Mélamjes de l'École de Rome, XIX, 1809, p
mur de soutènement. Des statues se dressaient en avant des colonnes. Ces constructions remontent à l'époque de Septime- SéYère(audébutdu m" siècle), sauf le Itâtiment central, qui paraît être plus ancien. Il comporte un sous-sol, divisé en cinq compartiments voûtés, — c'était sans doute là qu'on gardait le trésor de la, légion et les épargnes des soldats, — et une salle supérieure, dallée, qui aljritait un autel, auprès duquel ondevait déposer les enseignes. Plus tard, cette salle fut munie d'une al)side et servit peut-être aux réunions du collège des options, les plus élevés en grade des sous-officiers.
Quels étaient les autres édifices qui s'élevaient à l'intérieur de l'enceinte? Des fouilles ultérieures nous l'apprendront. Il ne faut pas oublier qu'à partir du règne de Septime-Sévère, la plupart des légionnaires logèrent hors du camp : ce prince permit aux soldats d'habiter avec les femmes qu'ils prenaient pour maîtresses. Mais il y avait évidemment, dans le camp de Lambèse, des arsenaux, des bureaux divers, des magasins, des écuries, un hôpital, une prison, etc.
■Le seul monument important qu'on j ait déblayé, outre ceux qui viennent d'être décrits, est un établissement de bains, situé au sud-est des scholae^ (en voir le plan, fig . 25). Ces thermes, dégagés partiellement en 1862 et en 1865, couvraient une surface d'environ 2. OOU mètres carrés. Ils paraissent dater de l'époque de Septime-Sévère'-^. On y a trouvé de menus frag-
1. Clierbonneau, Annuaire de Cons/antine, 18G2, p. 141-142. Barnéond, Recueil de Constanttfie, X, 18(16, p. 244-248, pl. XXVII-XXVIII. Gagnât, Guide de Lambèse, p. 42-43. Id., l'Année romaine, p. 536-338, avec un plan. Beury, Rec. de Conslanline, XXVllI, 1893, p. 96-07. — La plupart des camps contenaient des thermes. Une inscription trouvée à Pomaria (Tlemcen) mentionne le balneum caslrorum : Corpus, 99C8.
2. Conf. Wilmanns (trad. Thénedat), Bull, des antiq. afric, T, 1882-3, p. 239.
ments de peintures ^, qui revêtaient certaines parois, ainsi que des pavements en mosaïque, aujourd'hui presque entièrement détruits. La partie fouillée ^ présente deux salles [fngidaria]^ avec des piscines pour les bains froids, plusieurs grandes pièces [teindaria)^ que Ton chauffait à une température modé-
FiG. 23. — Thermes du camp de Lambése (échelle de l/600<-j.
rée pour ménager la transition entre le bain chaud et le bain froid; une salle circulaire, jadis voûtée, qui servait probable-
1. Beury parle d'<' une fort belle tête de Neptune avec ses emblèmes», qui décorait une des niches de la salle circulaire, située au milieu des thermes.
2. Le plan ci-contre est la reproduction (avec c[uelques corrections) du plan qu'a donné M. Gagnât et qui a été copié sur celui de Barnéond. 11 présente plusieurs inexactitudes, fort légères, il est vrai. Certaines parties (au nord) ne sont plus visibles aujourd'hui. — Explication de la légende : aa, entrées; 66, frifjidarki ; ce, piscines à eau froide ; rfrf, ee, salles, avec hypocaustes {tepidai-ia); f, laconicum (.'), avec hypocaustes; g, caldarium, avec hypocaustes; hhh, baignoires pour les bains chauds ; salles de service, vestiaires, couloirs. Des lignes en pointillé entourent l'ensemble des salles à hypocaustes.
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
mont (rétuve [laconicum) ; une salle rectangulaire [caldarhim)^ munie de trois piscines pour les bains chauds, etc. La mosaïque d'un des lepiclaria offrait, au milieu de motifs ornementaux, deux médaillons avec les bustes du Soleil et delà Lune.
