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LE MONUMENT À SIR GEORGES-ETIENNE CARTIER

PARC JEANNE-MANCE, À MONTRÉAL

E monument Cartier, au parc Jeanne-Mance, à Montréal,

a été érigé pour perpétuer la mémoire de sir Georges-

Etienne Cartier, à l’occasion du centième anniversaire de

sa naissance. Les fêtes du centenaire de Cartier eurent lieu en

1914; mais sa statue, à cause de la Grande Guerre, ne fut dévoilée que le 6 septembre 1919.

Le sculpteur du monument Cartier, M. G.-W. Hill, canadien de naissance, a étudié à l’Académie des Beaux-Arts et à l’Ecole Julien, à Paris.

M. l'abbé Elie-J. Auclair décrit cette pièce artistique dans les termes suivants :

‘Ce monument imposant mesure cent pieds de hauteur. Il est fait d’une gigantesque colonne, surmontant une large base solide, autour de laquelle se groupent divers motifs en bronze. La colonne et sa base sont en granit gris canadien. Au pied du monument, sur le devant, se voient quatre statues en bronze. Ce sont Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et Nouvelle- Ecosse, les quatre provinces entrées dans la Confédération dès 1867. Un ruban en bronze relie les quatre allégories et sur ce ruban on lit l'inscription : O Canada, mon pays, mes amours! La statue qui représente Québec a les yeux tournés vers la statue de Cartier lui-même, placée un peu plus haut. Ce Cartier, fort ressemblant, est en bronze et mesure onze pieds. Il se trouve au centre même de la base de la colonne. Le héros tient dans sa main un papier roulé sur lequel se lit l'inscription : Avant tout, soyons canadiens. Au-dessous des quatre statues représentant les quatre provinces, une troisième inscription porte : Nous sommes de races différentes, non pas pour nous faire la guerre, mais pour travailler ensemble à notre propre et commun bien-être. Au-dessous de la statue de Cartier, et sur son écusson (de chevalier) en bronze, se voient les mots de sa devise : Franc et sans dol, tandis qu’au-dessus, vers le haut de la colonne, l’écusson de Montréal est gravé dans le granit. A la base du monument encore, mais à l’arrière, cinq autres statues en bronze ont été placées : Prince-Edouard, Manitoba, Colombie, Alberta et Saskatchewan, les cinq dernières provinces entrées l’une après l’autre dans la Confédération canadienne. Elles aussi, elles sont

reliées par un ruban portant, en anglais, cette inscription : La défense du drapeau est une des bases de la Confédération. Au-dessus de ces dernières figures, à l’arrière toujours, et au même niveau que la statue de Cartier, s’en trouve une autre, symbolique celle-là, également de onze pieds, qui représente un soldat défendant le drapeau. Au bas du groupe de ces cinq provinces, on lit cette autre inscription : Le Canada doit être un pays de liberté, et toutes les libertés doivent être protégées par la loi. Ajoutons que chacune des neuf statues porte, sur la poitrine, un bouclier orné de l’écusson de la province qu’elle personnifie. Au centre des quatre figures des plus anciennes provinces, à la base de la façade, on lit l'inscription principale : À Cartier, la reconnaissance et l'admiration d’un peuple. À droite et à gauche de la base du monument sont encore des groupes symboliques, composés chacun de trois statues : Ils représentent la Législation et l'Education. Surmontant la colonne et dominant le tout, un gros globe sphérique en bronze, de quatre pieds de diamètre, supporte une statue aïlée de la Renommée qui a dans sa main une couronne qu’elle fait le geste de venir déposer sur la tête de Cartier. Cette Renommée mesure dix-huit pieds, et l'expansion de ses ailes, vingt. Elle pèse douze mille livres. Enfin à chacune des quatre approches du monument, est placé un piédestal de granit, qui sera surmonté par des lions en bronze mesurant chacun neuf pieds de hauteur par trois pieds huit pouces de largeur...”

M. l’abbé Auclair se demande ensuite :

‘Ce monument est-il beau, est-ce une œuvre d’art, est-ce un chef-d'œuvre ? Il est certain qu’il est riche... Il a coûté plus de cent mille dollars... et qu’il a grande allure. Les figures et les sentences qui le décorent sont sûrement bien choisies. Les groupes symboliques sont vraiment d’heureuse venue et tous très significatifs. L'auteur, le sculpteur Hill, est du reste un artiste de réputation. Il nous paraît toutefois, qu’on nous permette cette franchise, que s’il a fait grand dans l’ensemble et s’il a réussi dans les détails ses divers groupes et ses diverses figures — notamment la figure de Cartier qui est bien vivante — il n’est pas arrivé à faire parler son monument, comme le Maisonneuve d’Hébert, par exemple, ou la Jeanne Mance du même. Cartier n'est-il pas, en effet, un peu écrasé par l’immense colonne sur laquelle il s'appuie ? C’est ce que plusieurs prétendent non sans raison. Et puis, cette Renommée aux ailes étendues, trop court vêtue à notre goût et qui paraît en équilibre instable au sommet de la colonne, n’aspire-t-elle pas à descendre ? Il reste quand même, nous l’avons dit, que, dans son ensemble, ce monument a grande allure (1).”

(1) Revue Canadienne, nouvelle série, vol. XXIV, p. 241.

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