CIMETIÈRE BELMONT, À QUÉBEC
premier homme de lettres canadien-français qui a eu
l’honneur d’avoir un monument élevé à sa mémoire. Garneau décéda à Québec le 3 février 1866. Sept jours plus tard, le 10 février, les principaux citoyens de Québec se réunissaient dans le salon des marguilliers au presbytère de Notre-Dame de Québec, pour aviser aux meilleurs moyens à prendre afin d’honorer la mémoire du grand historien et patriote. On décida de lui élever un monument.
Le 15 septembre 1867, on faisait la translation des restes de François-Xavier Garneau de la voûte où ils avaient été placés temporairement au cimetière Belmont, à l’endroit préparé sous le monument érigé à sa mémoire.
Plus de deux mille personnes étaient présentes à cette translation.
L’honorable M. Chauveau prononça sur la tombe de l’historien un discours éloquent et qui tira des larmes abondantes de bien des yeux. Citons la péroraison de cette pièce émouvante :
NE historien national, François-Xavier Garneau, est le
‘ Adieu, mon ami, adieu, au souvenir d’abord de notre longue amitié, au souvenir de ces douces causeries où vous aimiez tant à nous parler de l’avenir de notre cher Canada ! Adieu et merci ! Merci des beaux sentiments que vous avez fait germer dans les âmes, merci du bien que vous avez fait à notre jeunesse, merci de vos grands, de vos sublimes exemples !
‘* Adieu, au nom de votre famille, à qui vous léguez un si beau nom ; adieu, au nom de ceux que vous avez tant aimés !
‘ Adieu, au nom de votre pays! Jouissez en paix, jouissez de votre double immortalité. Dans ces grandes destinées qui s'ouvrent devant lui, le Canada ne vous oubliera pas; les peuples rivaux qui nous entourent apprendront dans vos œuvres à aimer nos ancêtres, ils réclameront leur part de notre glorieux héritage.
‘Soyez tranquille. Quelque chose qui arrive, notre pays, notre nationalité chérie ne manqueront point de défenseurs. Nous vous le promettons, au nom de cette jeunesse, de cette foule recueillie qui entoure votre tombe. Et puis, le ciel n’est pas une prison ! Les hommages rendus à votre mémoire, vous les voyez, n'est-ce pas ? Ces beaux sentiments que vous avez
semés, vous les verrez germer, grandir, se développer. Du sein de l’immortalité, vous planerez, esprit bienfaisant, sur notre avenir. Car déjà vous avez été, ou, grâce à la sainte prière, bientôt vous serez reçu là-haut par votre aïeul, ce bon vieux Canadien, qui, de sa main tremblante, nous disiez- -VOUS, VOUS montrait le théâtre des derniers exploits de nos ancêtres ; par votre père qui vous donna l’exemple du courage et du travail : par votre mère qui vous fit si bon, si sage, si vertueux ; par cette autre mère à nous tous catholiques, dont la vôtre vous apprit à balbutier le nom, nom qui revenait si souvent sur vos lèvres dans les épreuves de votre cruelle maladie ; par tous les héros canadiens que vous avez tirés de l'oubli. Vous ne connûtes que les saintes joies de la famille, que les austères plaisirs de l’étude, que les paisibles triomphes des lettres ; votre bonheur, votre gloire doivent être proportionnés à vos sacrifices.
‘Ici vos restes mortels reposeront sous cette pierre tumulaire, sur ce champ de bataille que vous avez célébré, non loin de cet autre monument que vous avez eu la joie de voir élever à nos héros, au milieu de cette grande nature que vous avez tant appréciée. Ces grands pins qui vous entourent conserveront en votre honneur leur sombre verdure, et les oiseaux d’hiver, sujet d’une de vos poésies, viendront y gazouiller sur votre tombe. Ces lumières errantes de notre ciel boréal, que vous avez aussi chantées, se réuniront au-dessus de vous en couronne aux mille couleurs. Les restes des héros, qui vous entourent, tressailliront peut-être auprès des vôtres ; les derniers indigènes, dont vous avez reproduit la plainte, erreront autour de cette enceinte ; vous entendrez peut-être des bruits étranges, et vous direz encore comme en vos vers harmonieux :
Perfide illusion, au pied de la colline, C’est l’acier du faucheur !
‘* Cette foule religieusement émue va s’écouler ; le silence va se faire en ces lieux, la nuit va descendre, maïs à votre égard le silence et la nuit ne se feront jamais dans nos âmes !
‘* Adieu, encore une fois, adieu ! ”