LE TEMPLE DE VESTA
pas facile de comprendre comment il se fait qu'à Rome cette divinité suprême se soit incarnée en une déesse; il est possible que la plus ancienne divinité romaine du feu soit Vulcain. Le temple de \'esta est essentiellement le foyer de la cité: il correspond à ce qu'étaient, dans les cités grecques, les prytanées, constructions qui paraissent avoir été, comme les sanctuaires de \"esta, circulaires; on discute même pour savoir si le nom de \'esta est italique ou n'est pas plutôt une transcription du nom <:^rcc du foyer, Hestia. A l'orig-ine, Rome paraît avoir eu autant de foyers que de curies, et c'est Numa qui passe pour avoir réuni tous les foj'ers des curies en un foyer unique. La déesse Vesta présente ce caractère particulier qu'elle est très rarement fig-urée sous forme humaine-: nous savons cependant que, dès l'époque républicaine, il existait, à l'entrée du temple de \'esta, une statue de la déesse.
L'éditice, appelé Temple de \'esta, situé entre le temple de Castor et la .Maison des Vestales, n'était pas à proprement parler un temple n'ayant pas été consacré, cependant les Romains l'entouraient d'une vénération toute particulière, car l'origine en remontait aux commencements de la ville, au temps où l'on confiait aux jeunes filles de la tribu qui ne pouvaient pas participer à ses rudes travaux le soin d'entretenir le foyer commun; le laisser s'éteindre eût été une catastrophe, car il était difficile alors de rallumer un feu. Une hutte l'abritait, ronde comme celles où l'on vivait. Numa la remplaça par un teinple qui reçut la même forme. Les temples de \'esta comme ceux d'Hercule sont d'ailleurs toujours circulaires. Souvent il fut détruit, par les Gaulois dabord puis par les nombreux incendies qui ravag-èrent celte région, mais toujours on lui conserva son aspect primitif.
Le temple de Vesta contenait dans un lieu appelé Penus Vestœ^ des objets sacrés; ils avaient pu être sauvés chaque fois que le temple avait été incendié ou passaient pour l'avoir été et furent replacés dans le temple reconstitué; ainsi, en 241 av. J.-C. le g-rand-prêtre, Cœcilius Metellus, parvint à les retirer des flammes mais perdit dans ce sauvetage un œil et un bras. Le principal de ces objets était le PalLidium, que l'on imagine avoir été une petite statue archaïque de Pallas à la conservation de laquelle le sort de la ville était attaché*. Nul, pas même le grand-prêtre, ne pouvait regarder le Palladium sans perdre la vue.
1. D'aucuns pensent que le Penus l'estx se trouvait dans la maison des Vestales.
2. D'après certains érudits compétents, le Palladium était certainement un fétiche ou un ensemble de fétiches.
76 LES MONUMENTS ANTIQUES DE ROMi:.
La dernière restauration est celle de Julia Domna, femme de Septime-Sévère*.
Ce temple ressemblait au petit temple rond qui est en face de S. Maria in Cosmedin et dont il sera question plus loin. Le soubassement sur lequel il s'élevait est circulaire, en blocage; on y retrouve des parties datant des diverses reconstructions du temple, ce qui prouve qu'il n'a pas chang-é de forme; ce soubassement se compose de quatre couches superposées; la première qui remonte aux Flaviens a 2 m. 17 d'épaisseur et i5 mètres de diamètre; les autres n'ont pas, à beaucoup près, la même épaisseur; la dernière est du temps de Septime-Sévère; au centre de ce podium, on a découvert une cavité, favissj, d'environ 2 m. 3o de côté et atteignant presque le sol. A quoi pouvait-elle servir? Peut-être à y accumuler les cendres du feu que le grand-prêtre faisait emporter ensuite tous les ans au i5 juin, à ia fête des Ve'italiâ, et jeter en dehors de la porte Stercoraria. Les mariages qui avaient lieu un peu avant cette date étaient réputés funestes-. Le grand-prêtre éteignait à cette occasion le feu et le rallumait en frottant du bois comme aux temps archaïques; plus tard on employa une lentille qui concentrait les rayons du soleil, la lumière la plus pure qui existât^. Ce soubassement est tout ce qui reste du temple. On accédait à la cella par un petit escalier dont on trouve des traces à l'Est.
La cella, construite en marbre blanc, avait 8 m. 60 de diamètre; elle était entourée de dix-huit ou vingt colonnes d'ordre corinthien de 4 m. q.S de haut et de o m. 5o de diamètre : la toiture était recouverte de tuiles de bronze syracusain doré : un orifice central percé dans le toit laissait sortir la fumée du feu sacré; très tardivement, un ornement de bronze en forme de fleur, d'aucuns pensent une statue*, décora le sommetde l'édifice.
Autour du temple au Nord et au Sud-ouest, ont été -trouvés des débris des sacrifices qu'on y faisait, ossements, cendres, poteries, statuettes.
Ce temple était encore presque intact quand il fut dégagô| vers 1489, au temps de Fra Giocondo; la fabrique de l'églist S-iint-Pierre le fit détruire en 1549 pour se procurer de la chauxJ