LA PIERRE NOIRE
(Lapis Niger).
A 29 mètres de la Curie et à 19 mètres de l'Arc de Sévère, se trouve un pavement composé de dalles en marbre noir qui a été découvert par leComnr. Boni, en janvier 1899. Il a 4 mètres sur 3 mètres, son épaisseur étant de o"',25 environ; il porte des traces évidentes d'incendie; une des dalles a été remplacée par une dalle de marbre blanc. Ce dallage est de l'époque de Dioclétien ou de ALaxence. Au-dessous, à r',40 de profondeur environ, on a découvert des pierres et des bases dont l'identilication n'a pu être établie avec certitude; évidemment nous sommes ici en présence d'un sanctuaire très ancien et très vénéré; le respect dont il semble avoir été entouré était dû peut-être à la présence d'une stèle qui est, d'ailleurs, l'objet le plus curieux et fait l'intérêt de ce lieu. C'est la fameuse pierre sur laquelle est gravée une inscription en caractères archaïques qui n'a pu être déchiffrée :#ette stèle a été rompue au tiers de sa hauteur, à ce qu'il semble; elle a, à la base, 47 sur 5 1 centimètres; elle est haute de45 à 61 centimètres ; l'inscription est boustrophédon, c'est-à-dire qu'elle se lit alternativement de gauche à droite et de droite à gauche, suivant le mouvement des bœufs qui labourent un champ. A peu de distance de cette pierre sont deux bases qui soutenaient peut-être, si l'on interprète bien les auteurs anciens, deux lions; ces bases ont 2™, 66 de long sur i"',3o de large, et l'espace compris entre elles est de i"',io; elles sont réunies à l'une de leurs extrémités par une pierre transversale de o™.46 de large. Entre elles est un dé en tuf de o'",52 sur
I . Cette louve est une œuvre ionique qui date peut-être du vi" tsiccle : il n'est donc pas impossible qu'elle remonte au temps des rois.
5'i LES MONUMENTS ANTIQUES DE RO.ME.
()'",7o, haut de o", 29. Derrière est une plate-forme de o^jôa sur r",6o qui ne porte aucune trace de superstructure.
Les anciens pensaient qu'en ce lieu se trouvait la sépulture soit deRomulus, soit de Faustulus, le berger qui prit soin des jumeaux, soit de Hostus Hostilius ancêtre du roi Tullus Hostilius.
11 semble probable qu'il faut étudier séparément les deux bases parallèles et l'inscription. L'inscription est sûrement très archaïque. M. Pais a tenté sans grand succès de la dater d'une époque voisine du iv^ siècle, on admet assez communément qu'elle peut être du temps des Rois, c'est-à-dire du vi' siècle. Les deux bases parallèles, entre lesquelles il existait peut-être une fosse où coulait le sang' des victimes, ne sauraient remonter, d'après l'étude stralig-raphique, qu'à l'époque de la République. Lntin il n'est pas certain que la stèle inscrite soit à sa place primitive; il est possible qu'on l'ait anciennement transportée d'un autre emplacement.
L'ARC DE SEi'TlME-SEVERE
L'arc de Septime-Sévère se trouve au pied du Capitole. Dég-agé des terres qui s'étaient amoncelées tout autour, il domine le Forum; dans l'antiquité, les cortèges passaient, à ce qu'il semble, non pas dessous, mais à côté. Cet arc fut érigé en l'an 20.3 en l'honneur de Septime-Sévère et de ses doux fils Caracalla et Geta. Caracalla ayant fait assassiner son frère, l'année même de leur avènement (212), ordonna qu'on martelât son nom sur l'inscription qui se lit encore au-dessus des arches, sur toute l'étendue de .la frise, de chaque côté du monument; on y remplaça les mots : ^
ET ■ P- SEPTIMIOGETAE • NOB ILISSIMO )■ CAESARI
par ceux-ci :
p p • OPTIMIS FORTISSIMISQVE ■ PRINCIPIBVS
La base de l'arc de Septime-Sévère est construite en blocs de travertin plaqués de marbre et la partie supérieure en marbre pentélique massif; il est formé de trois arches: celle du centre est large de 7 mètres, haute de 12 mètres; les arches latérales sont larges de 3 mètres et hautes de 7 m. 80; elles communiquent entre elles par deux passages voûtés. La hauteur totale du nio-
L'AKG DE SEPTlME-SliVKRE. 55
numcnt est de 2.3 mètres, sa loniiueur de 20 mètres, sa largeur de II mètres.
Cet arc ayant été élevé en commémoration des victoires de l'empereur et de ses fils sur les Parthes, les Arabes et autres barbares, les bas-reliefs qu'on y sculpta et qui sont d'ailleurs d'une facture médiocre, rappellent ces triomphes.
Les g'rands bas-reliefs placés au-dessus des portes latérales ont 4 m. go de long-, 3 m. 95 de haut.
