‹ Les monuments antiques de lAlgerieChapitre 13 sur 118 · MONUMENTS PUNIQUES ET LIBYPHÉNICIENS · texte numérisé non relu

MONUMENTS PUNIQUES ET LIBYPHÉNICIENS

L'histoire des premiers établissements fondés par les Phéniciens sur le littoral de l'Algérie nous est tout à fait inconnue. Il est permis de supposer que ce furent des refuges, des stations, des aiguades sur la route du retour de l'Espagne, où les trafiquants de la côte syrienne allaient chercher l'argent des mines inépuisables de la vallée du Guadalquivir. Avec le temps, ces escales devinrent des comptoirs de commerce et quelquesunes d'entre elles des villes assez importantes. Carthage, la Tyr de l'Occident, leur imposa sa suzeraineté, et elle fonda à son tour de nouvelles colonies sur le rivage du Maghreb. Elle parait avoir aussi occupé pendant quelque temps l'est de la province de Constantine ; mais ce territoire lui fut disputé par les rois indigènes. Théveste (Tébassa), qui fut conquise vers 250 par les Carthaginois, ne resta en leur possession que cinquante ans à peine.

Les traces de leur civilisation sont assez rares en Algérie : leur œuvre y a été presque partout recouverte par celle des Romains.

Sur quelques points du Uttoral, on a trouvé des vestiges de remparts qu'on peut leur attribuer avec vraisemblance', des

1. A Hippone, on a découvert récemmeat un énorms mur, formé de pierres de plus d'un mètre de largeur et de hauteur, et dont plusieurs dépassent 4 mètres de long : ces blocs ne sont pas taillés au ciseau selon la

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débris d'architecture de style punique ' , enfin des caveaux creusés dans le roc, à la mode phénicienne : les objets recueillis dans ces tombeaux permettent de les dater dos derniers iemps de la domination carthaginoise.

Les plus intéressants sont peut-être ceux de Gouraya, à 33 kilomètres à l'ouest de Chercher-. Un puits rectangulaire, de dimensions variables, s'enfonce à une profondeur de 1™,80 à.2"',ô0; il ne présente pas d'escalier. Quand il n'y a qu'une chambre, l'entrée s'(juvre sur un des petits côtés du puits. Elle est fermée le plus souvent par une muraille de moellons, placés sans ordre entre les montants et en avant de laljaie. Quel-

, j ,, quefois cependant, une dalle

T. n ■ j r< dressée forme une partie de

FiG. l.j. — Caveau punique de Gouraya. ^

la clôture. Le caveau mesure d'ordinaire 2"\20 à 3 mètres de long, sur 2 mètres à 2'", 50 de

manière romaine, mais équarris à la niasse. Voir Gsell, Mélanges de l'École française de Rome, XX, 1900, p. 98. Papier, Comptes rendus de V Académie d'Hippone, 1899, p. xi-xii. ~ A Tipasa, la colline qui portait la ville primitive était entourée d"un rempart, dont on voit quelques restes au sud-ouest. Il était soit taillé dans le ror, soit formé de gros parallélépipèdes, qui atteignent 1"',80 de longueur. \oiv Gsell, Mélanges de Rome,Xl\, 1894, p. 32i.

1. Voir en particulier le chapiteau publié par Gsell et Bertrand, Musée de Philippeville, pl. XI, fig. 4. Un temple de Tipasa (Gsell, Mélanges de Rome, XIV, 1894, p. 341-343) paraît avoir été d'une architecture influencée par des traditions puniques.

2. De Cardaillac, Bull. d'Oran, 1890, p. 241-236. M'cLiWe, Bull. Comité, 1891, p. xLiii-iv. Gauckler, Musée de CItercliel, li-l'j. Des fouilles ont été faites en 1900, à Gouraya, par M. Wierzejski et par moi-même. ■

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large; la hauteur est de J°,60 à 2", 20. Les parois sont taillées d'une manière assez irrégulière; le plafond est à peu près plat. Presque partout, des niches, hautes de 0'",40 à 0°\50, se voient soit dans la paroi opposée à la porte, soit dans les pai'ois latérales. Dans la plupart des chambres, les restes humains ont été simplement déposés sur le sol, recouvert d'un lit de sable. Dans d'autres, on a ménagé une ou plusieurs banquettes, planes ou creusées d'une auge de profondeur variable. Il existe souvent un second caveau, appartenant à une époque un peu postérieure. Tantôt — c'est le cas le plus fréquent — il s'ouvre en face du premier; tantôt il est établi sur un des côtés longs du puits. (Voir, fig. 15 et fuj. 16, les plans de deux de ces tombeaux.)

Chaque chambre contient un certain nombre de morts : dans l'une de celles que nous avons fouillées en 1900, nous en avons compté plus de vingt. II est probable qu'après les ensevelissements le puits était recomblé avec de la terre et des moellons.

On distingue trois rites funéraires :

1° Le mort a été simplement allongé sur le sol. C'est le mode de sépulture le moins fréquent,

2" Des ossements, assemblés au hasard, sont déposés par

Fig. 16.

Caveau punique de (iouraya.

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terre, sur les banquettes ou dans les auges, soit eu tas, soit à l'intérieur d'un vase d'argile. Quelquefois, une moitié de grande amphore, lirisée dans le sens de la longueur, fait office de récipient. On a constaté maintes fois que ces restes humains, réunis pêle-mêle, ont appartenu à divers individus. Nous avons signalé plus haut, dans l'étude des tombeaux indigènes, un rite funérairt^ semblable, qui suppose le décharnement préalable des squelettes. Dans les vdles phéniciennes du littoral algérien, il s'était formé une population où les éléments africains se mêlaient aux éléments puniques : il n'est donc pas étonnant que des mœurs propres aux autochtones y aient été adoptées.

3" Enfin, d'autres ossements, entassés comme les précédents ou enfermés dans des récipients, sont plus ou moins carbonisés. L'usage de l'incinération, étranger tout d'abord aux Phéniciens comme aux Libyens, s'était introduit dans l'Afrique septentrionale vers le v" siècle, proba1»lement sous l'influence des Grecs de Sicile.

Nous n'avons pas à décrire ici l'abondant mobiher qui était déposé dans ces tombes. On y a trouvé quelques poteries indigènes, semblables à celles des dohnens, des vases puniques en très grand nombre, des céramiques à vernis noir ou à peintures, venant très probablement d'Italie, des œufs d'autruche qui avaient servi de vases, des cassettes en plomb, des bracelets, des bagues, des fibules, des miroirs en bronze, des fioles en verre, des débris de colliers en pâte vitreuse, etc.

Les tombeaux de Gouraya datent pour la plupart du iir" et du II" siècle avant notre ère. C'est à peu près à la même époque qu'il faut rapporter des sépultures découvertes il y a quelques années à CoUo, dans la province de Constan-

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