entourent otîre des indices de remaniement. Mais, d'autre part, elles n'ont pas été placées là par les maçons de Salah Bey, car, un demi-siècle plus tôt, Shaw les signale déjà comme se trouvant « entre les deux principales « arches». Conf. Desfontaines, qui visita Constantine en 1785.

Page 1