Face tournée vers le Capitole :
Au-dessus de l'arche latérale de droite : siège d'une ville, peut être Hatra, un bélier bat la muraille et y a fait une brèche, les assiégés s'efforcent de la réparer. Entrée des troupes victorieuses à Babylone (igg). Au-dessous, une petite bande haute de o m. 70 dans laquelle est représentée la personnification de Rome couronnée d'une tiare et recevant l'hommage des nations vaincues; de nombreux chars tirés par des bœufs et des chevaux amènent le butin. Cette frise se trouve reproduite audessous des trois autres bas-reliefs. Les tympans de cette arche comme ceux de l'autre arche sont décorés par des figures représentant les fleuves qui arrosent les pays conquis, le Tigre et l'Euphrate. Les tympans de la grande arche sont ornés de victoires ailées, portant un trophée coiffé du bonnet phrygien; audessous de chaque Victoire est un personnage représentant une des quatre saisons et ayant les attributs de cette saison, une corbeille de fleurs pour le printemps, de fruits pour l'été, de raisins pour l'automne; la figure symbolisant l'hiver est en mauvais état (Côté gauche). A la clé de voûte, le dieu Mars. Audessus de l'arche latérale de gauche : La défaite du roi Artaban (201-202), le passage du Tigre et de l'Euphrate, la prise de Séleucie et de Ctésiphon.
Face tournée vers le Forum .
Au-dessus de l'arche latérale de gauche : En haut, l'Empereur Septime-Sévère harangue son armée au début de la campagne, il délivre son lieutenant La.'tus assiégé dans Nisibe, plus bas, il marche contre les Osroéniens, il prend la ville de Carrhce 1 197). Cette sculpture est en assez mauvais état de conservation. Au-dessus de l'arche latérale de droite : Soumission d'Abgar IX, roid'Osroène ou de Vologèse, roi d'Arménie (198); siège d'une ville, conseil de guerre'.
Sur les piédestaux des colonnes se voient des barbares prisonniers, de grandeur naturelle, conduits enchaînés par des
I. Bien entendu ces détcrniinalions ne sont que conjecturales, car l'ctat des sculptures et leur style ne permettent pas d'établir des certitudes.
56 LES MONUMENTS ANTigUES DE ROME.
soldats romains. Les colonnes ont 8 mètres de hauteur cl leur diamètre à la base est de o m. 80; elles sont en marbre précieux. L'architrave mesure 2 m. 10 de hauteur, la frise, 5 m. 60. Des ornements de bronze décoraient les chapiteaux et la frise.
jadis, d'après les médailles, un groupe de bronze était posé sur le faîte du monument; il représentait l'empereur debout dans un char à huit chevaux; de chaque côté étaient des trophées; aux extrémités, des cavaliers.
Jusqu'au x" ou au xi" siècle, l'arc continua à servir de lieu de passag-e; dans VOrdo Rominus il est prescrit que le pape doit le traverser en se rendant le lundi de Pâques du Vatican au Latran'. Mais bientôt l'arc se trouva encombré de constructions: d'un côté — du côté nord — s'élevait l'église des Santi Sergio e Bacco, dont on établit le campanile sur le sommet de l'arc; on le voit très nettement représenté dans les gravures duxvr sit'cle; de l'autre côté était une habitation ayant appartenu à un certain Cimini et que ses héritiers possédaient au temps d'Innocent III, en iigg. Plus tard l'arc devint, ce semble, un lieu fortifié, mais pour peu de temps. Il se trouvait sur le passage de toutes les grandes pompes romaines, des processions comme des cortèges pontificaux; on voit encore, dans la paroi latérale qui fait face au midi, des trous qui servaient à établir une tribune réservée aux magistrats du Peuple romain lors de la grande procession du i5 août; elle n'était pas fixe; on la démolissait après chaque cérémonie*. Au xvi' siècle, Léon X fit dégager l'arc. D'autre pan. le Conseil communal, ou plutôt les magistrats capitolins. qui ne formaient encore que l'embryon d'un corps municipal, consacrèrent, en 1469, une somme de i5 florins à la restauration de l'arc et de plusieurs autres monuments, une colonne située près des thermes de Dioclétien et le c cheval de Praxitèle », qui n'était autre que l'un des groupes de chevaux du Quirinal'.
En i52o, le Conseil, alors constitué, autorisa le sénateur Squarcialupi à opérer des excavations autour de l'arc pour y chercher des blocs de marbre en vue de la construction d'une loggia au Capitole; mais, comme on n'était pas sans quelque méfiance sur la façon dont les fouilles seraient conduites, une commission de huit à dix membres fut chargée de les suivre*.
Lorsque, seize ans plus tard, en i536, le pape Paul III reçut Charles-Quint, il voulut qu'il vît l'arc de Septime-Sévère dans son ensemble et, de même qu'il avait fait démolir sans hésita-
I M.\BiLLO.v, Mus. Italie, II. 143.
2. Cancellieri, Storia de' solenni Possessi, Rome, 1802. p. 98, n.