CHAMP DE MARS. A
boucle du fleuve. Dans son acception la plus large, il comprenait tout l'espace compris entre le Pincio [Collis Horforum), le Quirinal, le Capitole et le Tibre, sur une étendue de 2 kilomètres de long et d'un kilomètre de large. Son nom lui venait d'un autel élevé à Mars par Romulus, disait-on; c'est auprès de cet autel qu'il fut, selon la légende, assassiné par les sénateurs. Des ruisseaux sillonnaient cette plaine et y formaient des marais, entre autres le Petronia qui provenait d'une source située sur le Quirinal et nommée Caîi Fons; ce petit cours d'eau s'élargissait en un étang, Palus Caprœ, à l'emplacement où, plus tard, furent les bains d'Agrippa, par conséquent près du Panthéon. Dans la partie nord du Champ de Mars, jaillissait une source chaude; aussi donna-t-on à ce lieu, à ce qu'il semble, le nom de Campus Ignifer; c'était là que se trouvait le Taren/um où l'on célébrait les « Jeux séculaires ».
Toute cette plaine appartenait à l'État et elle était cultivée en partie pour la communauté; comme elle se trouvait en dehors du Pomœrium, c'est-à-dire de l'enceinte de la ville où n'étaient admis ni les soldats en armes, ni les étrangers, ni les dieux et les cultes « pérégrins », c'était là que se pratiquaient les exercices militaires, que l'on passait les revues, que les consuls faisaient les levées, que les triomphateurs attendaient, à la tête de leurs troupes, le moment de faire leur entrée dans la ville, qu'étaient reçues les ambassades et que s'élevaient les temples voués à des divinités étrangères.
Au début du r' siècle avant notre ère, une petite portion des terrains du Champ de Mars située vers le Capitole fut vendue pour subvenir aux dépenses de la guerre contre Mithridate. On sait combien ces aliénations sont dangereuses; de nombreuses maisons s'élevèrent rapidement sur le Champ de Mars si bien qu'Auguste annexa ce nouveau quartier à la ville. Cependant le Champ de Mars ne fit réellement partie du Pomœrium qu'à la tin de l'empire, lorsque Aurélien l'engloba dans son enceinte.
Comme c'était le seul lieu de Rome où l'on pût édifier ces immenses monuments, portiques, thermes, lieux de spectacles, grâce auxquels la puissance impériale i^'imposait à l'admiration et à l'affection de la foule, d'innombrables édifices s'y élevèrent jusqu'à la fin de l'Empire. On pouvait presque aller de la'région des Forums au château Saint-Ange sous des colonnades et des portiques à l'abri des ardeurs du soleil ou des morsures de la bise. 11 ne subsiste presque rien de tant de merveilles parce qu'au moyen âge la population de Rome s'établit presque uniquement dans cette région à cause de la proximité du fleuve et de la facilité plus grande des communications.
Deux rues traversaient le Champ de Mars, la Via Lata, continuation de la Via Flaminia, qui est le Corso actuel et une autre voie qui lui était presque perpendiculaire: celle-ci rencontrait la Via Lata vers la Piazza Colonna et joignait le fleuve en suivant à peu près le tracé des rues Acquasanta, délie Coppelle, S. Agostino, dei Coronari ; une autre rue dont le nom est ignoré, formait un triangle avec ces deux rues, elle est devenue la \'ia Ripetla actuelle.