LA PORTA MAGGIORE ET LE TOMBEAU D'EURYSACES
L'aqueduc que l'empereur Claude construisit pour amener à Rome l'eau de l'Anio, et qui se joint près des murs à rAquj Claudia, traversait les deux voies Labicana et Praenestina tout près de leur jonction; les deux arches sous lesquelles passaient ces voies furent incorporées, au iir siècle, par Aurélien dans l'enceinte qu'il faisait hâtivement construire et devinrent la porte Praenestina^ depuis Porta Maggiore. Cette porte est entièrement construite en blocs de travertin, elle a 32 mètres de largeur et 24 mètres de hauteur et chacun des passages mesure 6 m. 35 de largeur et 14 mètres de hauteurrDes inscriptions rappellent les restaurations d'Auguste (an 5 av. J.-C), de Titus (79 ^P- J--C.) et Caracalla (212). La porte à travers laquelle passait la Via Labicana fut murée au temps d'Honorius.
Quand, en t836, on démolit les deux tours élevées pour flanquer la porte, un monument étrange fut découvert sous la plus méridionale des deux tours, c'est le tombeau du boulanger Eurysaccs. 11 se trouve juste en dehors de la porte et n'a pas son pareil dans le monde latin. Fier de son ancien métier, Eurysaces avait voulu que son monument funéraire le rappelât; il est sculpté de telle sorte qu'on dirait des pétrins ou des mesures de grain placés verticalement dans la partie inférieure du monument, horizontalement, et l'ouverture au dehors dans la partie supérieure; ils sont surmontés d'une frise dans laquelle sont sculptées des scènes de la vie d'un boulanger : on apporte et l'on monte du grain, on pétrit la farine, on enfourne les pains, on les pise. La corniche est d'ordre corinthien avec des rosaces
1. <;. Gatti, Archeoloi^ia, p. 3i. M. llùlsen iiuiique toutefois que ce dépôt. peut avoir été simplc;neiU composé des débris dont se déltarrassaient les poteries de l'Esquilin. Cependant il ressemble bien a un dépôt votif.
I>.\ l>ORT.\ MACiGlORE. -M )
et des consoles au-dessous de la cimaise. L'inscription porte en style relativement archaïque :
EST- HOC- MONIMENTVM ■ MARCEI VERGILIEI ■ EVRYSACIS • PISTORIS REDEMPTOR(IS) • APPARET(ORIBVS) ou ORVM
« Ceci est le monument de Marcus Virgilius Eurysaces, boulanger breveté des appariteurs », c'est-à-dire des subordonnés des magistrats'.
Le monument est en blocage revêtu de travertin. Ce tombeau n'est pas rectangulaire puisqu'il est bâti à l'intersection des deux routes; il mesure 8 m. 7.5 au Nord, 6 m. 8.5 à
Fig. 16. — La Porta .Maggiore {Piranesi, i7'56).
l'Est, r> m. 80 au Sud, 4 mètres à l'Ouest, sa hauteur est de 10 mètres. 11 semble dater du 1" siècle a^'ant notre ère.
A côté de sa tombe, Eurysaces avait fait construire celle de sa femme, il n'en subsiste plus rien que l'épitaphe : « Atistia fut ma femme, elle vécut la meilleure des femmes, ce qui reste de son corps est déposé dans ce panier à pain (Patiario) », allusion à la forme de son sépulcre. Cette inscription a été transportée dans le cloître des Thermes de Diocléticn.
I. Cette inscription se trouve actueliciiK^nl dans le musée des Tlieniies.
LES .M()M\1I:MS .\NTl(.)rES DE RO.ME.
SESSORIU.M OU PALATIUM SESSORIAXU.M
L'cg'lisc S. Croce in Gcriisalcmmc, qui est située près de la Porta Mag-g-iore, et, par conséquent, dans les Horti Spei \'etjris', n'est autre chose qu'une ancienne salle, de même que l'ég'lise S. Maria dcgli Ang-cli dans les thermes de Dioclétien. On ne sait rien de certain sur le monument dont elle est le dernier vestige important. 11 date, ce semble, du i" siècle et devint résidence impériale au iV siècle; la mère de Constantin. Hélène, en fit sa demeure favorite. Cette partie de la ville abonde en souvenirs de cette impératrice; dans le voisinage du Sessorium se trouvent des inscriptions à son nom. peut-être sa statue. Le domaine impérial s'étendait hors de la ville jusqu'à Centocelle : Hélène y possédait une villa dite a.i duos lauros, et on y voit aujourd'hui son mausolée, appelé Ter Pignattara. Constantin transforma l'une des salles du palais en église après y avoir ajouté une abside; toutefois, les colonnes datent du viir siècle ; les dimensions de cette vaste salle sont les suivantes : longueur 84 mètres, largeur 21 mètres, hauteur 20 mètres. Un peu au Nord, il existait une autre salle qui ne fut détruite qu'en 1744, par Benoît XIV pour « restaurer » l'église S. Croce. On appelait cette ruine Temple de \'énus et de Cupidon, il en subsiste dans la X'igna S. Croce une abside qu'on peut visiter.
L'AMIMllTHHATRE CASTRENSE
Non loin du Latran, tout près de l'église S. Croce in Gerusalemme et de la Porta .Maggiore, dans une de ces régions qui conservent quelque chose du recueillement et de l'abandon qui faisaient jadis le charme de Rome, on voit les derniers vestiges d'un amphithéâtre bcâti sur le même plan que le Colisée, mais beaucoup plus petit et qui fut peut-être une école d'entraînement ou un lieu de divertissement réservé aux soldats du camp prétorien; toutefois, l'emplacement du camp prétorien est assez éloigné, et l'on a supposé avec quelque vraisemblance qu'il s'agit, en réalité, d'un « amphithéâtre de cour », en relation étroite avec le Sessorium dont les ruines sont immédiatement
1. Le nom de Ad Sf'cin \'ctcrei>i donne à supposer qu'un temple à Sz-f-^, l'ICspeiance, s'élevail jadis en ce lieu; c'est peut-être le temple que Tite-Live mentionne comme ayant existé en l'an 477 a^\ J.-C. (Il, 5i, 1). Elaiïabal p()sésda de vastes jardins en cet endroit.