GROTTES ET ABRIS SODS ROCHES
Les demeures des plus anciens lial)itants de l'Algérie furent des huttes en branchages, des abris sous roches, des grottes naturelles.
Quelques-unes de ces grottes ont été explorées, dans le voisinage d'Alger et d'Oran, près de Saïda (dans le département d'Oran), en Kabylie, etc. Nous mentionnerons, en particulier, la grotte du Grand-Rocher, près de Guyotville, à 14 kilomètres au nord-ouest d'Alger, et celle des Troglodytes, à Oran.
Au Grand-Rocher', une sorte de couloir qui, s'il était complètement déblayé, donnerait passage à un homme marchant debout, conduit à une salle longue de près de 20 mètres, large de 4 à 5 mètres aux points les plus étroits, dans laquelle pouvaient s'abriter au moins vingt personnes; un soupirail naturel l'éclairé par en haut. La couche supérieure du terreau qui revêtait le sol de cette grotte contenait quelques débris de l'époque romaine. Plus bas, on a trouvé des fragments de poteries très primitives, faites à la main, cuites au soleil,
1. Voir, au sujet de cette grotte: Bulletin de la Société aUjérienne de climaiolor/ie, XII, 1876, p. 152-1S9, 188-196; Battandier et Trabut, f Algérie, p. 178-179.
2 LES MO>UMENTS ANïIQtES DE l'alGÉRIE
offrant des ornements gravés (losanges et clievrons), et ressemblant aux vases qui ont été recueillis dans les cavernes de Gibraltar. Il 3^ avait, en outre, quelques grossiers outils en silex, des aiguilles et des poinçons en os, enfin une quantité considérable d'ossements d'animaux, dont la chair et la moelle avaient nourri les troglodytes : bovidés, antilopes, chèvres, équidés, sangliers, chacals, lynx, hyènes, cerfs, gerboises; à ces ossements se mêlaient des restes humains. Un amas de cendres, situé hors de l'entrée, recouvrait deux petites liaches poHes en grès, des grattoirs en silex, deux carreaux en pierre dure, présentant une rainure médiane dans laquelle on aiguisait sans doute des instruments en os. A côté du soupirail, a été découvert un autre foyer, ménagé dans une anfractuositéde la roche : un grand nombre d'os humains, en désordre, y étaient confondus avec des coquilles comestibles, brisées pour l'extraction du mollusque, des débris de poteries grossières, plusieurs silex taillés en forme de grattoir et une petite hache policé
La grotte des Troglodytes se trouve dans le voisinage immédiat d'Oran, contre la l'oute de Tlemcen; elle a été explorée par MM. Pallary et Tommasini-. C'est une simple cavité, large de S mètres à 8", 40, profonde et haute de 3 mètres. Comme dans d'autres abris sous roches de la région d'Oran, on y a constaté l'existence de deux couches. La plus basse, de couleur blanchâtre, épaisse de 0", 85 au maximum, renfermait quelques ossements, entre autres ceux d'un grand bœuf d'une espèce
1. Une autre grotte, qui semble avoir été tiabitée par l'tioiiime dès une époque plus ancienne, a été découverte près d'Alger, à la pointe Pescade; elle a aujourd'hui disparu. Voir Bull, de la Société alg. de climatologie, V, 1868, p. 78-88; VI, 1869, p. 20-21, 24-26 et pl. m; XII, 14.Mri2, 186-188, pl. i et 11; Battandier et Trabut, l. c, p. 178.
2. Association française pour l'avancement des sciences, Congrès de Marseille (18'J1), II, p. 633-649.
indéterminée, une dent de rhinocéros, des pointes et desracloirs en calcaire, en silex et en quartzite, taillés sommairement sur une seule face. Ces outils remontent probablement à l'époque que les géologues appellent quaternaire. La couche supérieure, épaisse de 2 mètres environ, est formée d'un terreau noir, entremêlé de cendres. MM. Pallary et Tommasini y ont recueilh de nombreux objets en silex, entre autres des pointes de flèche finement travaillées ; trois haches polies en diorite ; de beaux poinçons, des harpons et des hameçons en os; des restes de parures en coquilles, souvent bariolées de rouge; des fragments de poteries avec des cordons en saillie et des ornements gravés (hachures, zigzags, losanges). Les ossements appartiennent à des espèces animales vivant encore dans le pays ou récemment émigrées : ânes, bœufs, moutons, chèvres, sanghers, gazelles, antilopes. Des œufs d'autruche, des coquillages marins ou terrestres, des tortues servaient aussi à l'alimentation des possesseurs de cet abri, qui étaient à peu près contemporains de ceux de la grotte du Grand- Rocher. Beaucoup d'os humains ont été trouvés pêle-mêle et presque toujours brisés : on s'est demandé si la caverne n'a pas été alternativement un lieu d'habitation et de sépulture, mais on peut aussi supposer que les troglodytes d'Oran étaient anthropophages.
Notre hvre devant être consacré aux monuments proprement dits, nous n'insisterons pas plus longuement sur ces grottes, dont l'étude est assurément fort intéressante pour l'historien comme pour le naturaliste, mais qui ne sont pas des demeures bâties ou aménagées par la main de l'homme'.
1. Pour les grottes et abris voisins d'Oran, voir Pallary, Matériaux pour Vhistoire primitive et naturelle de l'homme, XXII, 1888, p. 203 et 209; Assoc. franç. pour Vav. des sciences, Marseille (1891), II, p. 604; ihid., Caen(1894), II,
LES MONUMENTS AMIQUES DE l'aLGÉRIE