LA HALTE DANS LA FORÊT
PLACE DU PALAIS LÉGISLATIF, À QUÉBEC
A fontaine monumentale qui est en face de la façade principale du Palais législatif de Québec est surmontée d’un groupe sauvage, la Halte dans la forêt, du sculpteur Phi-
lippe Hébert. Ce groupe fut exposé à l’exposition universelle de Paris en 1889 et fut admiré par tous les connaisseurs. En fait, la Halte dans la forêt est une des créations les mieux réussies de Philippe Hébert.
C’est le souvenir des premiers habitants du sol, les Algonquins qui habitaient la région de Québec, lors de la fondation de la capitale, qu’on a voulu rappeler aux générations actuelles en donnant à l’œuvre de Hébert la place d'honneur dans les décorations extérieures de notre Palais législatif.
M. Benjamin Sulte a donné la description suivante de la Halte dans la forêt :
‘ Le personnage du centre est le père de famille; il se tient debout, les deux mains appuyées sur son arc et, la tête tournée, regarde partir la flèche que son fils lance dans l’espace pour s'exercer au tir. Ce jeune homme a mis un genou à terre pour mieux raffermir sa pose. De l’autre côté est accroupie la mère qui active un feu de camp, mais qui tourne aussi la tête pour voir partir la flèche. Entre la jambe droite du père et le dos de la mère est blotti un bambin qui semble avoir peur du coup qui va partir, comme si l’arc de son frère était une carabine de nos jours.
‘ C’est superbe ! C’est enlevant ! Ajoutons que les détails sont strictement conformes pour le costume, etc., à ce que l’histoire nous enseigne touchant les Algonquins de Québec, au moment de la découverte du Canada.
‘ L'impression générale que l’on ressent à la vue du groupe est celle-ci : Quatre personnes immobilisées par l’attente de ce qui va arriver dans un instant ; et, cependant, il règne une vie extraordinaire dans tous les corps. Je vois qu’ils se sont arrêtés soudain à la voix de l’un d’eux qui a dit: “ Chut!”
‘ La tête de la mère est, je crois, la mieux réussie. Celle du père est très remarquable. Les jambes du père sont bien étudiées. L’avant-bras du tireur, surtout vers la main, est d’une souplesse parfaite : on sent qu’il va lâcher la corde. Le bras
de l'enfant qui cherche à entourer celui de sa mère, a toute la grâce enfantine que le sujet exige ; c’est la nature même.
‘* Le foyer, la hache de pierre, les fougères du sol, le carquois posé dans l’herbe, les énormes panaches d’orignal empilés derrière le tireur et jusqu’à la hauteur des jambes du père, tout cela est rendu avec une vérité et un charme artistique rares — je dis rares, car de toutes les sculptures que j'ai vues, aucune ne m'a causé autant de satisfaction (1).”
(1) Le Canada, d'Ottawa, 5 juin 1889.
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