CIMETIÈRE MOUNT-HERMON, À QUÉBEC
E 14 octobre 1866, le feu détruisait complètement la partie du faubourg Saint-Roch épargnée lors du désastreux incendie de 1845, et tout le faubourg Saint-Sauveuf, avec
son église, son couvent et son école des Frères. Près de 3000 maisons furent détruites et plus de 15,000 personnes se trouvèrent sans asile.
Au cours de cet incendie, le lieutenant Henry-Edward Baïines, de l’Artillerie Royale, se préparait avec ses compagnons d’armes à faire sauter une maison au coin des rues Saint-Anselme et Prince-Edouard, lorsque la poudre prit feu avant le temps, et le jeune officier, lancé à une hauteur de trente pieds, retomba avec les décombres de la maison. Relevé grièvement blessé, le lieutenant Baines fut transporté à l’Hôpital-Général où, le 27 octobre, il succomba au tétanos après d’horribles souffrances qu’il supporta avec une patience inaltérable..
Le 29 octobre 1866, M. Joseph Cauchon, maire de Québec, lançait la proclamation suivante :
‘ J'invite les citoyens de Québec à assister aux funérailles du lieutenant Baïnes, de l’Artillerie. Cet acte extraordinaire de ma part est justifié par les circonstances extraordinaires qui ont présidé à la mort de ce noble et infortuné jeune homme. Il a donné sa vie pour sauver nos propriétés, et puisque nous ne pouvons faire plus pour lui, montrons-lui au moins notre reconnaissance et nos vifs regrets en conduisant à leur dernière demeure ses restes mortels.” |
Les funérailles du lieutenant Baïines, qui eurent lieu le 31 octobre 1866, furent une véritable apothéose. Le cortège funèbre se composait de toutes les troupes de la garnison, des milices de la ville, des juges, du maire Cauchon et de tous les membres du conseil, des membres du barreau, des ministres protestants, etc., etc. Plusieurs prêtres suivirent le corps jusqu’à la cathédrale anglicane. Après une courte cérémonie, présidée par les Révérends MM. Housman, Innes et Woolrich, la procession se remit en marche pour le cimetière Mount-Hermon où eut lieu l’inhumation.
Le 3 novembre 1866, avait lieu une assemblée des citoyens de Québec pour élever un monument sur la tombe du lieutenant Baines. On décida de prélever des souscriptions pour cet objet.
En peu de temps une somme de $850 fut recueillie par le comité.
Après avoir mis de côté la somme nécessaire pour payer le monument qu’on voulait élever à l’endroit même où reposait le jeune héros, le comité, par l’entremise du maire Cauchon, fit transmettre à la mère du lieutenant Baïines, en Angleterre, un certain montant, avec prière de faire placer dans l’église de Brixton, une pierre tumulaire qui redirait pendant longtemps encore le nom de son fils et le souvenir de son action si belle et si digne (1).
C’est dans l’été de 1867 que le monument dû à la reconnaissance des citoyens de Québec fut placé sur la tombe du lieutenant Baines au cimetière Mount-Hermon.
Ce monument, de style égyptien, est un obélisque de dixhuit pieds de hauteur placé sur une base de quatre pieds et dix pouces. L’obélisque, taillé par le ciseau du sculpteur québecois F. Morgan, est de belle exécution. Il porte l’inscription suivante:
ERECTED BY THE CITIZENS OF QUEBEC TO PRESERVE THE MEMORY AND TO RECORD THEIR GRATITUDE FOR THE GALLANT SERVICES OF LIEUT. HENRY-EDWARD BAINES, ROYAL ARTILLERY WHOSE DEATH WAS OCCASIONED BY HIS NOBLE EFFORTS TO ARREST THE PROGRESS OF THE CALAMITOUS FIRE WHICH, ON THE 1l4ATH OCT., 1866, DESTROYED A LARGE PORTION OF THE CITY.
BORN AT SHREWSBURY, ENGLAND, APRIL ATH, 1840 / DIED AT QUEBEC OCT. 27, 1866
Au-dessus de l’épitaphe on a gravé de façon très artistique les armes de l’Artillerie Royale avec, dans un cartouche, la devise du régiment du lieutenant Baines : Quo fas et gloria ducunt.
(1) Madame Baïines s’occupa sans retard de faire exécuter ce projet et, peu après, elle apprenait au maire de Québec que les intentions de ses concitoyens étaient réalisées. Les religieuses de l’'Hôpital-Général conservent précieusement un dessin du monument érigé dans l’église de Brixton. Il leur fut envoyé par madame Baïines elle-même.