‹ Les monuments antiques de lAlgerieChapitre 27 sur 118 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. La lîlanchère, Archives des Missions, 3° série, X, p. 66-67 et pl. V. Gagnât, l. c, p. 619. Gsell, Fouilles de Bénian [Ala Miliaria), publication de l'Association historique de l'Afrique du Nord, p. 8-9.

88 ' LES MONUMENTS ANTIQLES DE l'aLGÉRIE

de deux murs accolés : un mur extérieur, en pierres de taille, et un autre, par derrière, en moellons. Sur les fronts de l'ouest et du sud, on reconnaît encore les emplacements de deux portes, défendues par des tours rondes de 5 mètres de diamètre. A l'intérieur, un grand nombre de blocs taillés juncbent le sol : ils ont appartenu à des bâtiments dont le plan n'est plus net

FiG. 2i). — C'unp de Bénian {ALi Miliaria).

et qui, pour la plupart, sont sans doute d'une basse époque. Seule, une basilique cbrétienne attire les regards ; nous en reparlerons au livre 111. A Bénian, comme à Besseriani et en bien d'autres lieux, des lial)itations s'élevèrent près du camp et formèrent une ville, qui, au v" siècle, avait des évèques ^ Ces camps permanents, ou plutôt ces citadelles de la fron-

1. Un autre camp de la frontière militaire de Maurétanie se distingue net tement à Tagremaret, à peu de distance à l'est de Bénian. 11 s'appelait Coliors Dreucorum, du nom de la troupe qui l'occupait. Il mesure 145 mètres de long sur 90 de large, et présente une tour ronde à chaque angle ; La Blanchère, /. c, p. 69-70 et pl. Vil, fig. 1 ; Gagnât, l. c, p. 649-650.

tière, étaient reliés par desfortins, des tours, des postes-vigies d'où l'on faisait, en cas de besoin, des signaux télégraphiques.

Des constructions militaires analogues furent bâties, à diverses époques, à l'intérieur des pi^ovinces, sur des points ayant une importance stratégique particulière, le long de certaines grandes voies ou à proximité de pays dont la soumission restait douteuse K

On voit, par exemple, une de ces forteresses à Ksar Sbéhi [Gadiaufala], au sud-est de Constantine, dans une belle position ndlitaire, dominant l'immense plaine des Harakta, et à l'entrée d'un étroit passage qui donne accès à un pays montagneux, parcouru par l'oued Cherf et ses affluents. Il 3^ avait là un nœud important de routes, que la forteresse surveillait.

Élevée sur une croupe rocheuse, à 200 mètres à l'est du col, elle mesure 66", 40 de long, sur 58 mètres environ de large. Chacun des angles ofi'ro une tour carrée, saillante, de 10 mètres de côté. On distingue les traces d'une autre tour au milieu des faces ouest et est, et de deux sur la face sud La construction est excellente et indique une haute époque. Les pierres, presque toutes à bossage, ont jusqu'à i°',50 de longueur et

1. Voir dans Gagnât, l. c, p. 5C7 et so'w. , pas^lm, des renseignements sur ces ouvrages militaires. Je citerai ici quelques forteresses que je crois d'époque romaine :

Torrebaza, au sud-ouest de Tébessa (Gagnât, p. 584-583). — Ksar Tcbinet, près de Tébessa : fort romain qui surveillait une des routes de Theveste à Mascula; il fut plus tard transformé en huilerie. — Ilenchir Mghott, dans la région deGuelma: forteresse de S5 mètres de côté, flanquée aux angles de quatre tours carrées, non saillantes, et présentant à l'ouést une porte entre deux autres tours; elle fut remaniée à une basse époque (conf.Vigneral, /îia'we.s romaines du cercle de Guelma, p. 30 et pl. V ; Bernelle, Recueil de Constantine, XXVII, 1892, p. 62). — Ksar mta bent es Soltan, en Kabylie (Gagnât, p. 632). — Ksar Chebel, ibid. (Gagnât, p. 633-634). — Ksar Kebbouch, ibid. (Gagnât, p. 634-633). — Forteresse près de Bordj Ménaïel, ibid. (Viré, Recueil ■de Constantine, XXXIf, 1898, p. 41).

2. La face nord, entièrement délruite, devait présenter la même disposition.

LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'alGÉRIE

forment des assises de O^jS-o à 0",60, d'une très grande régularité. Malheureusement, cette citadelle a servi de carrière aux Byzantins, lorsque, sous Justinien, ils établirent une forteresse dans le col mémo, de manière à barrer complètement le passage^.

Nous n'avons mentionné jusqu'ici que des ouvrages militaires officiels, exécutés par les soins du gouvernement impérial et confiés à la garde de troupes régulières.

