LA STATUE DE LA VÉRENDRYE
FAÇADE DU PALAIS LÉGISLATIF, À QUÉBEC
toires du Nord-Ouest où, aujourd’hui, trois provinces se
| trouvent à l’aise. Et, cependant, le ministre de Mau-
repas, au lieu de le récompenser, lui enleva son commandement
sous le prétexte qu’il n’avait poussé si loin ses découvertes que pour faire la chasse des castors.
NV de la Vérendrye donna à la France les immenses Terri-
‘ Cet homme, écrit le juge Prudhomme, après avoir sacrifié son avenir militaire, ses enfants et ses biens, arboré le drapeau de sa patrie presque jusque sur les premiers pics des Montagnes Rocheuses, et, depuis les bords du Missouri jusqu’à ceux de la Saskatchewan, bravé souvent la bise glaciale de nos hivers, sans autre abri que la voûte des cieux, affronté les mille dangers de voyages continuels, sur de frêles esquifs, au milieu de lacs immenses et de rapides écumeux, exposé sans cesse aux passions haïneuses et cruelles de nombreuses tribus barbares ; cet homme si honorable, si intègre et si dévoué à son pays, se voyait, pour toute récompense de ses longs états de service, traité comme un vulgaire commerçant de fourrures, âpre au gain, ne cherchant qu’à s'enrichir per fas et nefas. On éprouve un serrement de cœur en face d’une injustice aussi révoltante et on sent notre admiration grandir et s'élever à la hauteur des mépris dont Maurepas a voulu couvrir le caractère de la Vérendrye.
‘“ Le gouverneur de Beauharnois écrivit en vain au ministre pour défendre le Découvreur et montrer la fausseté des accusations portées contre lui. M. de la Galissonnière, son successeur, repassé en France en 1749, plus heureux ou plus écouté à la cour, ouvrit enfin les yeux au ministre. Le 23 mai 1749, le roi accordait à M. de la Vérendrye la croix de Saint-Louis et lui donnait le commandement d’une compagnie. En même temps, il lui remettait la direction des découvertes commencées dans l’Ouest.
‘M. de la Vérendrye, oubliant les injustices commises à son égard et ne songeant qu'aux intérêts de son pays, se mit aussitôt à l’œuvre pour atteindre enfin l'Océan Pacifique, projet qu’il méditait depuis vingt ans. Il se proposait d’aller hiverner au fort Bourbon (1750-1751), et de reconnaître la Saskatchewan dans le cours de l’été de 1751. Il voulait établir une ligne de forts jusqu'aux Montagnes Rocheuses, franchir ces pics puis atteindre l’Océan Pacifique.
‘ Mais les fatigues endurées au cours de ses voyages, les épreuves et les inquiétudes dont il avait été abreuvé avaient miné prématurément sa robuste constitution, et il décéda à Montréal le 5 décembre 1749, à l’âge de 64 ans.
M. Pierre Margry écrivait de M. de la Vérendrye et de ses fils, en 1872 :
‘ ...Si les découvreurs ne sont pas parvenus entièrement à l'exécution de leurs projets, leur nom, après celui de Cavelier de la Salle, antérieurement à ceux de Mackenzie, de Lewis et de Clark, n’en devra pas moins être, à l’honneur de la France, respecté comme celui des premiers découvreurs de l'Ouest. Le courage et la constance qu’ils déployèrent, les privations qu'ils subirent, leur vie si laborieusement triste, toute vouée à leur œuvre et leur fin non moins malheureuse, feront même du souvenir de leur entreprise un des plus intéressants épisodes de cette douloureuse histoire des découvertes, dans laquelle la civilisation européenne ne s’est avancée contre la barbarie qu’en lui sacrifiant ses plus nobles enfants, et cette gloire posthume ne sera qu’un juste dédommagement bien tardivement accordé à des existences qui n’ont connu du dévouement à la patrie que ses misères.””
Le gouvernement de la province de Québec a rendu justice au grand Découvreur en plaçant sa statue dans la façade du Palais législatif de Québec avec celles des fondateurs du Canada. L’inauguration de cette statue, œuvre du sculpteur Jean Bailleul, le 28 septembre 1922, fut une véritable apothéose pour ce grand homme méconnu.