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‘ On désigne sous ce nom générique de monument commémoratif toute œuvre d’épigraphie, de peinture, de sculpture ou d'architecture, et le plus souvent l'édifice comprenant toutes ces données primordiales et ayant pour but de perpétuer le souvenir d’un événement important ou celui d’un homme célèbre, et quelquefois ces deux souvenirs associés. En réalité, inscriptions, peintures, mosaïques, vitraux, basreliefs, statues ou constructions, quelle que soit leur importance, reçoivent ce caractère de monument commémoratif de l'intention qui a dicté leur conception et de la réalisation de cette conception, même en dehors de tout mérite artistique. Aussi l’origine des monuments commémoratifs peut-elle se rattacher à l’origine de la civilisation et, avant que la pratique de l'écriture ait permis aux hommes primitifs de tracer sur un rocher une inscription rappelant un fait ayant frappé leur imagination, ces hommes, encore à l’état aujourd’hui qualifié de sauvage, dressaient des pierres brutes de grandes dimensions pour conserver à leurs descendants untémoignage palpable de ce fait dont, seule, la tradition orale devait perpétuer le souvenir et que bientôt la légende allait dénaturer et aussi transfigurer. Dans de telles données, très longue serait la liste des monuments commémoratifs, même des seuls monuments de celle nature encore existants, dus aux différents peuples qui se sont succédé sur toute l'étendue de la terre ; en outre, tous ces monuments offrent les caractères les plus variés et souvent chez un même peuple, suivant les périodes successives de la civilisation de ce peuple; enfin ces monuments se rattachent aux inspirations les plus multiples de l’histoire politique, religieuse, économique ou familiale. Aussi y a-t-1l lieu de se borner à citer des exemples pris entre tous pour ne donner encore qu’une faible idée des origines, des formes et des méri- Les artistiques s1 divers des monuments commémoratifs depuis l’antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours.
‘ Au point de vue architectural, il n'y a pas lieu de s'arrêter aux inscriplions gravées sur le roc comme il en a été découvert en Asie un certain nombre, remontant à différentes époques de l’antiquité et dont les caractères cunéiformes appartiennent aux plus anciens langages ; les pierres dressées, isolées ou réunies, appelées communément monuments celtiques, ne présentent pas non plus grand intérêt architectural ; quant aux monuments purement funé-
raires, on ne saurait passer sous silence les obélisques de l’ancienne Egypte et certains piliers de l'antique Chaldée dont les nombreuses inscriptions et les figures qui y sont gravées font de véritables monuments commémoratifs. Les Grecs élevèrent quantité de monuments commémoratifs des formes les plus variées et souvent dans l’enceinte ou dans le sanctuaire de leurs temples, surtout à l’occasion des triombphes remportés par les lutteurs dans les jeux publics: c’est ainsi que ie monument chorégique de Lysicrates, à Athènes, perpétue, depuis vingt-trois siècles, le souvenir du prix de chant obtenu par des Athéniens lors d’une fête de Bacchus. Mais c’est à Rome et surtout dans la Rome des empereurs, puis dans tout le monde romain, que les monuments commémoratifs S’élevèrent à l’envi pendant plusieurs siècles : ainsi, à Rome même, au temps de Trajan, un arc de triomphe, une colonne monumentale et une statue équestre furent élevés à ce prince dans le forum qui portait son nom, et les provinces imitèrent à ce sujet l'exemple que leur donnait la capitale. Il en fut de même à Constantinople, lorsque cette ville devint le siège de l'Empire d'Orient et, au moyen âge chrétien, à l’époque de la grande ferveur religieuse, on put voir dans les églises surtout, nombre d’autels, de calvaires, de retables et de bas-reliefs, souvent sculptés, peints et dorés, ainsi que des tableaux à volets et des vitraux, qui étaient de véritables monuments commémoratifs sur lesquels souvent étaient figurés les portraits du donateur et des membres de sa famille.
“ Dans les temps modernes, et aussi de nos jours, les monuments commémoratifs deviennent de plus en plus nombreux, soit qu’ils rappellent un fait important ou un homme célèbre, soit qu'ils témoignent des institutions politiques ou sociales. Ainsi on peut citer en France, depuis le commencement du siècle, de nombreuses colonnes monumentales, entr'autres : la colonne du Châtelet ou fontaine du Palmier, à Paris, destinée à rappeler la campagne d'Egypte ; la colonne Vendôme ou de la Grande-Armée, dont le nom primitif, colonne d’Austerlitz, dit bien le motif de son érection ; la colonne de Boulogne-sur-Mer, destinée à rappeler le camp formé en cet endroit pour préparer une descente en Angleterre ; la colonne de Juillet, à Paris, élevée en souvenir des journées de juillet 1830, à l'emplacement même où devait s'élever une colonne commémorative de la prise de la Bastille et où dut plus tard être érigé un éléphant monumental ; la colonne commémorative de la défense de Lille en 1792, à Lille. Au nombre des arcs de triomphe, l'arc de triomphe du Carrousel et l’arc de triomphe de la place de l'Etoile, fous deux à
Parts, et rappelant les victoires du premier Empire ; parmi les monuments de formes moins caractérisées, les pierres commémoratives dressées sur les champs de bataille des environs de Paris en souvenir des glorieuses défaites de 1870-71, et enfin les monuments dans lesquels sculpture et architecture luttent ensemble d'importance, tels que le monument d'Henri Regnault, à l'Ecole des Beaux-Arts : le monument de Gambetta, place du Carrousel, et le monument de la République sur la place de ce nom, à Paris (1).”’
(1) La Grande Encyclopédie, voi. 24, p. 284. Article de M. Charles Lucas.
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