Mais ces constructions défensives ne suffirent pas, surtout en Maurétanie, pour garantir aux provinciaux une complète sécurité. Soit de leur propre initiative, soit sur l'invitation des princes et des gouverneurs, qui leur prêtèrent rni appui matériel, ils jîrirent des mesures pour se protéger contre des razzias de pillards et contre des insurrections subites. Un grand nombre de villes s'entourèrent de remparts.

Les archéologues qui ont parlé de ces enceintes ne se sont pas attachés, d'ordinaire, à i-econnaître leur date, à distinguer les murailles indigènes et l)yzantines des murailles romaines du reste, cette distinction est souvent difficile à faire. D'une manière générale, on peut dire que presque toutes les villes de la Maurétanie furent fortifiées à l'époque romaine ; au contraire, en Numidie, oii les révoltes et les incursions des barbares étaient moins à craindre, la plupart des villes restèrent ouvertes ...

1. Conf. Gsell, Recueil de Cojistanline,XXX\l, 1898, p. 267-268.

2. Aussi jugeons-nous inutile de donner ici une bibliographie.

3. A Guelma, on a signalé des restes d'une enceinte romaine, avec une tour circulaire, ainsi que d'une citadelle, pourvue de tours carrées, qui fut incorporée plus tard dans la place forte byzantine (Ravoisié, i?a;/)Zo/'a//o?î, II, p 20, 2-7; pl. 23; Grellois, Mémoires de V Académie de Metz, XXXIII, 1851- 1832, l"-" partie, p. 273). Tout cela a disparu. 11 en est de même des vestiges dre remparts romains qui existaient à Constantine : muraille avec une tour

Les murailles ont été construites de diverses manières. Ainsi, celles de Rapidtim, dont nous allons parler, et d'autres cités de la même région sont en pierres de taille. Sur le littoral de la Maurétanie, les enceintes sont presque partout en moellons, très fortement cimentés, avec deux parements en pierres de petit appareil. Dans le Tell oranais, on n'a souvent employé que des moellons bruts, liés simplement avec de la boue ou un détestable mortier ^

Nous n'étudierons ici que quelques-uns de ces remparts.

Le plus intéressant est peut-être celui de Rapiclam (Sour Djouab), à 27 kilomètres à l'ouest d'Aumale-. La ville antique couvrait environ 15 hectares ; elle s'élevait au milieu d'une plaine, sur un dos de terrain incliné vers le midi, et bordé au sud et au nord par deux ruisseaux, fossés naturels utiles à la défense (voirie plan, fig. 27). Rapidum, qui se trouvait sur la grande route militaire reliant Auzia (Aumale) à la vallée du Chélif, fut, au i"' et au ii" siècle, un des postes de la plus ancienne frontière de la Maurétanie. Il y avait là une garnison, formée, comme l'indiquent plusieurs épitaphes, de soldats de la deuxième cohorte des Sardes, peut-être aussi de cavaliers d'une aile de Thraces. Des vétérans s'établirent

semi-circulaire, sur le côté nord-ouest du Gapitole (Ravoisié, I, p. 16 et pl. 6; Delamare, pl. 119); tour dite Bordj Assous, à l'ouest de la ville (Ravoisié, 1, p. 16; Delamare, pl. 135; Revue africaine, IX, 1863, p. 147).

1. Par exemple à Aquae Sirenses (Hammam bou Hanéûa) : La Blanciière, Archives des Missions, 3° série, X, p. 38 et 63.

2. De Caussade, Mémoires de la Société archéoloqique de l'Orléanais, I, 1831, p. 249-230. Berbrugger, Revue africaine, IV, 1839-60, p. 47-59, 94-104. Id., Recueil de Constanline, XXVUI, 1893, p. 105. Chabassière, Revue africaine, Xlll, 1869, p. 313-318, 434-438, avec plans et dessins. Masqueray, Bulletin de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 206-220 et plan; II, 18S4, p. 66-73. Bull, de la Société de géographie d'Oran, 1890, pl. à la page 164. Gagnât, V Armée' romaine d'Afrique, p. 610-613. Robert, Revue africaine, XL, 1896, p. 299-303.

