ÉPOQUE ROYALE ET DÉBUT DE LA RÉPUBLIQUE
IL ne subsiste à Rome aucune trace de ces murs de gros blocs mal équarris, polygonaux, comme il s'en rencontre encore dans mainte ville de l'Etrurie ou du Latium et dont on a longtemps attribué la construction à de m3'stérieux peuples pélasgiques. On ne devra pas conclure de cette observation que Rome est de fondation plus récente que les villes qui s'enorgueillissent de tels monuments, car les archéologues ont récemment démontré que les acropoles dites pélasgiques (par exemple, celle de Norba) sont parfois de date très peu ancienne.
Les vestiges artistiques et monumentaux les plus anciens que l'on retrouve à Rome, et qui peuvent dater du vr' siècle avant J.-C, seraient : des fragments de frise en terre cuite qu'on a recueillis au Capi-tole et qui doivent provenir du temple antique que Tarquin éleva à Jupiter Capitolin, — la Louve de bronze, que l'on voit aujourd'hui au Palais des Conservateurs (et dont une patte paraît porter la marque d'un coup de foudre), belle œuvre archaïque de style ionien, — la prison du Tulliamim , dont la curieuse voûte en encorbellement, mutilée dès Tanliquité, évoque pour les modernes le souvenir des tombes en ruche (tholoi) de l'époque Mycénienne, — et peut-être quelques vieux murs de pierres bien taillées, p:ir exemple, au Palatin.
Les urnes-cabanes trouvées dans le cimetière du Forum, identiques aux urnes-cabanes des Monts Albains et de l'Etrurie Méridionale, nous donnent une exacte image des premières cabanes romaines.
Les Etrusques, dit-on, enseignèrent aux Romains des méthodes d'architecture savantes ; ils leur apprirent à construire des voûtes d'appareil ; la doaca maxima était considérée comme un chef-d'(jeuvre de cet art étrusque, mais on n'a pas encore achevé
de dislinyuer avec certitude quelles sont les parties vraiment anciennes de cette cloaca, si souvent restaurée. Les temples romains devaient sans doute imiter ces temples étrusques, à charpente de bois, et par suite à très larges entrecolonnements, à frontons surplombants, dont on peut voir à la villa Giulia une curieuse restauration. La décoration était composée de fig-ures en terre cuite, d'antéfixes légères, de frises peintes : c'est dans ce goût que les Grecs Gorgasos et Damophilos furent chargés en 498 avant J.-C, si Ton accepte la tradition, de décorer le temple de Cérès, voisin du Forum Boarium.
Depuis le temps des rois étrusques jusqu'au m" siècle avant J.-C, il serait malaisé de retracer une évolution de l'art romain. L'architecture demeure caractérisée par la construction en pierres appareillées, disposées en lits horizontaux, sans mortier. C'est l'appareil dit Servien, celui des vieux murs du Palatin, de la Roma Quadrata, des murs de soutènement voisins de S. Gregorio, de S. Martino dei Monti, ou bien encore de ces très vieilles constructions que des fouilles récentes ont momentanément dégagées au pied de l'arc de Titus et que les archéologues ont été incapables d'interpréter. Il est difficile de distinguer entre ces vieilles constructions une succession chronologique; les pierres des murs les plus anciens ont été taillées selon le pied osque de 27 centimètres, non selon le pied romain de 29 centimètres, et, par suite, ces murs seraient antérieurs probablement au milieu du V siècle avant J.-C. D'autre part, la pierre utilisée fut d'abord du mauvais tuf superficiel des collines romaines qu'on appelle cappellaccio, plus tard, le tuf jaune ou rouge des couches profondes, plus résistant, et qui parait avoir été extrait principalement des carrières voisines de S. Saba sur TAventin.
La décoration des édifices demeurait en terre cuite. En ki.t, Caton reproche aux Romains, comme une coupable innovation, leur mépris pour les statues divines de terre cuite, antejixa, ficlilia. deorutJi, et leur engouement pour le style grec.