Une autre mosaïque intéressante et d'une belle facture a été découverte, il y a environ un demi-siècle, dans la partie occidentale du camp. Ce pavement, qu'on a beaucoup endommagé, est insuffisamment protégé par une baraque s'élevant dans le jardin de la maison de détention. IlreprésenteBacchusetles quatre Saisons.
Telles sont les parties actuellement connues du grand camp de Lambèse.
Sur la frontière militaire, furent construits des camps permanents, qui étaient, en quelque sorte, des réductions de celui de la légion. Ils étaient occupés par des corps de troupes qui donnaient parfois leur nom au lieu où ils tenaient garnison. Nous citerons, parmi ces places d'armes', celles de Besseriani et de Bénian, dont le plan est encore bien distinct.
Besseriani [Ad Majores) se trouve à 115 kilomètres au sudouest de Té))essa, à l'un des angles de l'énorme massif montagneux qui sépare le Sahara des x'égions élevées de Tébessa, de Khenchela, de Timgad, de Lambèse. La citadelle romaine 2,
1. Pour d'autres restes de places romaines à la frontière, consulter Gagnât, l. c, p. SG3 et suiv. Voir en particulier ce qui est dit de Taddert, au sud de l'Aurès (p. 565) ; d'Ourlal, sur l'oued Djedi (p. 590-S92); de Tiaret, où l'on distinguait, il y a soixante ans, un castellum romain, englobé par la suite dans des fortifications plus vastes (p. 651-G52) ; de Sidi Ali Ben Youb, aujourd'hui Chanzy (p. 618); de Lamoricière (p. 619); de Lalla Marnia (p. 620, note 2; conf. Revue africaine, II, 18S7-I858, p. 3). — Au delà même de la frontière, il y avait encore des forteresses isolées : il n'est pas sûr cependant qu'elles aient été occupées par des troupes régulières. Voir, par exemple, les descriptions de celles de Bénia et de l'oued Ouerq, au sud-est et au sud-ouest de Téniet : Gagnât,/, c, p. 652; .loly, Bull. Comilé, 1898, p. 188-191.
2. Baudot, Recueil de Constant ine, XVII, 1875, p. 122-126 et pl. XV. Gagnât, l. c, p. 563-565.
placée à l'entrée du désert, barrait un des passages qui s'ouvrent à travers ces montagnes et dominait la plaine environnante d'une cinquantaine de mètres. Elle fut élevée au temps de Trajan, lorsque la frontière de la Numidie fut portée du nord de l'Aurès à la lisière du Sahara.
L'enceinte, en pierres de taille, forme un rectangle de 170 mètres de long sur 100 mètres de large, flanqué à chacun de ses angles par une tour carrée qui fait saillie à l'extérieur. Sur chaque face s'ouvrait une porte. Celle de l'est, qui subsiste, est une longue voûte en pierres énormes, sans pieds-droits, mesurant 3", 50 de hauteur. Elle était surmontée d'une belle inscription, couvrant quatre blocs, dont l'un est encore en place : c'était une dédicace à Trajan, gravée en 104 ou 105, parles soins de L. Minicius Natahs, légat de la légion III AugustaK Une ins(Tiption semblable ornait la porte méridionale, en face du Sahara-. Auprès de cette place d'armes, s'éleva peu à peu une ville, qui parvint au rang de municipe.
Bénian est situé dans le département d'Oran, à environ 35 kilomètres sud-sud-est de Mascara, un peu en deçà de la ligne frontière qui paraît avoir été constituée par Septime-Sévère au sud de la province de Maurétanie Césarienne. Le camp permanent qu'on établit en ce lieu ^ fut occupé par Va/a miliaria et désigné sous le nom même de ce corps de cavalerie. C'est un carré de 240 mètres de côté, protégé sur deux de ses faces par le lit d'une rivière (voir le plan, fig. 26). Le rempart, marqué partout par un fort talus, affleure le sol en beaucoup d'endroits ; il est formé