«2 LES .MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE

auprès du camp. Une tribu maure était aussi fixée en ce îieu. Deux inscriptions, recueillies aux portes occidentale et orientale de l'enceinte, nous apprennent que les vétérans et les indigènes africains habitant Rapidum élevèrent à leurs

Fu:. 27. — Plan de Sour Djouab [Rapidum).

frais, mais pourtant avec le concours du gouverneur de la province, un mur en pierres de taille, destiné à protéger leurs demeures '. Ce fait se passa en l'année 167 de noire ère,

I. Ephemeris epir/raphica, V, 935 et 1302 : vveterani et pagani consislentes «apiid Rapidum murum a fundamenlis lapide qiiadralo extruxerunt. »

SOUS Marc-Aurële et Lucius Verus. Le centre urijain do Rapidum fat ainsi définitivement constitué. Rapidum devint plus tard un municipe romain, sans doute dans la première moitié du iif siècle, après que la frontière militaire eût été poiiée plus au sud. Des rebelles la prirent et la dévastèrent, probablement lors de la grande insurrection qui troubla cette partie de la Maurétanie entre 253 et 260. Dioclétien et Maximien, dit une inscription découverte à la porte orientale, la firent réédifier depuis ses fondations et lui rendirent son ancien aspect ' . C'est à peu près tout ce que l'on sait sur l'histoire de cette ville.

L'enceinte, de forme irrégulière, est assez bien conservée, surtout au nord et à l'est : à certains en-

FiG. 28. — Sour Djouab. Porte de l'ouest,

droits, elle s'élève encore

à 4",50 au-dessus du sol actuel (voir planche XI). Elle est construite en grandes pierres de taille, disposées par assises régulières, de 0"',50 à 0°^,15 de hauteur; l'épaisseur du mur est de 0",50 à 0"',70. Il est probable que ce rempart est celui qui fut bâti au temps de Marc-Aurële. Les travaux exécutés sous Dioclétien durent le remettre en état; on y trouve un grand nombre de pierres qui attestent d'importantes restaurations, faitesavec des matériaux de démolition : morceaux d'architecture,

1. Ephem. epigv., V, 9o6 : « Municipium Rapidense ante plurima tempora « vebellium. incursione captum ac divutum at pristinum statum a fundamenlis: « restituenint. »

9i LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE

pierres à bossage, débris de pressoirs et de portes. En arrière du mur, il y avait, semble-t-il, une terrasse large de 3"", 50, qui formait le chemin de ronde : cette disposition se reconnaît encore assez nettement sur plusieurs points, particulièrement au nord.

Les abords de la ville étaient surtout accessibles du côté de Test. Aussi, pour renforcer la défense, avait-on établi sur cette face plusieurs tours rectangulaires, faisant saillie en avant du mur.

Les deux portes cpii s'ouvraient à l'ouest et à Test ont été dégagées par M. Choisnet, en 1882-1883'.

Celle de l'ouest [fuj. 28 et planche XII) se compose d'un hémicvde de 6"\90 de diamètre et, en arrière, d'un passage rectangulaire, large de 4", 60. Deux pilastres, à base moulurée, se dressaient à l'entrée de la partie rectangulaire et devaient porter une arcade-; par derrière ces pUastres, on Sour Djouab. Porte voit les trous dans lesquels s'enfonçaient

de l'est.

les gonds des vantaux de fermeture. La porte orientale [fig. 29) est d'ime architecture plus simple. C'est un couloir rectangulaire, de G mètres de long sur 4", 70 de large, rétréci à chacune de ses extrémités par deux pieds-droits qui encadraient jadis une baie cintrée. Ceux de la première baie ont des bases à moulures, derrière lesquelles sont creusés les trous pour les gonds des vantaux. Rien n'indique que cette porte ait été flanquée de tours.

^ . Peut-être y avait-il une autre porte an sud. Elle n"a pas laissé de traces bien distinctes.

2. 11 y avait, sans doute, une autre arcade à l'extrémité opposée de ce court passage, qui devait être surmonté d'une toiture. L'hémicycle était, au contraire, à cifl ouvert.

Intérieurement, la ville était divisée en trois quartiers, séparés par des murailles qui paraissent dater d'une époque assez basse, peut-être de la restauration de Dioclétien. Cette disposition avait l'avantage de faciliter la défense. Après la prise d'un quartier, les assiégés pouvaient se réfugier dans le quartier voisin : l'ennemi avait ainsi, pour prendre Rapidum, Irois places fortes à enlever successivement. Le quartier supérieur, au nord, était protégé par un rempart un peu moins fort et d'une construction moins soignée que l'enceinte de la ville, mais muni de tours carrées. Vers le milieu, une porte s'ouvre entre deux tours ; elle était

llllll I I u

précédée de deux CO- Fig. 30. — Sour Djouab. Porte entre les 1 / n ^r.\ -r quartiers nord et sud.

lonnes {/ig. 30). La muraille qui sépare le quartier du sud de celui de l'est, présente aussi une porte, défendue par deux tours. En arrière des pieds-droits, à base moulurée', qui encadrent la baie, on remarque, comme aux deux portes de la ville, des trous pour les gonds des vantaux {/ig. 31).

En dehors de l'enceinte, au nord-est, de nombreux débris de constructions paraissent indiquer l'existence d'un faubourg assez important 2.

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